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Suède : comment l’université d’Uppsala a bâti une stratégie d’attractivité après l’introduction de frais différenciés

L’introduction de frais différenciés pour les étudiants extracommunautaires en Suède en juillet 2011 a entraîné une diminution de près de 80 % du nombre d’étudiants étrangers la première année. Neuf ans après la réforme, le niveau d’étudiants hors UE est toujours inférieur à celui d’avant 2011. Pour endiguer cette baisse, l’université d’Uppsala, deuxième meilleure université du pays, a construit une stratégie d’attractivité internationale, notamment en matière de communication, de marketing et de développement d’offres de formation en anglais. Kay Svensson, directeur adjoint des relations internationales de l’établissement, explique qu’il a fallu cinq ans à son établissement pour que les candidatures d’étudiants hors UE repartent à la hausse. Cet article a été réalisé après un voyage d’études à l’université d’Uppsala les 25 et 26 avril 2019, organisé par la CPU et l’Avuf.

Kay Svensson, directeur adjoint des relations internationales à l’université d’Uppsala (Suède).


Lorsque la réforme actant les frais différenciés pour les étudiants extracommunautaires a été lancée en 2011, il s’agissait "de mettre à l’eau un bateau tout en continuant de le construire", explique Kay Svensson, directeur adjoint des relations internationales à l’université d’Uppsala. "Les universités étaient mitigées quant à cette réforme qu’il fallait mettre en œuvre en très peu de temps", continue-t-il.

Concrètement, la réforme de 2011 a permis aux établissements d’enseignement supérieur suédois de fixer librement le montant des frais d’inscription pour les étudiants hors UE. Avec un garde-fou, cependant : l’interdiction de faire un quelconque profit et l’obligation de fixer des frais correspondant au coût réel des formations. "Cela a entraîné beaucoup de questions sur le fait de savoir quel était ce coût et comment le calculer", indique Kay Svensson.

À Uppsala, les frais d’inscription pour les étudiants hors UE s’échelonnent de 10 000 à 12 000 € en premier cycle et de 12 000 à 14 500 € en master. Les doctorants, dont 45 à 50 % des effectifs sont étrangers, ne paient quant à eux aucun frais.

Focus sur le système d’enseignement supérieur et L’université d’Uppsala

La Suède compte 48 établissements d’enseignement supérieur qui accueillent 345 000 étudiants. Parmi ces établissements, on compte 17 universités et 13 collèges universitaires, tous publics. La différence entre ces deux statuts tient aux diplômes qui peuvent être délivrés. Les collèges universitaires doivent solliciter l’autorisation de l’État afin de délivrer notamment des masters et doctorats, tandis que les universités peuvent les délivrer.

L’université d’Uppsala en quelques chiffres :
 
  • 700 M€ de budget annuel pour l’enseignement et la recherche,
  • 44 000 étudiants dont 24 500 étudiants inscrits à temps plein,
  • trois domaines disciplinaires : SHS (six facultés) ; technologies et sciences naturelles (deux facultés) ; médecine et pharmacie (deux facultés),
  • 7 100 employés,
  • 400 000 m2 de bâtiments,
  • 63e du classement de Shanghai 2018 (en comparaison, l’institut Karolinska se situe à la 44e position, l’université de Stockholm à la 77e place et celle de Lund est aux rangs 101-150),
  • en 2019, l'université d’Uppsala est classée deuxième meilleure université de Suède, par le Times Higher Education, derrière l’institut Karolinska.

Une forte baisse du nombre d’étudiants hors UE

Quel a été l’impact de cette réforme pour l’université d’Uppsala ? "L’année précédant la réforme, nous avions accueilli 700 étudiants non européens. Nous sommes passés à 100 en 2011", témoigne Kay Svensson. "Ce n’est qu’entre 2015 et 2016 que nous avons réussi à 'déchiffrer le code' et que le nombre de candidats hors UE est revenu au même niveau qu’avant la réforme. Il a ensuite fortement augmenté", ajoute Kay Svensson. En d’autres termes, il aura fallu cinq ans à l’établissement pour remonter la pente. "Mais cela montre que c’est possible", dit-il.

Un témoignage qu’il convient de replacer dans le contexte suédois : comme le montrent les chiffres (seulement disponibles depuis 2013), toutes les universités suédoises n’ont pas connu la même trajectoire pour leurs inscriptions d’étudiants extracommunautaires. Avec l’institut Karolinska, l’université de Lund et l’institut royal de technologie, l’université d’Uppsala est l’un des établissements qui a opéré le rattrapage le plus important. D’autres universités moins prestigieuses n’ont jamais rattrapé les niveaux d’avant la réforme des droits. La Mid Sweden University (Mittuniversitetet), par exemple, a connu une baisse, passant de 64 étudiants étrangers en 2013-2014 à 45 en 2017-2018. Quant à l’université de Stockholm, pourtant juste derrière l’université d’Upssala dans le classement de Shanghai, elle ne semble pas avoir fait preuve de la même attractivité que sa consœur.


Mise en place de stratégies marketing et de communication

Kay Svensson explique que cette remontée pour l’université d’Uppsala ne doit rien au hasard : elle a déployé des "stratégies marketing et de communication" à destination des étudiants extracommunautaires, notamment pour attirer "les étudiants brillants". "Nous avons commencé par identifier les caractéristiques de notre université" et à partir de cela, "notre message aux étudiants étrangers a consisté à dire :

  • notre université est dans le top 100 des principaux classements internationaux,
  • 35 % de nos étudiants inscrits en master continuent des études en doctorat, ce qui montre qu’un master dans notre établissement est aussi une préparation à une carrière dans la recherche,
  • nous sommes une université intensive de recherche,
  • nous sommes une université pluridisciplinaire,
  • nous parlons de l’insertion professionnelle des diplômés,
  • et enfin nous leur disons que les étudiants sont à nos yeux des participants actifs à la vie de l’établissement, pas des consommateurs et qu’ils doivent être curieux". Sur ce point, il était important de "donner une description de ce que nous attendons des étudiants".

Une amélioration de la qualité de l’enseignement

En termes de communication, "il fallait faire attention à la description des programmes sur notre site et à la qualité des cours, pour ne pas créer de fausses attentes. L’idée est de construire une relation de confiance sur le long terme avec les étudiants", insiste-t-il. Sur ce sujet, il rappelle qu’en 2015, une étudiante étrangère a poursuivi en justice le collège universitaire de Mälardalens en raison de la mauvaise qualité des enseignements et a eu gain de cause.

"C’est un aspect juridique que nous n’avions pas prévu : Quelle est la relation légale entre une université et un étudiant qui paie ses études ? Il faut être clair : l’enseignement doit être de qualité et l’obtention du diplôme n’est pas automatique." Il note d’ailleurs que l’un des effets indirects de la réforme a été "d’améliorer la qualité de l’offre de formation en Suède".

Développement des cours en anglais

Pour attirer des étudiants étrangers, l’université d’Uppsala a aussi développé des programmes en anglais et compte désormais une centaine de masters et cinq bachelors dans cette langue. "Nous nous sommes également rendu compte qu’il était important de garder le contact avec les étudiants qui visitent notre site, de leur écrire entre le moment où ils s’inscrivent (mi-janvier) et le moment où se font les admissions (mi-avril)". "Certains oublient parfois qu’ils se sont inscrits chez nous", dit-il.

"Nous avons également reçu beaucoup de questions sur les classements", poursuit Kay Svensson, précisant que si la stratégie de l’établissement "n’est pas guidée par les classements, c’est l’une des manières d’évaluer la qualité des établissements et des enseignements et cela a un impact sur l’attractivité". "Nous nous employons donc à faire remonter les informations correctes", précise-t-il.

la Chine, l’Inde, le Vietnam, terrains de recrutement de l’université

Autre volet de cette stratégie d’attractivité internationale : cultiver le réseau d’alumni, vitrine de l’expérience des étudiants étrangers à Uppsala. "Nous essayons de rencontrer les groupes d’alumni lorsque nous voyageons à l’étranger. Ils sont notamment nombreux à Hanoi, à Sydney, à Hong-Kong et à Jakarta", précise-t-il.

Kay Svensson remarque par ailleurs que la majorité des étudiants étrangers de l’université d’Uppsala viennent de Chine et d’Inde, pays qu’attire traditionnellement la Suède depuis plusieurs années (voir encadré). Il ajoute que l’établissement met également en place des stratégies en direction de plusieurs pays, comme l’Iran, l’Indonésie ou encore le Vietnam. Dans ce dernier, l’université d’Uppsala possède d’ailleurs un bureau.

Plusieurs "imprévus" liés à la réforme

Par ailleurs, Kay Svensson souligne plusieurs "imprévus" liés à la réforme : "Nous nous attendions notamment à ce que le gouvernement nous donne plus de financements pour des bourses à destination des étudiants extracommunautaires. Mais dans les faits, seulement 10 à 15 % de nos étudiants extracommunautaires reçoivent ces aides gouvernementales." L’université d’Uppsala a alors engagé un travail d’identification des partenaires susceptibles de donner des bourses aux talents souhaitant étudier à l’étranger et a repéré 80 institutions, que ce soient des gouvernements étrangers (Vietnam, Chili, Indonésie, notamment) ou des fondations et entreprises (Rotary peace fellows ou Tata Endovment, par exemple). Il précise que "les entreprises suédoises ne se sont quant à elles pas montrées intéressées".

Autre imprévu lié à la réforme, quant à lui technique : "Il a fallu améliorer notre système d’admission qui était très lent et pas assez professionnel", indique Kay Svensson.

"Si au début les universités n’étaient pas très à l’aise avec la question des frais d’inscription, on peut dire que les discussions ne tournent désormais pas autour de l’argent, mais plus des étudiants". L’université doit encore avancer sur plusieurs aspects pour être plus attractive, selon lui : "développer le service des carrières et de l’insertion professionnelle pour mieux préparer les étudiants, ainsi que l’accès au logement". Cette dernière question reste pressante dans le pays, touché par une crise du logement.

L’impact des frais différenciés en Suède

 

La première année suivant l’introduction de frais d’inscription, la Suède a accusé "une baisse de 79 % des étudiants étrangers néoinscrits", passant de 7 600 en 2010, à 1 600 en 2011, rapporte UKÄ, l’agence gouvernementale suédoise chargée de l’évaluation, de l’accréditation des formations et des statistiques, dans son rapport annuel de 2012. Les diminutions les plus importantes concernaient "la Chine, l’Iran, le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh". "Ces cinq pays ont représenté 70 % de la baisse totale enregistrée par tous les pays tiers."

À noter qu’en 2010/2011, les étudiants étrangers venant d’Asie représentaient 80 % des étudiants hors UE inscrits dans l’enseignement supérieur suédois : 20 % étaient Chinois, 16,6 % Pakistanais, 15,3 % Iraniens ou encore 11,20 % Indiens.

L’agence suédoise précise également qu’à la rentrée 2011, "près d’un quart de ces étudiants a été exempté du paiement des frais d’inscription différenciés, car ils avaient des liens forts avec la Suède et possédaient par exemple la résidence permanente". Par ailleurs, le gouvernement suédois avait notamment prévu 2,8 M€ pour financer des bourses à destination des étudiants étrangers pour couvrir entièrement ou partiellement les droits d’inscription.

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Camille Cordonnier, journaliste