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Apprentissage : "Nous travaillons au cas par cas pour aider les jeunes des QPV" (P. Toulmet, délégué interministériel)

Nommé en septembre 2018 délégué interministériel au développement de l’apprentissage dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville  par un décret présidentiel, Patrick Toulmet a accepté de faire un point d’étape sur ses actions avec AEF info. Accompagné par Pauline Dubois Graffin, coordinatrice d’équipe, il a entamé une série de déplacements pour rencontrer les jeunes et les acteurs locaux. L’objectif est de les mettre en relation avec des employeurs potentiels et de resociabiliser les plus éloignés de l’emploi.

Patrick Toulmet, délégué interministériel au développement de l'apprentissage dans les QPV

AEF info : Dans le cadre de vos nouvelles fonctions, quelles sont vos missions ?

Patrick Toulmet : Notre principale mission est d’aller chercher les jeunes invisibles qui ne travaillent pas mais ne sont pas inscrits au chômage et qui n’ont pas de contact avec les missions locales ni avec les CFA. Ils sont estimés à 1,3 million en France, mais je pense qu’ils sont beaucoup plus nombreux. Ils sont souvent situés dans les QPV qui sont au nombre de 1 500 en France, dont 263 en Île-de-France. Nous devons ensuite orienter ces jeunes vers des métiers en tension, mais aussi vers des métiers qu’ils ont envie de faire et qu’ils s’interdisent parfois du fait de barrières informationnelles ou parentales.

Pour réaliser ce travail, j’ai été rejoint en novembre par Pauline Dubois Graffin en tant que coordinatrice d’équipe, puis par Martine Adment-Catinaud, directrice des projets, et par une apprentie. Notre équipe dépend de cinq ministères : celui du Travail, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de l’Agriculture et de la Cohésion des territoires. Pour faciliter les échanges, nous avons demandé à mettre en place un référent par cabinet ministériel. Ils ont été nommés, nous allons les rencontrer le 11 février afin de leur présenter nos propositions et de les valider.

AEF info : Quelles actions avez-vous engagées depuis votre nomination ?

Patrick Toulmet : Les premiers mois, nous avons mis les choses en place et réalisé quelques déplacements, à Chauny et Tergnier [Aisne], à Bobigny [Seine-Saint-Denis] et à Joué-lès-Tours [Indre-et-Loire]. Pour choisir les lieux de nos déplacements, nous avons rencontré les parlementaires et sénateurs qui travaillent en QPV et retenu les quartiers où des besoins urgents nous ont été signalés. Nous avons ensuite contacté les préfectures pour leur demander de réunir tous les acteurs – Pôle emploi, les missions locales - en vue de notre arrivée.

Nous sommes restés à chaque fois une journée, l’objectif étant de rencontrer les jeunes et les acteurs locaux. Par exemple, le mardi 5 février, à Joué-lès-Tours, nous sommes passés par la mission locale pour parler avec quinze jeunes pendant plus de deux heures.

Après chaque déplacement, nous nous assurons que les promesses faites par les acteurs locaux ont bien été tenues. Nous effectuons également un suivi des jeunes grâce à la mise en place d’un comité de pilotage avec des représentants de Pôle emploi, la Direccte, le conseil régional et les centres de formation qui se réunissent après notre départ et nous font un retour.

Pour les mois de février et mars, nous allons accélérer nos déplacements. Nous en avons programmé quinze à vingt, à Nancy [Meurthe-et-Moselle], Reims [Marne], Bordeaux [Gironde], Arles [Bouches-du-Rhône], Thonon-les-Bains [Haute-Savoie]…

AEF info : Quels sont les problèmes que vous résolvez lors de ces déplacements ?

Patrick Toulmet : Nous travaillons au cas par cas pour résoudre les problèmes des jeunes. Nous distribuons des cartes de visite à ceux que nous rencontrons, puis notre contact circule grâce au bouche-à-oreille. Les rencontrer permet de les resociabiliser et de leur montrer qu’ils ont des interlocuteurs au sein du ministère. Par exemple, j’ai rencontré un jeune paysagiste au chômage qui avait un CAP mais pas assez d’argent pour passer son permis de conduire. J’ai contacté Pôle emploi pour que le financement de son permis soit pris en charge.

Nos déplacements permettent également de résoudre les problèmes liés à la multiplicité des dispositifs au sein des départements. Les jeunes s’y perdent. C’est pourquoi nous les faisons rencontrer les acteurs locaux lors de nos déplacements. Ce problème de multiplicité se retrouve au niveau des associations. Nous avons proposé de mettre en place un ou deux référents par département, élus par les associations, dont le but sera de faciliter le dialogue avec les associations. Nous souhaiterions que ce dispositif soit en grande partie effectif d’ici la rentrée prochaine.

Par ailleurs, des difficultés se situent au niveau des CFA. Certains n’arrivent pas à remplir leurs places. Par exemple, dans le CFA campus des métiers et de l’entreprise de Bobigny que je préside, 1 400 places sur 3 000 sont libres. C’est pourquoi nous recensons les places disponibles dans les CFA des QPV. Nous sommes également en train d’élaborer une cartographie des entreprises qui recrutent des apprentis pour déterminer le nombre de places disponibles. L’objectif est de faire le lien.

À l’inverse, dans certains QPV, il n’y a pas de CFA. Nous souhaitons que, grâce à la possibilité ouverte par la loi "Avenir professionnel", des associations créent des petites antennes dans ces quartiers, en partenariat avec les réseaux consulaires.

AEF info : Quelles sont les prochaines actions à mettre en œuvre ?

Patrick Toulmet : Nous avons reçu des dossiers dans le cadre de l’appel à projets [du PIC] "prépa apprentissage", des formations de quelques semaines ou quelques mois pour donner aux jeunes les codes du milieu professionnel. Le comité de sélection des dossiers dont nous faisons partie est en train de se réunir. Nous avons pris du retard car nous ne nous attendions pas à en recevoir autant, mais nous devrions annoncer la première vague de lauréats fin février.

Nous réfléchissons également à d’autres dispositifs nationaux. En particulier, nous voulons aider à ce que se mette en place le dispositif contenu dans la loi "Avenir professionnel" de découverte des métiers qui prévoit 54 heures par semaine par an par élève de collège et de lycée. Nous souhaitons notamment organiser des forums dans les collèges. Le programme d’actions sera annoncé entre fin avril et début mai.

Enfin, face à la trop grande quantité d’informations, nous avons observé que certains jeunes ne savaient pas s’orienter. C’est le cas de jeunes que nous avons rencontrés à Joué-lès-Tours qui savaient quel métier ils voulaient faire mais ne savaient pas où s’informer. Nous réfléchissons donc à mettre en place un outil numérique accessible sur smartphone.

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Astrid Gruyelle, journaliste