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"Il y a colère dans le cathéter" : par une chanson, le personnel des urgences du CH de Valence demande plus de moyens

"Débloquez des crédits, ne fermez plus de lits, conservez tous nos postes, assurez-nous du stock" : vendredi 5 avril 2019, les personnels du CH de Valence (Drôme) ont chanté devant Agnès Buzyn, ministre en charge de la Santé, leur "colère" et leurs revendications. La vidéo de cette chanson, intitulée "Il y a colère dans le cathéter", traduit le "ras-le-bol" du personnel des urgences, en grève illimitée depuis le 27 mars dernier. Le service proteste contre le "contrat de développement" annoncé par la direction de l’établissement, qui prévoit des suppressions de postes et de lits.

Dans une vidéo relayée par les réseaux sociaux, les infirmiers du CH de Valence (Drôme) chantent leur "colère".

La chanson est dynamique et entraînante. Mais entre les notes musicales, le personnel infirmier du CH de Valence (Drôme) "sonne l’alarme" : "Ils coupent tous nos moyens, ils disent 'ça ira bien'", chantent les infirmiers, avant de demander "plus de matériel […], des draps, des couvertures, des blouses et de l’oxygène, et des médicaments en nombre suffisant". Cette chanson, ils l’ont chantée devant la ministre en charge de la Santé, Agnès Buzyn, lors de son déplacement à Lyon, vendredi 5 avril 2019. La direction aussi en a pris connaissance : "Le message est entendu", dit-elle, jointe par AEF info. "Mais le problème des urgences dépasse le CH de Valence, c’est un sujet national."

"Les mots sont justes et traduisent un vrai ras-le-bol du personnel hospitalier", explique Virginie Turrel, porte-parole pour le service des urgences, du syndicat SUD. Le service est en grève illimitée depuis le 27 mars, à l’appel de la CGT, FO et SUD. Une grève générale s’est déroulée dans l’ensemble du CH valentinois, le 26 mars dernier, contre le "contrat de développement" annoncé par la direction.

30 lits supprimés, 50 postes gelés

Ce contrat, qui doit prendre effet le 1er mai prochain, prévoit de "réorganiser l’offre de soins pour la chirurgie et la médecine" et de résorber un déficit estimé à 8 M€ en 2018. Sur l’offre de soins, la direction constate qu'"il y a besoin de moins de lits de chirurgie, car les techniques opératoires ont changé et le temps d’hospitalisation est réduit", notamment grâce à la chirurgie ambulatoire, qui représente 48,9 % des chirurgies à Valence. "Globalement, il y avait 30 lits non occupés en moyenne annuelle."

Ainsi, ces 30 lits vont être supprimés, et parallèlement, les unités de soins vont connaître une "harmonisation" du nombre de lits, fixé à 30 par unité. Une unité d’hospitalisation de semaine en médecine va connaître en revanche un renfort le week-end : pendant la fin de semaine, le nombre de lits sera porté à 44.

En plus de cette réorganisation, la direction de l’hôpital veut résorber son déficit, estimé à 8 M€ en 2018 (chiffre non consolidé), notamment pour pouvoir financer, via un emprunt, des travaux sur les plateaux techniques. Ces travaux doivent permettre de rénover à horizon 2023, le bloc opératoire, le service de réanimation, la maternité, un Ehpad et l’unité de chirurgie ambulatoire, moyennant un coût de 40 M€, dont 20 M€ seraient pris en charge par l’ARS.

"On va vers le pire"

Dans cet objectif de retour à l’équilibre, 50 postes seront gelés sur les 2 700 que compte l’hôpital : des départs d’infirmiers, aides-soignants, administratifs, etc., ne seront donc pas remplacés. "Le service des urgences ne va pas se remettre de telles mesures", craint Virginie Turrel (SUD). "On va vers le pire. Aujourd’hui on traite la santé comme une entreprise", déplore-t-elle.

Les urgences connaissent une hausse des passages de 2,5 % par an, et 20 % des hospitalisations environ proviennent du service : "On nous demande à la fois de gérer le flux, de plus en plus important, et les hospitalisations, alors que nous ne sommes pas assez nombreux", indique la porte-parole du service. "Aujourd’hui on travaille dans des couloirs de passage qui n’appartiennent pas aux urgences, et où il n’y a pas, par exemple, de prises à oxygène."

Une réflexion sur les flux

Le service demande donc des personnels de renfort, aides-soignants et médicaux, des brancardiers et des infirmiers dédiés à la logistique, car "il faut courir dans tous les services pour chercher du matériel"… bref, "assez de moyens pour s’occuper des gents", résume Virginie Turrel.

Selon la direction, le problème des urgences est celui du flux : "Cela nous oblige à avoir une réflexion sur le flux de malades, qui peut trouver une solution dans une meilleure anticipation et une meilleure organisation des sorties au sein des services", indique la direction du CH. Le temps d’hospitalisation serait réduit au strict nécessaire. "Par ailleurs, il faut que l’on réfléchisse à la gestion des pics saisonniers", poursuit la direction, évoquant la création de "services 'tampons' qui absorbent ces pics". "Nous le faisons en pédiatrie, lorsque des lits sont activés en hiver, pendant la période des bronchiolites."

"on manque de masques, de gants, de médicaments…"

Pour la suite du mouvement, le personnel du CH de Valence prévoit de faire remonter sa demande à la direction du CH et à l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Tous deux ont été alertés par la CGT, dans un courrier du 2 avril 2019, sur des "dysfonctionnements des SMUR de la Drôme, du SAMU 26 et des services d’urgences". L’organisation dénonce "un manque de médecins urgentistes", dans plusieurs établissements du département.

Le mouvement du personnel de Valence compte également relancer le cabinet d’Agnès Buzyn, qu’une délégation commune entre plusieurs hôpitaux a pu rencontrer vendredi 5 avril, en marge du déplacement lyonnais.

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Sophie Esposito, journaliste