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La numérisation de l’offre de formation du CNFPT s’est "faite un peu trop rapidement" (France Burgy, directrice)

Le passage à une offre de formation en partie à distance a pu se faire "un peu trop rapidement" pour les collectivités locales, reconnaît France Burgy, la nouvelle directrice générale du CNFPT (centre national de la fonction publique territoriale), qui a pris son poste en janvier 2019 (lire sur AEF info), dans une interview à AEF info (1). Parmi ses priorités, figurent la déclinaison locale de l’offre et la consolidation des relations avec les employeurs territoriaux. Par ailleurs, la transformation en Epic de l’établissement public évoquée par le rapport Belenet-Savatier augmenterait le coût de la formation des agents et creuserait les inégalités territoriales, selon la remplaçante de Vincent Potier. France Burgy revient également sur les rapprochements possibles avec les centres de gestion et une éventuelle fusion ENA-Inet.

Ouvrir davantage les portes du CNFPT est l'un des objectifs de la nouvelle directrice générale, France Burgy

AEF info : Le CNFPT a réalisé à l’automne dernier un bilan d’étape du projet stratégique de l’établissement 2016-2021. Quels enseignements en avez-vous tirés et quelles seront vos priorités pour 2019 ?

France Burgy : La première leçon que je retiens de cette évaluation est que la modernisation de notre offre de formation est une bonne chose, tous les participants approuvant l’objectif, mais elle s’est peut-être faite un peu trop rapidement pour les collectivités territoriales et parfois également pour les équipes en interne. L’offre hybridée (en partie à distance) représente désormais près d’un tiers de notre offre de formation. Le CNFPT aurait pu accompagner davantage les collectivités au vu des mutations que cela impliquait. Résultat, le déploiement des formations hybridées a été compliqué pour certaines communes situées en zone blanche, peu équipées en matériel informatique, ou dont les agents n’avaient pas d’adresse email professionnelle.

En 2019, nous stabilisons donc notre offre à distance, sans en augmenter la proportion, mais sans revenir en arrière car cette évolution est nécessaire. Le numérique permet d’accroître l’accès à la formation, pour un coût moindre et au cœur des territoires. Nous allons laisser du temps aux collectivités locales pour qu’elles s’adaptent à ces changements. L’enjeu est de consolider notre relation de confiance. Des groupes de niveau seront mis en place pour les formations mixtes selon les besoins.

En outre, la qualité des modules à distance proposés peut encore être améliorée. Nous avons peut-être surestimé la capacité des formateurs, qui sont majoritairement des professionnels et non des enseignants, à transformer rapidement leurs méthodes d’apprentissage. Au départ, certains n’ont pu que numériser des supports de stages présentiels.

AEF info : Les relations du CNFPT avec certaines collectivités locales étaient très tendues jusqu’à récemment. Avez-vous réussi à renouer le dialogue ?

 

"La stratégie d’offre nationale développée par Vincent Potier, mon prédécesseur, était nécessaire pour harmoniser les référentiels nationaux, mais aujourd’hui, notre objectif est d’en réussir partout la déclinaison locale."

 

France Burgy : Le travail est en cours. Le président Deluga m’a recrutée avec l’objectif d’ouvrir davantage les portes de l’établissement et d’approfondir nos relations avec les élus, les encadrants des collectivités et les associations professionnelles, car on nous a parfois reproché de ne pas entendre la voix des territoires. Notre deuxième grand objectif pour cette année va donc être de développer une offre pleinement en phase avec la demande du terrain. La stratégie d’offre nationale développée par Vincent Potier, mon prédécesseur, était nécessaire pour harmoniser les référentiels nationaux, mais aujourd’hui, notre objectif est d’en réussir partout la déclinaison locale.

Les collectivités nous sollicitent de plus en plus pour mettre en place des formations en intra. C’est un moyen de gagner du temps de déplacement et de faire passer des messages en interne. Les formations organisées pour former ensemble des agents de plusieurs collectivités d’un même territoire sont également en plein développement. Cela facilite le partage d’expérience sur un secteur, par exemple l’urbanisme, et permet aux agents de se créer un réseau professionnel. C’est pourquoi parmi les formations dispensées par le CNFPT actuellement, un peu plus de la moitié concerne des inscriptions individuelles sur catalogue.

AEF info : Vous avez plusieurs projets de partenariats avec des associations d’élus…

France Burgy : Nous venons de conclure une convention avec Régions de France, afin d’offrir à ces collectivités des formations adaptées (lire sur AEF info). Il s’agira par exemple de proposer un module sur les fonds européens ou sur les modes de management à distance qui se sont développés depuis la fusion des régions en 2015. Un groupe technique permanent va également être mis en place avec les régions pour identifier les sujets qui méritent d’être approfondis.

Nous travaillons aussi à l’élaboration d’une convention avec France urbaine et avec l’ADF (association des départements de France). Ce dernier programme portera sur la formation des personnels dans le champ social, et sur d’autres champs spécifiques : ingénierie départementale, gestion des ressources… Nous avons récemment réglé le problème de la formation initiale des assistants familiaux et pouvons désormais intégrer d’autres demandes, ce qui nous a permis de normaliser nos relations. Les intercommunalités ont des demandes similaires que nous allons traiter cette année.

AEF info : Le président du CNFPT François Deluga avait évoqué en décembre un possible abandon du catalogue de formation. Qu’en est-il aujourd’hui ?

France Burgy : L’objectif est effectivement de gagner en souplesse et en réactivité avec une offre renouvelée tout au long de l’année. Le catalogue annuel étant un élément de stabilité très attendu par les petites collectivités, il est maintenu pour le moment. Ces dernières attendent parfois sa publication en octobre de chaque année pour élaborer leur plan de formation. Ce document est aussi utile pour des agents qui ne savent pas vers quelle activité se réorienter.

Dans un monde idéal, il faudrait actualiser l’offre en permanence, mais nous allons déjà la mettre à jour tous les trimestres, en lien avec l’actualité. Nous préparons par exemple des modules sur le projet de loi fonction publique pour la rentrée.

AEF info : La carte des délégations régionales du CNFPT n’a pas été modifiée depuis la mise en place des nouvelles régions. Pour quelle raison ?

France Burgy : Tout d’abord, nous n’en avons pas la faculté juridique et cela nécessiterait une modification des textes en vigueur. Ensuite, nous travaillons déjà en interdélégation. Beaucoup d’entre elles mutualisent leurs offres et leurs achats de formation. Enfin, les collectivités ne sont pas favorables à la réduction de nos implantations, l’éloignement étant un vrai frein à la formation des agents.

Notre organisation nationale nous permet déjà des économies d’échelle significatives, les fonctions support étant centralisées au siège. Cela nous permet aussi une flexibilité sur l’utilisation des fonds. Si telle délégation dépense moins pendant telle période, on peut affecter les sommes restantes à une autre région.

AEF info : Les députés ont adopté en commission, début mai, un amendement au projet de loi de transformation de la fonction publique rendant obligatoire les conventionnements entre le CNFPT et les centres de gestion (lire sur AEF info). L’objectif est de mieux articuler vos actions respectives. Qu’en pensez-vous ?

France Burgy : Je suis très favorable à une articulation de nos relations avec les CDG. Sur le terrain, nous sommes souvent pleinement complémentaires, et les conventions locales sont nombreuses. Il y a vraiment très peu de zones de superposition et formaliser les pratiques sera une excellente chose pour objectiver la situation, qui a souvent été source de critiques erronées.

 

"Une piste serait de mettre en place des instances territorialisées communes aux centres de gestion et au CNFPT pour dialoguer avec les employeurs publics locaux. Cela nous permettrait d’avoir une vision plus fine de leurs besoins en compétence."

 

Nous formons les deux socles de l’appui RH aux collectivités. Les centres de gestion de la fonction publique territoriale sont des experts reconnus dans la gestion des personnels, alors que nous nous concentrons sur la formation préparatoire aux concours, initiale et continue, et sur les fonctions d’études, d’observation et de prospective.

Une piste serait de mettre en place des instances territorialisées communes aux centres de gestion et au CNFPT pour dialoguer avec les employeurs publics locaux. Cela nous permettrait d’avoir une vision plus fine de leurs besoins en compétence. Les CDG exploitent déjà les bilans sociaux des collectivités, ce qui leur permet d’avoir des informations précieuses sur l’évolution des effectifs et des compétences. Le CNFPT peut ensuite exploiter ces données globalement et les traduire en formations ad hoc.

Autre exemple, le droit au reclassement des agents qui ne peuvent plus exercer leurs fonctions et plus largement les transitions professionnelles sont des sujets très importants sur lesquels nous pourrions renforcer notre collaboration. Nous allons élaborer des documents sur ces sujets de type "qui fait quoi" pour clarifier nos rôles respectifs.

AEF info : Le rapport Belenet-Savatier a finalement écarté l’idée d’une fusion avec les centres de gestion, mais a proposé de changer le statut du CNFPT, jugeant cette ouverture à la concurrence indispensable (lire sur AEF info). Pourquoi vous opposez-vous à cette mesure ?

France Burgy : Si le CNFPT se transformait en Epic, nous ne ferions que des formations pour les collectivités qui disposent de moyens financiers conséquents et dont les territoires sont facilement accessibles. Bon nombre de nos formations actuelles, qui sont proposées dans des zones rurales isolées, ne sont pas rentables.

Notre modèle économique d’établissement public administratif national nous permet d’avoir des coûts de formation limités. Et je ne vois pas bien quel organisme de formation privé voudra prendre notre place demain sur ce type de formations, aux conditions actuelles. Une transformation en Epic, soumettant la formation aux règles de marché, renchérira sans nul doute le coût de la formation des agents et creusera les inégalités territoriales.

AEF info : Le Premier ministre a chargé l’avocat Frédéric Thiriez de réfléchir à la réforme de la formation des cadres de la fonction publique de l’État. Êtes-vous favorable à un rapprochement ENA-Inet ?

France Burgy : Certains des modules de formation de l’Inet sont déjà communs avec ceux de l’ENA. Nous pouvons développer ces cycles communs. Je rappelle simplement que l’Inet ne forme pas seulement des administratifs mais aussi des ingénieurs, des médecins, des conservateurs de bibliothèques et de patrimoine. Plus largement, nous sommes tout à fait favorables à un accroissement de la mobilité des fonctionnaires entre versants, à condition qu’elle offre aux territoriaux les mêmes possibilités qu’aux fonctionnaires de l’État.

En revanche, nous nous rejoignons sur le manque de diversité sociale de nos concours. Nous avons le même type de candidats que l’Ena pour le concours externe des administrateurs. Il nous faut donc travailler en amont, notamment au niveau de Sciences Po Paris, dont sont issus nombre de nos candidats lauréats.

AEF info : Le projet de loi prévoit un élargissement des possibilités de recourir au contrat dans la fonction publique. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

France Burgy : La réforme comporte plusieurs brèches dans le statut et ouvre un chantier difficile sur le temps de travail, bouleverse les instances paritaires et facilite le recours aux contractuels.

On constate que les employeurs recrutent déjà des contractuels pour faire face à des problèmes d’attractivité sur certains postes, comme dans l’informatique. S’agissant de l’ouverture accrue aux postes de direction, on peut également noter que bon nombre de DGS sont déjà des contractuels. Mais cette loi inter fonctions publiques porte une différence de taille pour la territoriale : ce sont les 34 000 employeurs locaux qui vont en faire, ou non, un changement majeur, selon leurs convictions quant aux modalités de réalisation du service public local.

Un nombre de bénéficiaires en hausse

 

Environ 920 000 agents territoriaux ont été formés en 2018, soit une hausse de 2,7 % par rapport à l’année précédente. 14 % des 68 000 sessions de formation réalisées mélangent des modules en présentiel et à distance. Un quart des journées de formation ont été mises en place pour une collectivité spécifique (intra) ou pour plusieurs collectivités autour de problématiques communes (union).

(1) France Burgy a travaillé entre 2011 et 2016 à la région Haute Normandie (puis à la région Normandie) comme directrice générale adjointe et directrice générale des services. Elle est ensuite devenue directrice générale de l’agence de développement économique de la zone d’emploi de Rouen.

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Florianne Finet, journaliste