Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Avec la Cité de l'innovation, AMU a son "lieu totem qui correspond à une Station F" (Éric Berton, VP valorisation)

Aix-Marseille Université a ouvert fin août 2018 un lieu dédié à la valorisation de la recherche et à l’innovation, dans les locaux de l’ancien siège de la SNCM à Marseille : la "Cité de l’innovation et des savoirs", qui sera inaugurée le 13 mars. Cette Cité a été pensée par AMU pour réunir, en un seul "lieu totem", "les structures œuvrant à la valorisation du travail des chercheurs et les outils permettant aux industriels d’innover", explique Éric Berton, vice-président de l'université, délégué à la valorisation et l’innovation, dans un entretien avec AEF info le 31 janvier 2019. Sur la scène de l’innovation, médiatiquement occupée par des lieux comme Station F à Paris ou The Camp à Aix-en-Provence (lire sur AEF info), AMU défend sa différence : un "parcours complet de l’innovation" et "un nouveau concept organisationnel visant à des mises sur le marché plus rapides".

Eric Berton, vice-président d'Aix-Marseille Université délégué à la valorisation et l'innovation. © AMU

AEF info : En 2017, The Camp, qui se présente comme un "campus de l’innovation", a ouvert à Aix-en-Provence. Aix-Marseille Université n’y est pas présente. Elle a même créé son propre lieu dédié à l’innovation, la Cité de l’innovation et des savoirs, située dans l’ancien siège de la compagnie maritime SNCM. Pourquoi ?

Éric Berton : Aix-Marseille a choisi de placer au cœur de sa stratégie l’innovation et la valorisation de la recherche issue de ses unités de recherche, et d’en faire l’un des quatre piliers fondamentaux de son action, avec la formation, la recherche et la diffusion de la culture scientifique. Le plus court chemin vers l’innovation, c’est la recherche fondamentale. Ce sont nos laboratoires, nos chercheurs et enseignants-chercheurs qui inventent.

Beaucoup d’objets sont créés par les start-up à partir des recherches menées dans nos laboratoires, qui nous échappent quand les industriels s’en saisissent. Nous étions donc légitimes à créer notre propre lieu, un lieu totem, qui correspond à une Station F. Il réunit les structures œuvrant à la valorisation du travail des chercheurs et les outils permettant aux industriels d’innover. C’est le lieu de ceux qui valorisent la recherche et innovent au sein d’AMU et avec AMU, laquelle, avec ce concept, joue pleinement son rôle d’acteur du développement économique et de l’attractivité du territoire.

 

"Le plus court chemin vers l’innovation, c’est la recherche fondamentale."

 

AEF info : Pourtant, The Camp se présente aussi comme un totem de l’innovation pour la région…

Éric Berton : Au départ, The Camp était pensé comme un lieu de formation pour les entrepreneurs. Mais la formation à la recherche et l’innovation se font dans les laboratoires de recherche, or il n’y en a pas à The Camp. Par ailleurs, AMU veut rester maître de sa politique d’innovation, qui ne peut pas se faire hors sol. Les deux lieux n’ont pas la même vocation, ni les mêmes objectifs. Il peut bien sûr y avoir des partenariats avec The Camp, nous sommes d’ailleurs en train d’y réfléchir avec la nouvelle directrice. Nous pourrons peut-être répondre à des appels d’offres ensemble.

à lire dans le Dossier "les universités et la start-up nation"

 

AEF info : Qu’est ce qui différencie la Cité de l’innovation et des savoirs d’Aix-Marseille ?

Éric Berton : La Cité offre un parcours complet de l’innovation aux étudiants, aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs pour créer leur start-up et aux industriels souhaitant innover ou acquérir une innovation. Elle réunit tous les acteurs de l’innovation et de la recherche publique au sein d’un nouveau concept organisationnel visant à des mises sur le marché plus rapides. Sur l’espace occupé par AMU, nous avons réuni toutes nos compétences et nos outils au service de la valorisation et de l’innovation :

  • notre direction de la recherche et de la valorisation, qui recueille les 100 à 130 déclarations d’invention annuelles des chercheurs ;
  • Protisvalor, notre filiale de gestion spécialisée dans l’accompagnement des chercheurs pour l’instruction, le montage et la gestion des contrats de recherche partenariaux et européens ;
  • et l’Institut Carnot Star, dispositif d’accélération technologique d’AMU qui fédère huit laboratoires spécialisés dans le sport, le bien-être et la santé, qui y a installé son bureau principal.

A emménagé à nos côtés la Satt Sud-Est, dont AMU est actionnaire, qui mature les inventions issues de nos laboratoires et transfère les technologies innovantes qui en découlent vers le monde industriel, par la concession de licences d’exploitation.

 

"La présence physique de L’Occitane, que nous avons convaincue de nous choisir plutôt que d’installer son accélérateur en Suisse, et de CMA CGM, donne bien la dimension et l’intérêt du projet."

 

L’incubateur interuniversitaire Impulse et l’incubateur multimédia public de la Belle de Mai [présidé par Éric Berton] ont aussi installé des bureaux à la Cité. Sont également présents deux accélérateurs institutionnels, P. Factory, de la French Tech Aix-Marseille, et M, de la métropole Aix-Marseille Provence, ainsi que les accélérateurs de deux industriels locaux implantés au niveau mondial, Obratori de L’Occitane, et ZeBox, de la CMA CGM. Enfin, le réseau Entreprendre Paca, deux banques et trois pôles de compétitivité régionaux complètent le parcours.

En deux heures, les industriels trouvent des réponses à toutes leurs questions et sont mis en relation avec les bons interlocuteurs. La présence physique de L’Occitane, que nous avons convaincue de nous choisir plutôt que d’installer son accélérateur en Suisse, et de CMA CGM, donne bien la dimension et l’intérêt du projet.

des Fonds d’investissement privés et publics

 

AMU et la Satt Sud-Est ont été labellisés "apporteur d’affaires" du fonds d’investissement "French Tech Seed", opéré par Bpifrance pour le compte de l’État. Elles ont aussi répondu avec succès à l’appel à manifestation d’intérêt "Pertinence Invest 2", un fonds d’investissement porté par plusieurs filières de valorisation d’universités et d’écoles en France. Les start-up accompagnées par la Cité de l’innovation et des savoirs d’Aix-Marseille sont éligibles à ces fonds, qui peuvent être couplés à des fonds d’investissement privés, notamment ceux portés par les accélérateurs de CMA CGM et L’Occitane.

AEF info : Quel intérêt aviez-vous à vous allier à des groupes privés ?

Éric Berton : Ces groupes privés sont eux-mêmes accompagnés de fonds d’investissement et de partenaires susceptibles de financer nos projets et start-up. Comme ces deux grands groupes sont sur des marchés complètement différents, on peut très bien imaginer qu’ils financent, doublement donc, une même start-up dans des domaines comme la logistique, par exemple. En outre, ces deux grands groupes sont nos partenaires dans des domaines de pointe comme l’IA. Enfin, de par leur importance, ils participent aussi au rayonnement international de la Cité de l’innovation et des savoirs. Ils donnent une visibilité internationale à la Cité.

AEF info : Aix-Marseille Université et sa Cité de l’innovation et des savoirs sera-t-elle visible sur la scène de l’innovation, médiatiquement occupée par d’autres lieux comme Station F ou le CES de Las Vegas ?

Éric Berton : Nous serons amenés à travailler avec des lieux comme Station F. Nous accompagnons nos start-up sur des salons comme le CES, où nous sommes aussi présents en délégation aux côtés de la Satt Sud-Est et de notre institut Carnot. Nous nous sentons légitimes sur ces lieux, car passée l’étape d’affichage du concept de "start-up nation", investisseurs et start-up reviennent à des choses plus pragmatiques, à un besoin de validation de leurs produits.

 

"Nous nous sentons légitimes sur ces lieux, car passée l’étape d’affichage du concept de 'start-up nation', investisseurs et start-up reviennent à des choses plus pragmatiques"

 

Aix-Marseille Université est d’ailleurs en train de lancer un label "AMU qualité innovation", qui distingue les innovations issues de la recherche publique ayant trouvé leur marché. Ce label quantifie les forces et faiblesses d’une innovation sur quatre aspects : technologique, juridique, financier et accès au marché, afin d’offrir à son détenteur une meilleure visibilité, et de conforter les industriels lors de l’acquisition d’une innovation.

Il prend appui sur nos plates-formes technologiques labellisées, qui mettent à disposition de la communauté scientifique et du monde socio-économique des infrastructures de pointe pour l’exécution de contrats de recherche, de collaborations partenariales ou des prestations de services externes. Ce label s’inscrit bien dans les objectifs de la Cité de l’innovation et des savoirs.

Un budget de 840 000 € par an, sur neuf ans

 

Le bâtiment Le Castel, ancien siège de la compagnie maritime SNCM, abrite trois étages Art déco avec vue sur le port de Marseille et toit-terrasse. Quelque 80 personnes travaillent depuis fin août sur les trois plateaux rénovés, occupant une superficie de 2 800 m2. Le rez-de-chaussée est occupé par l’accélérateur d’entreprises M de la métropole Aix-Marseille-Provence, un bureau de la French Tech Aix-Marseille et les services d’AMU. CMA CGM, avec son incubateur-accélérateur, et L’Occitane, avec un "start-up studio" consacré aux innovations en matière de santé, bien-être et cosmétiques, se sont installés respectivement sur la totalité des premier et deuxième étages.

Le budget de la Cité de l’innovation et des savoirs d’Aix-Marseille, qui sera officiellement inaugurée le 13 mars, s’élève à 840 000 € par an sur neuf ans. "Il est équilibré", indique Éric Berton. "Les partenaires s’acquittent d’une redevance d’occupation des locaux. Par ailleurs, grâce à la Cité, nous constatons une augmentation de nos contrats avec les industriels, de nos déclarations d’inventions, de nos licences et des revenus de propriété intellectuelle". Le coût pour Aix-Marseille Université pour la location de ses espaces au rez-de-chaussée s’élève à 162 000 € par an. Elle bénéficie d’un soutien de la région Paca à hauteur de 150 000 €, auquel s’ajoutent les participations financières du MESRI, du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône et la préfecture des Bouches-du-Rhône.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Marie-Pierre Vega, journaliste