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Le groupe français Rubika se relance en Inde après l’arrestation de son partenaire local, un magnat de l’immobilier

Rubika espère donner un nouvel élan à son implantation en Inde en 2019. "Nous sommes en discussion avec un autre partenaire local", confirme Stéphane André, directeur de ce groupe d’écoles de design (ISD), jeu vidéo (Supinfogame) et animation (Supinfocom). Le précédent partenaire de Rubika, le milliardaire D.S. Kulkarni, a été arrêté pour détournement de fonds début 2018. Le campus qu’il avait ouvert à Pune a fermé fin juillet, obligeant l’école à trouver une solution en urgence pour près de 300 étudiants. Stéphane André explique comment il a géré cette situation de crise depuis Valenciennes.

Stéphane André, directeur de Rubika, avec des étudiants indiens. Luc Martin - Rubika

"Les lumières s'éteignent sur le campus international DSK." Le 3 août 2018, le Pune Mirror annonce la fermeture de l’antenne du groupe Rubika en Inde, s’inquiétant du "sort incertain" des 300 étudiants qui ont "déjà payé une forte somme pour les cours". L’affaire oblige le groupe Rubika à réagir, même si la formation était sous la responsabilité de son partenaire local. "Nous n’avions pas d’obligation légale vis-à-vis des étudiants, qui payaient les droits de scolarité au DSK International Campus, mais nous avions une obligation morale", résume Stéphane André, directeur du groupe implanté à Valenciennes (Nord).

La société indienne DSK – du nom du milliardaire D.S. Kulkarni – se rapproche de Supinfocom (aujourd’hui Rubika) en 2007. Elle obtient alors le droit de dupliquer à Pune, à 200 km de Bombay, ses formations au jeu vidéo, au cinéma d’animation et au design. Le cursus est un copié-collé du modèle français, les étudiants indiens recevant même une certification RNCP en fin de parcours. L’école valenciennoise met ses programmes à disposition, s’occupe de l’audit qualité et de la validation des études. En échange, le groupe DSK gère le campus, embauche les enseignants et reverse un peu moins de 10 % des frais de scolarité qu’il perçoit. Un contrat de franchise lie les deux partenaires.

Un partenaire sous les verrous

Le point d’orgue de ce partenariat se situe probablement en décembre 2011, quand D.S. Kulkarni inaugure un campus flambant neuf de huit hectares à Pune : le magnat de l’immobilier est en majesté, face à plusieurs milliers d’invités et en présence de la présidente de l’Inde, Pratibha Patil, comme le relate alors EducPros sur son site. Sept ans plus tard, la roue tourne : accusé de détournement de fonds, l’homme d’affaires est sous les verrous, ainsi que sa femme, qui avait pris en charge l’activité de formation du groupe.

"Après l’incarcération des Kulkarni, leur belle-fille a pris la tête du campus de février à juin, puis elle a disparu", relate Stéphane André. La peur d’être à son tour mise en cause expliquerait ce départ soudain… "Nous aurions voulu continuer dans les locaux, mais le campus était hypothéqué et toutes les personnes avec qui nous aurions pu signer un bail étaient en prison", relate le directeur de Rubika. Le 31 juillet 2017, le campus est fermé. Il faut trouver une solution pour les 300 étudiants en cours de formation, de la deuxième à la cinquième année.

100 étudiants s’envolent pour la France

Une centaine d’étudiants acceptent de terminer leur cursus à Valenciennes, moyennant un investissement supplémentaire de leurs parents, Rubika n’ayant pas perçu les frais de scolarité payés au groupe DSK. L’école prend la décision de les mélanger aux promotions françaises et de dispenser les cours en anglais. "Comme beaucoup de nos intervenants sont des professionnels qui travaillent déjà en anglais dans leur métier, cela n’a pas posé de problème majeur", note Stéphane André. "Quant aux étudiants français, ils se sont décomplexés : le fait d’entendre des Indiens parler anglais sans l’accent d’Oxford les a libérés !"

Pour favoriser l’intégration des étudiants indiens à Valenciennes, Rubika charge une salariée de régler leurs problèmes de visa, d’hébergement, de repas ou encore de banque. Des cours de FLE sont proposés – mais sans faire de miracle : les étudiants sont encore loin de maîtriser le français. "Nous avons aussi organisé des cours de culture française pour leur apprendre à se débrouiller dans la rue et avec les autres étudiants : les garçons indiens ont par exemple du mal à s’asseoir à côté des filles, ce qui est perçu chez nous comme un signe de machisme", reprend Stéphane André.

Des nouveaux locaux sur place

Il reste près de 200 étudiants sur place, dont les familles ne peuvent prendre en charge le départ pour la France. "Nous avons demandé au vice-chancelor du campus DSK, le Dr Manoj Singh, de nous aider à remonter la formation parce qu’il est difficile de retrouver des locaux depuis la France", raconte Stéphane André. "Par chance, nous avions sur place une filiale dormante, Rubika India, que nous avons réactivée pour toucher les frais de scolarité."

Le matériel informatique est entièrement racheté. Une partie de l’équipe enseignante est réembauchée. Les cours reprennent le 15 octobre 2018, un mois et demi après la rentrée habituelle, dans des locaux situés à 1h30 de route de l’ancien campus, mais toujours à Pune. "Le principal problème qu’il nous reste à régler concerne les familles qui avaient payé toute la scolarité d’avance auprès de DSK : nous essayons de trouver des solutions", explique Stéphane André.

En Inde, "tout est provisoire"

Un plan de recrutement va être lancé dans les prochaines semaines, afin de recréer une première année en septembre et de retrouver un effectif de 300 élèves. Quel bilan tirer de cette expérience malheureuse ? "Le partenariat avec D.S. Kulkarni a duré dix ans, ce qui est déjà une belle performance en Inde", répond Stéphane André, qui relève que dans ce pays, "tout est provisoire". "La fermeture de ce campus n’a pas eu de coût pour Rubika, que ce soit pour sa réputation ou ses finances", assure-t-il aussi.

Le groupe cherche un nouveau partenaire local : ce pourrait être le propriétaire de ses nouveaux locaux, avec qui des discussions sont en cours. Le modèle économique pourrait évoluer, la franchise n’étant pas la seule option possible. "Nous n’étions pas assez présents sur place ; nous allons essayer de l’être davantage, sans avoir d’actifs", indique Stéphane André. "J’ai regardé ce que font les écoles de commerce françaises : leurs implantations à l’étranger reposent sur des formules très variées, qui vont du simple contrat commercial jusqu’à la filiale détenue à 80 %", détaille-t-il.

À aucun moment, il n’a été question pour Rubika de quitter le pays : "Être présent en Inde est important pour nous car c’est un marché où les familles sont prêtes à consacrer beaucoup de ressources à l’éducation. De plus, les métiers auxquels nous préparons évoluent dans une industrie mondiale et multiculturelle."

Bientôt la Thaïlande et l’Afrique de l’EST

 

Le groupe Rubika veut devenir "un acteur de référence et d’avant-garde reconnu dans le monde entier" dans les secteurs du jeu vidéo, du cinéma d’animation et du design. Son campus de Montréal vient d’obtenir une accréditation pour préparer aux métiers de l’animation et espère obtenir une autre accréditation pour le jeu. L’objectif est de former une centaine d’étudiants au Canada, contre une quarantaine aujourd’hui. Des contacts ont aussi été pris en Thaïlande, place forte du design et du cinéma d’animation, et en Afrique de l’Est, où le marché du jeu et du film d’animation est tourné vers le téléphone portable. La moitié des étudiants de Rubika travaillent à l’international après leur cursus.

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Sylvain Marcelli, journaliste