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Home| Social / RH| Politiques de l’emploi| Dépêche n°603641

L’obligation de formation jusqu’à 18 ans revient à "se défausser sur les missions locales" (Jean-Philippe Revel, CGT)

Former un jeune jusqu’à un premier niveau de qualification "est de la responsabilité de l’État", affirme Jean-Philippe Revel (CGT Missions locales). Demander aux missions locales de proposer des solutions "revient à se défausser". Il commente, dans une interview à AEF info, les différentes actualités du réseau et notamment le récent rapport Igas sur les missions locales et Pôle emploi. Ce rapport "est quasiment un prétexte" : "Muriel Pénicaud l’a demandé en mars [2018], au moment des discussions autour de Cap 2022", ajoute-t-il. La CGT, défavorable aux fusions avec Pôle emploi, propose plutôt une agence nationale pour l’accompagnement et l’insertion des jeunes. Concernant la Garantie jeunes, il dénonce une situation "catastrophique" à Paris. "Il y a des difficultés au niveau administratif et pédagogique. Le dispositif est très lourd, sans souplesse."

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La CGT Missions Locales regrette de ne pas avoir été auditionnée par l'Igas lors de la mission. jl

AEF info : L’Igas a récemment remis un rapport recommandant de rapprocher missions locales et Pôle emploi. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Philippe Revel : Le rapport, en lui-même, n’est pas l’enjeu. C’est un rapport à charge concernant le pilotage de la délégation du PPAE, qui pointe des dysfonctionnements mais précise que sur le terrain, cela fonctionne mieux. Le contenu, au premier degré, n’est pas essentiel : pour nous, ce rapport est quasiment un prétexte.

Notre préoccupation est de voir ce qui se passe à la fin du texte, avec un mode d’emploi pour créer des GIP et mettre fin à la structuration des missions locales telle qu’elle existe. Il faut se demander à qui profite le rapport. Muriel Pénicaud l’a demandé en mars, au moment des discussions autour de Cap 2022. Quelques mois plus tard, des expérimentations de fusions avec Pôle emploi sont annoncées dans ce contexte.

Le ministère avance aussi avec les systèmes d’information. I-Milo est ainsi un cheval de Troie. Le marché arrivera prochainement à son terme. Je ne vois pas l’État engager des millions d’euros pour moderniser le réseau alors, qu’en parallèle, nous sommes incités à utiliser celui de Pôle emploi pour les inscriptions en formation. Je rappelle que la fusion entre ANPE et Assédic a commencé par les systèmes d’information…

J’ajouterais que nous n’avons pas été reçus par l’Igas dans le cadre de cette mission. Nous avons pourtant beaucoup à dire sur les relations avec Pôle emploi. Notamment, qu’il y a quelques années nous avions des collègues de Pôle emploi dans les missions locales. L’interface fonctionnait alors très bien. Mais, au fil du temps, on a demandé aux missions locales si elles préféraient conserver ce poste ou l’équivalent valorisé financièrement.

AEF info : La CGT propose une agence nationale pour l’accompagnement et l’insertion des jeunes. Comment serait-elle organisée ?

Jean-Philippe Revel : L’agence serait constituée d’une entité qui rassemblerait l’ensemble des missions locales. Cela permettrait de donner toute légitimé à la politique en direction de l’accompagnement et de l’insertion des jeunes.

L’agence serait construite à partir des missions locales actuelles. La configuration géographique ne serait pas modifiée. En revanche, on mettrait en place une gouvernance nationale. Localement, une gouvernance plus élargie serait chargée de mettre en place des projets, de les piloter. Pour le budget, il y a deux cas de figure. Soit l’État finance tout. Soit on établit une règle du coût global par jeune, qui soit harmonisée. Les collectivités locales contribueraient au niveau de cette agence, pour une répartition équilibrée sur les territoires.

Ce n’est pas une idée nouvelle. Nous demandons un rapport Igas pour étudier sa faisabilité mais n’avons pas eu de réponse.

AEF info : Dans le cadre du Plan pauvreté, l’Élysée a annoncé l’instauration d’une obligation de formation jusqu’à 18 ans, accompagnée d’une obligation, pour les missions locales, de proposer une solution. Y êtes-vous favorable ?

Jean-Philippe Revel : Nous sommes en faveur de la scolarité jusqu’à 18 ans et pour cela, il faut donner les moyens à l’Éducation nationale d’assumer ce rôle, jusqu’au premier niveau de qualification. Former jusqu’à atteindre ce niveau est de la responsabilité de l’État. Cela revient à se défausser sur les missions locales.

C’est encore pire qu’une fausse bonne idée. Les jeunes qui disent qu’ils ne veulent plus continuer l’école, en quoi seraient-ils mieux en formation ? D’autant que les formations relèvent de la région. On peut avoir des difficultés à trouver des formations qui conviennent ou à y entrer.

Les missions locales vont être écartelées, comme les jeunes. Il y a, effectivement, une demande des jeunes pour aller en entreprise, ce que nous pouvons tout à fait entendre. Mais, il faut être conscient que découvrir une entreprise pour quelques semaines, ce n’est pas la même chose que quitter l’école, se retrouver à la mission locale puis s’engager dans un CAP pâtissier.

AEF info : La Garantie jeunes est aussi citée dans le Plan pauvreté. Quel regard portez-vous sur cette mesure ?

Jean-Philippe Revel : Selon les structures, la situation peut être différente. Je connais la situation parisienne, qui est catastrophique. Plus les volumes sont importants, plus c’est compliqué. Les missions locales ont du mal à sortir du carcan imposé par l’État, avec le collectif, le stage imposé… Il y a des difficultés au niveau administratif et pédagogique. Le dispositif est très lourd, sans souplesse. On voit régulièrement des collègues qui n’en peuvent plus. Le métier de conseiller est individuel. Avoir un temps collectif, c’est davantage un métier de formateur.

Avec les objectifs chiffrés, nous sommes incités à faire entrer des jeunes en Garantie jeunes. Mais certains refusent, en disant qu’ils ne souhaitent pas "être assistés". D’autres n’ont rien à faire dans ce dispositif.

Financièrement, la mission locale est payée à 80 %. Les 20 % dépendent du parcours du jeune. Mais quand il trouve un travail, il est parti, il ne revient pas à la mission locale pour donner les papiers nécessaires.

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Alexandra Turpin, journaliste