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Chine : l’implantation d’Audencia à Shenzhen est-elle un pari gagnant ?

"Si tu veux voir la Chine du passé, va à Beijing ; si tu veux voir la Chine du présent, va à Shanghai ; si tu veux voir la Chine du futur, va à Shenzhen." C’est ce qu’a retenu un étudiant mexicain du programme grande école d’Audencia, présent pendant trois mois à SABS, l’école de management créée à la rentrée 2016 par Audencia et Shenzhen university (lire sur AEF). Depuis, les choses sont allées très vite, comme tout ce qui se passe à Shenzhen : de nouveaux programmes, des étudiants plus nombreux, des relations plus étroites avec l’écosystème. Pour Christophe Germain, DG d’Audencia, le pari est réussi. Ce qui ne l’empêche pas de garder la tête froide : "Lorsque vous venez en Chine, il faut être prêt à ce que tout soit remis en cause, du jour au lendemain. C’est la donne, ici." Autre bémol : les effectifs n’ont pas augmenté aussi vite que prévu. Retour sur le pari chinois d’Audencia (1).

Shenzhen, située en face de Hong Kong, dans la province de Guangdong, compte plus de 12 millions d'habitants, dont la moyenne d'âge est de 32 ans. © AEF info / D. Scherer

"Une entreprise chinoise peut, en une nuit, déposer 100 000 vélos dans Shanghai ; en une semaine, copier le dernier iPhone ; en une nuit, ouvrir 10 000 boutiques" : c'est Hervé Lambelin, directeur de l’antenne Chine du Sud de la CCI France Chine, qui le dit. À Shenzhen, village de pêcheurs devenu en 40 ans une mégalopole de plus de 12,5 millions d’habitants, ces chiffres n’étonnent personne. On a même l’habitude de parler de la "Shenzhen speed", car ici, tout va vite : les gratte-ciel poussent comme des champignons, la population (32 ans de moyenne d’âge) s’accroît à grande vitesse, les records technologiques, économiques, boursiers, s’accumulent… Tencent (services internet), BYD (véhicules électriques) ou Huawei (technologies de la communication), qui ont leur siège à Shenzhen, affichent des résultats exponentiels.

audencia profite du dynamisme de shenzhen

En moins de trois ans, Audencia a déjà profité de ce dynamisme. "La création de SABS est en phase avec notre stratégie à l’international", rappelle Christophe Germain, DG d’Audencia. "Notre politique, c’est de ne jamais aller à l’international seul. Nous allons là où c’est pertinent par rapport à nos axes forts, en développant des partenariats sur place." Il insiste : "SABS n’est pas un campus d’Audencia. C’est une école créée par des partenaires, avec une gouvernance collégiale."

En 2017, l’école a accueilli 50 étudiants, dont une majorité en MBA. L’année suivante, les effectifs ont doublé (71 étudiants chinois – dont 34 en MBA et 11 en MSc in international management – et 28 Français), avec l’ouverture de nouveaux programmes (un DBA en chinois est proposé depuis avril 2018) et des promotions plus importantes. Un MSc Fintech doit également ouvrir en 2020. Les prévisions d’effectifs tablent sur 160 étudiants à SABS en 2021.

L’école franco-chinoise avait pourtant affiché des ambitions beaucoup plus hautes l’année dernière, la cible d’un millier d’étudiants à cinq ans ayant même été évoquée l'an dernier (lire sur AEF info). Mais Françoise Marcus, directrice des relations entreprises à Audencia, tempère : "Il n’est pas forcément intéressant de faire du volume. Nous préférons partir petit, faire de la qualité, et conserver la sélectivité. C’est comme ça qu’on acquiert une image en propre." Audencia vise désormais les 500 étudiants, majoritairement internationaux, d’ici trois ans. Côté enseignants, le corps professoral est composé de 12 professeurs permanents (contre 7 en 2016), auxquels s’ajoutent des "visiting professors" et des intervenants extérieurs. Enfin, l’équipe administrative de SABS compte 17 personnes, contre 6 en 2016.

"Shenzhen university veut faire de SABS son cheval de Troie"

Pour Audencia, le développement local ne tient pas qu’à la taille de son effectif étudiant. Sa présence à Shenzhen lui a ainsi permis d’intégrer des réseaux comme le GUCCU (Global university China career union), ou de nouer des contacts avec des entreprises comme In2log, Huawei et d’autres. "Huawei recherche environ 1 000 stagiaires par an en Chine, sur des profils business school comme les nôtres", indique Françoise Marcus. "Ils nous ont expliqué être très intéressés par notre aspect sélectif, qualitatif, et double-compétence."

Autre attrait d’Audencia, notamment pour Shenzhen University : son ouverture internationale. "Shenzhen University est une université récente", explique Christophe Germain. "Elle n’a pas connu la même progression que les autres universités chinoises, plus anciennes, notamment en matière d’internationalisation. La création de SABS est une façon d’internationaliser l’université." Autre point fort d’Audencia : la culture des accréditations. Son DG est lucide : "Shenzhen university veut faire de SABS son cheval de Troie pour mettre en place au sein de l’université cette culture, en matière de recrutement, de contrôle des processus pédagogiques, etc."



Le choix de Shenzhen, première "zone économique spéciale" du pays (en 1980), devenue la "Silicon Valley chinoise", semble donc être un pari gagnant pour Audencia. Même si la Chine reste un pays à part : "Dans les équipes administratives de SABS, il y a des représentants du Parti", illustre Christophe Germain. "Et les contenus des cours enseignés par nos professeurs sont systématiquement contrôlés. Mais ces trois dernières années, cela ne nous a jamais bloqués par rapport au développement d’un projet. C’est très différent de ce que nous pouvons connaître à Chengdu (2)".

Shenzhen est un risque "stratégique" pour audencia, "pas financier"

Il poursuit : "Tout se passe très bien, mais il ne faut pas être naïf : lorsque vous travaillez en Chine, il faut être prêt à ce que tout soit remis en cause du jour au lendemain. C’est la donne, ici. Si vous abordez l’enseignement supérieur en Chine comme vous l’abordez en France, vous aurez vite un ulcère !" Le directeur note aussi que le président de l’université, personnage le plus important de l’établissement il y a deux ans, est désormais moins puissant que son secrétaire général, également membre du Parti.

Pour Christophe Germain, le "risque" à Shenzhen est stratégique, pas financier : "Nous n’avons pas de coûts fixes", explique-t-il. Ce risque stratégique semble bien mesuré par l’école nantaise, qui avance en parallèle ses pions en Afrique : elle a signé en mars dernier deux partenariats, au Kenya et au Ghana (lire sur AEF info). "Nous avons aujourd’hui 34 % d’étudiants internationaux", rappelle Christophe Germain. "Nous voulons augmenter ce pourcentage, mais surtout le diversifier. L’Afrique représente un gros enjeu. Et la perspective du Brexit semble aussi générer d’importants recrutements d’étudiants indiens."

(1) Reportage réalisé à l’occasion d’un voyage de presse en Chine, organisé par Audencia, du 16 au 23 mars 2019.

(2) Audencia est partenaire de la SWUFE (Southwestern university of finance ans economics), à Chengdu, depuis plusieurs années. Le BBA accueille 199 étudiants chinois, le DBA 27 étudiants. Depuis le 21 mars 2019 un nouveau programme est proposé ; il s’agit d’un double-diplôme (MBA de la SWUFE et MSc d’Audencia).

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Diane Scherer, journaliste