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Ce qu’il faut retenir du 7e congrès national de l’Unsa

L’Unsa a tenu son 7e congrès national, du 2 au 4 avril 2019, à Rennes. À cette occasion, Laurent Escure a succédé à Luc Bérille, à la fonction de secrétaire général de l’organisation syndicale. "Le principe de l’autonomie plaît", assure le nouveau leader, voyant là, avec le développement du syndicalisme de services, une des principales raisons de la montée en puissance de son organisation dans le paysage syndical.

Le nouveau secrétariat national de l'Unsa, élu jeudi 4 avril 2019, dernier jour du 7e congrès national de Rennes Capture photo Unsa

"L’Unsa est le syndicat des grandes ambitions mais aussi celui des conquêtes du quotidien. L’Unsa est le syndicat des valeurs et de l’intérêt général mais c’est aussi le syndicat de l’entreprise, le syndicat de la proximité, le syndicat de l’efficacité, le syndicat des résultats…", affirme Laurent Escure, le nouveau secrétaire général de l’Union, en clôture du 7e congrès national qui s’est tenu à Rennes, du 2 au 4 avril 2019.

des renouvellements

Ce congrès a été l’occasion de renouvellements : renouvellement des dirigeants nationaux et renouvellement de la sociologie des congressistes. En premier lieu donc, ce congrès de Rennes a été celui de la transition à la tête de l’Unsa, Laurent Escure succédant à Luc Bérille à la fonction de secrétaire général. Le nouveau secrétariat national est désormais composé de 14 membres, soit deux de plus que le précédent. Si Luc Bérille et Sylvie Liziard quittent leur fonction, Rachel Brishoual, Elsa Régent, Marie-Noëlle Rousse et Guillaume Trichard entrent dans l’exécutif national. Au final, le secrétariat général est composé de sept femmes et de sept hommes, et de sept membres issus du secteur privé et sept du secteur public.

"En 25 ans, l’Unsa a beaucoup évolué. Ce qui me frappe, c’est que la sociologie militante est différente et est davantage tournée vers le privé", commente l’ancien secrétaire général et un des fondateurs de l’Union en 1993, Alain Olive. Et au-delà, les congressistes sont globalement plus jeunes et la part des femmes a augmenté par rapport au congrès de Montpellier en 2015. "Nous ne sommes pas encore à l’équilibre, mais nous progressons", affirme Laurent Escure. Et les logiques de "rajeunissement et de féminisation" sont à l’œuvre dans le "renouvellement des structures professionnelles et territoriales", ajoute le nouveau numéro un qui, âgé de 48 ans, est désormais l’un des plus jeunes parmi les responsables syndicaux nationaux.

une autonomie et des valeurs

Avec des adoptions de textes et des élections quasi plébiscitaires, ce 7e congrès se caractérise par l’affichage d’une grande unité au sein de l’Unsa. Mais dans cette organisation faisant de l’autonomie, un des socles de sa raison d’être, on peut aussi observer une forme de distance du terrain vis-à-vis de la structure sommitale, qu’est l’Unsa nationale. Cela a été particulièrement le cas lors des débats sur le rapport d’activité, au cours desquels, très rares ont été les interventions sur le bilan du mandat 2015-2019, les uns et les autres préférant faire part de leurs expériences sur le terrain.

"Pour être libres ensemble, il faut accepter les règles et les valeurs de l’Unsa", rappelle Laurent Escure. "Ces valeurs sont à la fois simples et fortes. Ce sont les valeurs de la République jusqu’au bout : Liberté, Égalité, Fraternité, où chacun de ces trois mots se nourrit des deux autres et où aucun d’entre eux n’est oublié", rappelle le nouveau secrétaire général en clôture du congrès.

Ces valeurs ont été réaffirmées indirectement par les congressistes, lors de la réponse de Luc Bérille aux débats sur le rapport d’activité. Après la mise en doute de certaines de ces valeurs par un représentant de l’Unsa Transport, l’ancien secrétaire général s’est montré ferme sur les questions d’égalité, d’Europe ou de positionnement vis-à-vis de l’extrême droite. Une fermeté largement saluée par les congressistes, ce qui a eu le don de rasséréner l’exécutif national.

184 000 adhérents

"Nous nous implantons tous les jours dans les entreprises, nous voyons que le principe de l’autonomie plaît et a un écho positif sur le terrain", résume Laurent Escure. "Une organisation avec un corpus de valeurs et un fonctionnement fortement décentralisé permet d’accueillir pas mal de gens. La notion d’autonomie intéresse beaucoup", abonde Alain Olive. L’Unsa affiche 184 000 adhérents, soit une forme de maintien dans un contexte plutôt de baisse de la syndicalisation.

"Quand on parle de crise de l’engagement, on constate que dans les associations, cette crise n’existe pas. Il faut s’en inspirer", explique Laurent Escure. "Si le permanent syndical s’occupe de tout, il y a peu de chances de donner l’image d’une organisation dans laquelle tout le monde peut s’investir, quel que soit son niveau d’engagement. Il nous faut montrer que même s’il n’y a qu’une heure par semaine d’engagement disponible, l’engament est possible", ajoute le secrétaire général. "Pour redonner le sens de l’adhésion et le goût de l’engagement, nous devons analyser, expérimenter et innover", ajoute-t-il dans son discours de clôture.

développer les services

"Nous devons innover si nous voulons convaincre une part croissante des près de 9 travailleurs sur 10 qui ne sont pas aujourd’hui syndiqués, de s’engager dans un syndicat et de venir à l’Unsa", explique Laurent Escure. Pour ce faire, les structures interprofessionnelles de l’organisation doivent développer "une plateforme mutualisée de services". "Elle apportera à nos équipes, formation, appui, conseil, coaching, communication, services juridiques, et chaque secteur de l’équipe nationale aura pour mission de produire des documents utilisables pour rendre accessible les grands dossiers et appuyer nos campagnes de développement", précise le nouveau leader syndical.

Parallèlement, Laurent Escure se montre "très optimiste" quant à une prochaine reconnaissance de la représentativité de l’Unsa, l’organisation voyant sa représentativité augmenter lors des derniers cycles électoraux (Lire sur AEF info). Dans le privé, cela ne sera probablement pas encore en 2021, faute de temps. "Ce que nous avons mis en place doit amplifier notre développement, mais nous allons avoir une petite difficulté avec ce cycle électoral de deux ans au lieu de quatre", lié à la mise en place des CSE sur 2018 et 2019.

départ des fondateurs

Ce 7e congrès national est, on l’a vu plus haut, celui d’un rajeunissement des troupes de l’Unsa. Mais qui dit rajeunissement, dit départ des fondateurs de l’Union, ce qui pourrait amener l’organisation à revoir ses fondamentaux. "Le risque de dilution des raisons qui sont à l’origine de l’Unsa existe peut-être, mais les gens qui adhèrent à l’Unsa, ne se posent pas la question de construire l’unité d’organisations composites, ils adhèrent simplement à l’Unsa", assure Laurent Escure.

"L’avantage de cette organisation est qu’elle est aujourd’hui apaisée et que cela permet de se dire les choses", revient Alain Olive. "Il y a une réflexion à mener sur le lien syndicats, fédérations et interpro et sur le fédéralisme dans l’Unsa", ajoute l’ancien secrétaire général. Et à Laurent Escure de conclure que "cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de risque de crise de croissance ou d’identité, mais nous n’en sommes pas là".

Quelle place dans le camp réformiste ?

 

"Dans certains secteurs, nous sommes en concurrence et parfois en franche opposition avec certains syndicats du camp réformiste, et pour être précis avec la CFTC ou la CFDT… Et alors ? Cette compétition sectorielle ou cette différence d’approche doit-elle nous empêcher sur les grands sujets d’ordre général de nous exprimer en commun ? La réponse est non", tranche Laurent Escure en clôture du congrès. Et au-delà de prises de position en commun, le nouveau secrétaire général considère qu' "échanger et se fabriquer des expertises communes, des observatoires mutuels ne nuiront pas à nos organisations, au contraire, chacune d’entre elles en sortira renforcée".

La prochaine échéance en la matière est dans trois semaines, lors du 1er mai. "Nous avons eu des discussions sur le sujet et nous y réfléchissons", rapporte-t-il. "Nous aurions aimé que le 1er mai soit l’occasion d’une initiative autour du pacte social et environnemental, mais certaines organisations signataires [les associations] considèrent que le 1er mai est trop lié aux travailleurs" et qu’une telle initiative réduirait la portée du Pacte.


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Jérôme Lepeytre, journaliste