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Paris : le quartier de La Chapelle "est déjà un quartier de reconquête républicaine" (Jacques Rigon)

La zone de sécurité prioritaire des Xe et XVIIIe arrondissements "est la première incarnation concrète de la police de sécurité du quotidien à Paris", déclare Jacques Rigon à AEF info. Le commissaire divisionnaire, chef du deuxième district de sécurité de publique de la capitale (Nord-Est parisien), détaille les enjeux du "quartier de reconquête républicaine" de La Chapelle, qui doit être lancé en 2019. "On a à gagner à se rapprocher de la population. Les habitants sont acteurs de notre dispositif. Ils n’ont plus à subir. Nous travaillons avec et pour eux." Jacques Rigon souligne en outre que "le volet policier est important en matière de lutte contre la délinquance et la verbalisation". Et d’ajouter : "Nous devons encore renforcer les actions autour de la place de la Chapelle. Ce sera le gros enjeu du futur quartier de reconquête républicaine."

Jacques Rigon, commissaire divisionnaire, chef du deuxième district de Paris à la Préfecture de police. © Préfecture de police

AEF info : Plus de 30 "quartiers de reconquête républicaine" doivent être lancés en 2019 dans le cadre de la police de sécurité du quotidien (lire sur AEF info). Comment cela va-t-il se traduire concrètement dans le XVIIIe arrondissement de Paris ?

Jacques Rigon : L’actuelle zone de sécurité prioritaire des Xe et XVIIIe arrondissements représente à 99 % ce que sera le futur quartier de reconquête républicaine. On peut dire aujourd’hui que c’est déjà un quartier de reconquête républicaine, nous attendons seulement son officialisation et sa labellisation. Elle est donc la première incarnation concrète de la police de sécurité du quotidien à Paris. Il est prévu un bonus d’effectifs supplémentaires de 25 policiers. J’ai l’espoir que ces renforts arrivent au printemps prochain avec la prochaine sortie d’école des gardiens de la paix.

Avec 25 personnels supplémentaires, nous allons nous adapter au mieux. Nous devons encore renforcer notre action autour de la place de la Chapelle (XVIIIe arrondissement). Cette place sera le gros enjeu de ce futur quartier de reconquête républicaine. La mairie de Paris vient de lancer des travaux de réaménagement en élargissant notamment les trottoirs. La rénovation urbaine compte beaucoup dans l’accompagnement des actions de prévention et de sécurisation.

AEF info : La ZSP des Xe et XVIIIe arrondissements a été créée en janvier 2018. À quels besoins répondait-elle ?

Jacques Rigon : Il y avait une urgence. Nous ne pouvions pas attendre plus car la situation se dégradait. Nous avions une ZSP lancée en septembre 2012 sur les quartiers de Barbès, la Goutte d’or et Château-Rouge, dans le XVIIIe (lire sur AEF info). Un gros travail a été fait, mais cela n’a pas suffi. Il y a eu des dégradations notamment sur la place de la Chapelle, qui était hors de la couverture de la ZSP. Il y a eu une apparition de trafics, de vols et, surtout, la massification des flux migratoires. Au Sud, nous avions la salle de consommation à risque et les problèmes de toxicomanie.

Dans le cadre de la mise en place de la police de sécurité du quotidien, la ZSP a été élargie le 22 janvier 2018 (voir carte). C’est une zone qui s’adapte à la réalité des bassins de vie, de la Chapelle à la gare du Nord en passant par Barbès, la rue Riquet, Château-Rouge. C’est une approche qui veut coller à la réalité du terrain. Il fallait éviter les effets de déplacement. La zone est désormais plus grande.

Le dispositif est également plus simple. Avant, nous avions une mosaïque de dispositifs avec plusieurs GLTD (groupes locaux de traitement de la délinquance), notamment. Nous avons tout remis à plat pour tout fusionner. C’est désormais plus cohérent. Il y a un relais fort du parquet.

AEF info : Concrètement, comment l’action s’incarne-t-elle sur le terrain ?

Jacques Rigon : La force fidélisée, qui est le pivot de la sécurisation, est la nouvelle BTC (brigade territoriale de contact) "Chapelle", forte de 40 policiers. C’est en son sein que sont désignés les quatre référents de quartier qui incarnent le visage de la PSQ sur le terrain. À partir de ce socle, il y a un schéma de couverture adapté. Nous sommes là pour surprendre nos adversaires. Tous les jours, le schéma est réadapté. La préfecture envoie également des CRS en fonction des besoins quotidiens. C’est un schéma fort, totalement englobant.

AEF info : Avec quels partenaires travaillez-vous ?

Jacques Rigon : Nous travaillons en particulier avec la direction de la prévention, de la sécurité et de la prévention de la ville de Paris (lire sur AEF info). Ces opérations sont dites en "trinômage" car elles associent des policiers, des inspecteurs de sécurité de la DPSP et des agents de la sous-direction de la régulation des déplacements de la mairie de Paris. Elles permettent de mener des actions à spectre large : sécurisation, anti-délinquance, répression des nuisances et des incivilités et lutte contre les stationnements irréguliers.

Nous organisons des réunions mensuelles avec les onze principales associations du territoire. Je suis le pilote opérationnel. Il y a également les représentants des deux mairies d’arrondissement. Dans la foulée, nous assistons également à la réunion de la cellule de coordination opérationnelle des forces de sécurité intérieure (lire sur AEF info). L’essentiel, pour nous, est de renforcer la stratégie et adapter la stratégie en permanence.

AEF info : Comment intégrez-vous la population à ce dispositif ?

Jacques Rigon : Le dispositif original d’écoute et de dialogue avec la population se décline à trois niveaux : sur le terrain, avec les référents de la BTC "Chapelle", au niveau des deux commissariats des Xe et XVIIIe, avec leur cellule d’écoute et de traitement des doléances, et au niveau de mon district, avec la réunion mensuelle des principales associations que j’anime avec les représentants des mairies.

Les policiers des quatre BTC réalisent au quotidien de nouvelles missions de contact et de visibilité – patrouilles pédestres, points de visibilité, de rencontre et de dissuasion, prises de contact pour échanger avec la population, lutte contre les phénomènes qui dégradent la physionomie visible des quartiers… Ils captent les doléances et expliquent à la population ce que nous faisons. Dans les quatre quartiers que nous couvrons, il y a un gradé qui est le référent. Ce sont les visages de la PSQ. Ils sont là tous les jours, les habitants les connaissent.

Au niveau des commissariats, les habitants ont une adresse e-mail et un numéro qu’ils peuvent joindre en cas de problèmes ou pour faire remonter les informations. En fonction de cela, nous faisons des actions ciblées et nous alertons les patrouilles de terrain. Qui mieux qu’un habitant sait ce qui se passe en bas de chez lui ? On a à gagner à se rapprocher de la population. Les habitants sont acteurs de notre dispositif. Ils n’ont plus à subir. Nous travaillons avec et pour eux.

AEF info : Quel bilan tirez-vous de la nouvelle ZSP, un an après sa création ?

Jacques Rigon : En un an, nous avons effectué 539 opérations spéciales, dont 172 conjointes avec la DPSP. Notre partenariat est fort avec la mairie de Paris. Le volet policier est important en matière de lutte contre la délinquance et la verbalisation. Il faut également faire respecter les règles de stationnement et le respect des réglementations.

Il y a une impatience des habitants mais les phénomènes délinquants existent depuis si longtemps que nous devons inscrire nos actions dans la durée. Nous voulons mener une guerre d’usure contre ces phénomènes. Nos adversaires connaissent bien le fonctionnement des CRS, qui restent 15 jours puis repartent. Ils s’adaptent, attendent leur départ pour passer à l’action. Nous, nous sommes là au quotidien. La fidélisation des policiers est importante. Nous ne lâcherons pas le morceau. Nous menons une politique de tolérance zéro, avec une judiciarisation importante et beaucoup de gardes à vue.

AEF info : La future police municipale parisienne peut-elle améliorer la situation des habitants du XVIIe ? (lire sur AEF info)

Jacques Rigon :
Aujourd’hui, nous sommes déjà dans une mobilisation totale. Ce sera une bonne chose si elle se traduit par un renforcement des effectifs et des actions de l’actuelle DPSP. Un tel renforcement est en effet jugé nécessaire, en complément de ce que font les policiers.

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Emilie Lopes, journaliste