Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

J-M. Blanquer à AEF : "Le recteur de région aura un pouvoir hiérarchique et un positionnement beaucoup plus clair"

"Si nous avons décidé, avec Frédérique Vidal, de ne pas fusionner les académies, il ne s’agit en aucun cas d’un abandon de la réforme territoriale", déclare à AEF info Jean-Michel Blanquer, le 6 février 2019. Le ministre de l’Éducation nationale précise qu’après "avoir écouté les acteurs", ils sont "arrivés à cette conclusion pour des raisons pragmatiques et pour avoir plus de proximité avec le terrain". Ainsi les recteurs de région auront un "pouvoir hiérarchique" et un "positionnement beaucoup plus clair". En outre, les rectorats qui ne sont pas dans des capitales régionales pourront être "des sièges de certaines fonctions d’ampleur régionale". Toutefois, les sièges des rectorats de région seront maintenus. Il insiste sur le travail d’équipe des recteurs et sur le principe de subsidiarité. Il précise les futures missions des Dasen sur le pilotage pédagogique et la GRH de proximité.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse Ministère de l'Education nationale.

AEF info : Vous avez annoncé le 31 janvier 2019 l’abandon du projet de fusion des académies (lire sur AEF info). Pourquoi avez-vous pris cette décision ?

Jean-Michel Blanquer : Si nous avons décidé, avec Frédérique Vidal, de ne pas fusionner les académies, il ne s’agit en aucun cas d’un abandon de la réforme territoriale. Depuis la réforme de 2015, l’Éducation nationale se trouve dans une situation hybride, avec parfois plusieurs académies dans une région, ce qui pose des problèmes d’unité de la décision et de symétrie avec l’autorité régionale. Nous avons examiné toutes les solutions en ayant deux objectifs principaux : rapprocher l’action de l’Éducation nationale au plus près du terrain, à l’échelle départementale et infradépartementale, dans un esprit de subsidiarité ; et développer une action stratégique à l’échelle de la région.

Pour l’échelon de proximité, nous allons dans le sens d’un renforcement du pilotage pédagogique départemental pour que les Dasen aient plus de responsabilités sur les enjeux de l’école des savoirs fondamentaux : l’école primaire et le collège. Concernant la dimension stratégique régionale, après le rapport Weil, Dugrip, Luigi, Perritaz, nous avons demandé aux recteurs de faire des propositions sur des rapprochements entre rectorats fin 2018. Ils ont fait des suggestions très intéressantes comme par exemple un travail à l’échelle régionale sur l’orientation ou sur le lien bac-3/bac+3.

Sur la base de l’analyse de ces contributions, nous avons décidé de ne pas fusionner les rectorats mais de conforter les recteurs de région qui seront les interlocuteurs des préfets de région et des présidents de région, sans pour autant supprimer les rectorats car la fonction de recteur est essentielle pour avoir une vision stratégique de l’Éducation nationale adaptée à chaque territoire. Nous avons besoin de ce haut encadrement.

AEF info : Les recteurs de région académique avaient pourtant comme mission de préparer des fusions…

 

"Nous ne souhaitions pas engager des bouleversements, potentiellement perturbants, dans le fonctionnement des académies alors que des réformes très importantes sont en cours […]."

 

Jean-Michel Blanquer : Nous avions laissé la porte ouverte à plusieurs schémas et nous avons toujours dit que les sièges des rectorats ne fermeraient pas. Nous avons écouté les acteurs et nous sommes arrivés à cette conclusion pour des raisons pragmatiques et pour avoir plus de proximité avec le terrain. L’efficacité du service public plaide pour plus de services de proximité. Nous n’avons pas attendu la crise sociale du mois de décembre 2018 pour avoir comme priorité la proximité avec le terrain. J’ai déclaré dès le début que cette 2e vague de régionalisation devait contrebalancer les effets négatifs que la 1re vague avait pu avoir pour les territoires qui ne sont pas des métropoles.

Nous ne souhaitions pas non plus engager des bouleversements, potentiellement perturbants, dans le fonctionnement des académies alors que des réformes très importantes sont en cours, comme la consolidation des savoirs fondamentaux ou la réforme de la voie professionnelle et celle du lycée. J’ai observé aussi les effets de la régionalisation dans d’autres secteurs de l’État et je constate que dans les très grandes régions, il y a des problèmes de temps de transport ou autres qui complexifient le fonctionnement du service public et amoindrissent la présence de l’État sur les territoires. Nous avons la chance d’avoir un maillage territorial étendu à l’Éducation nationale et je pense que nous pouvons faire de gros progrès organisationnels sans pour autant supprimer les rectorats. Tout changement d’organisation ne doit pas être fait pour lui-même, mais pour l’amélioration qu’il produit dans la mise en œuvre du service public.

AEF info : Quelle organisation des académies souhaitez-vous ?

Jean-Michel Blanquer : Les 13 recteurs de région seront confortés, et seront épaulés par les recteurs des académies de la région. Nous poursuivons la fusion de l’académie de Normandie qui est déjà bien engagée.  

Le fait d’avoir un recteur de région appuyé par un ou deux recteurs d’académie, selon le cas, permettra de développer un véritable travail d’équipe. Les rectorats vont désormais travailler sur les fonctions qui resteront à l’échelle de chaque académie et sur celles qu’ils veulent mutualiser. Cela permettra des fusions de certaines missions qui ont des dimensions régionales comme l’orientation, la carte des formations ou l’enseignement professionnel et l’apprentissage, etc.

Pour l’orientation par exemple, le Csaio a plutôt vocation à être placé auprès du rectorat de région pour être en lien les acteurs régionaux mais le Dafpic ou le Dane, qui doivent également organiser leur action à l’échelle régionale, pourraient très bien être dans un seul rectorat, qui n’est pas forcément la capitale régionale. En clair, les villes qui ont un rectorat et qui ne sont pas des capitales régionales, peuvent être des sièges de certaines fonctions d’ampleur régionale. Avec toutes ces mutualisations entre rectorats, nous allons "déroutiniser" ces structures. Mon objectif est de revitaliser tous les rectorats et les villes moyennes, avec de nouvelles modalités d’organisation qui vont développer l’esprit d’équipe entre les recteurs de chaque région et leurs équipes. Ces orientations donneront lieu à un accompagnement très personnalisé des cadres et des personnels concernés. Comme je m’y suis engagé il n’y aura bien entendu aucune mobilité géographique forcée.

AEF info : Comment allez-vous impulser cette collaboration plus forte entre recteurs alors qu’aujourd’hui le travail d’équipe est parfois compliqué entre recteurs d’une même région ?

 

"Cette réforme nous permettra de mettre en place un véritable parcours de carrière pour les recteurs."

 

Jean-Michel Blanquer : Par le pouvoir hiérarchique que nous donnons au recteur de région académique. Il sera le représentant des ministres au niveau régional. Son positionnement sera beaucoup plus clair que dans la situation actuelle y compris pour les partenaires de l’Éducation nationale. Cette réforme nous permettra pour l’avenir de mettre en place aussi un véritable parcours de carrière pour les recteurs. Le fait de confier un pouvoir hiérarchique aux recteurs de région demande des modifications réglementaires importantes ainsi que quelques ajustements législatifs. L’objectif est que toutes les nouvelles organisations soient prêtes "juridiquement" pour le 1er janvier 2020 puis la mise en œuvre se fera en 2020 et 2021, en donnant toute sa place au dialogue social, même si certains aspects pourront être anticipés.

AEF info : Allez-vous conserver les sièges actuels des rectorats de région ?

Jean-Michel Blanquer : Oui. Nous renforçons les recteurs de région. Il n’y a donc aucune raison, dès lors que les recteurs d’académie demeurent, de remettre en cause les équilibres actuels même si, comme je l’ai dit, je serai très attentif à la situation des villes moyennes.

AEF info : Comment comptez-vous renforcer l’échelon départemental et infradépartemental du pilotage de l’Éducation nationale ?

 

"Il faut dégager du temps aux Dasen et aux IEN pour qu’ils se concentrent sur le pilotage de la pédagogie et la réussite des élèves. Ils auront des objectifs et une vision des résultats des écoles et des collèges de leur département."

 

Jean-Michel Blanquer : Il faut avoir des actions stratégiques départementales qui responsabilisent tous les acteurs pour que les élèves sortent de leur scolarité avec des savoirs fondamentaux bien ancrés. C’est bien cela notre objectif final, et nous ne devons pas nous perdre dans des débats sur une organisation administrative complexe et purement technique. Cette réforme organisationnelle est un moyen pour remplir nos objectifs de réussite de tous les élèves et non une fin.

Il faut dégager du temps aux Dasen et aux IEN pour qu’ils se concentrent sur le pilotage de la pédagogie et la réussite des élèves. Ils auront des objectifs et une vision des résultats des écoles et des collèges de leur département. Ils pourront s’appuyer, pour ce faire, sur les nouveaux outils que va offrir la loi "Pour une école de la confiance" en matière d’expérimentation ou d’évaluation par exemple.

L’essor de cette vision nouvelle de l’échelle départementale et infradépartementale s’incarne aussi dans le développement de la GRH de proximité qui va positionner des personnels pour le suivi et le soutien aux professeurs, au plus près du terrain, dans les établissements, à l’échelle des circonscriptions. Les Dasen auront aussi un rôle accru dans cette gestion qualitative des personnels pour mieux les accompagner dans leur parcours et aux moments clé de leur carrière. Cela permettra de sortir de la vision encore trop anonyme de la gestion des ressources humaines.

AEF info : Après avoir travaillé sur des projets de fusion, les équipes de rectorats ne vont-elles pas être démobilisées avec cette nouvelle réforme ?

Jean-Michel Blanquer : Je pense que c’est tout le contraire. Il y a un élan réformateur et, maintenant, chacun a une vision claire de la perspective. Nous allons tout faire pour les encourager car les effets à terme de cette réforme sont considérables pour l’Éducation nationale. Nous avons beaucoup échangé avec les recteurs et les équipes académiques pour arrêter ce nouveau modèle. Les travaux qui ont été réalisés seront au contraire extrêmement précieux pour le bon aboutissement de cette grande réforme.

 

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, en déplacement à Saint-Pierre et Miquelon cette semaine, n’a pas pu être présente pour cet entretien mais répondra à nos questions en début de semaine prochaine, sur le volet "ESR" de la réforme territoriale.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Anaïs Gérard, journaliste