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Automobile : l’usine Bridgestone de Béthune crée une école interne pour "attirer, former et fidéliser" des intérimaires

L’usine Bridgestone de Béthune (Pas-de-Calais), spécialisée dans la fabrication de pneus, s’appuie sur une agence d’intérim et une école internes pour former et recruter des assembleurs. "En changeant radicalement de méthode, nous avons ouvert la voie aux reconversions professionnelles et aux demandeurs d’emploi sans expérience industrielle", indique Sébastien Tranchant, DRH du site, joint par AEF info vendredi 25 janvier 2019. Ce parcours d’intégration a permis d’embaucher 100 intérimaires, 50 CDII et 15 CDI en un an et demi, avec l’aide de Randstad, de l’Afpa et de Pôle emploi.

Sébastien Tranchant, DRH de l'usine Bridgestone de Béthune. D.R.

Bridgestone, confronté à une pénurie temporaire de main-d’œuvre, a construit un parcours original de formation et de recrutement au sein de son usine de Béthune (1 100 salariés dont 950 CDI). "Il nous manquait 2 000 pneus en production chaque jour pendant l’été 2016", relate Sébastien Tranchant, son DRH. "Pour atteindre cet objectif, il fallait embaucher 10 assembleurs de plus. Mon premier réflexe a été de me rapprocher des agences d’intérim. Mais personne n’était immédiatement disponible. Et il fallait compter plus de six mois de formation pour former de nouveaux intérimaires."

Le métier, "très complexe", s’apprend alors directement sur la machine, en compagnonnage avec un assembleur expérimenté : un apprentissage "sur le tas" qui prend du temps. Sébastien Tranchant, qui juge cette méthode "ni innovante ni performante", décide de changer d’approche. En février 2017, le DRH invite Randstad à ouvrir une agence au sein de l’usine. Ce prestataire privilégié devient très vite une "extension du service RH", réalisant des bilans de mission, de carrière et de compétences. En parallèle, l’entreprise installe dans ses murs une salle de formation - le "B-Campus" - dotée d’une machine d’assemblage (pour un coût de 8 M€). "Cette organisation nous permet de former 10 à 12 personnes en même temps sans impacter le flux de production", souligne Sébastien Tranchant.

Une double validation

Le recrutement des futurs assembleurs est confié à Randstad mais aussi à Pôle emploi et à l’école de la deuxième chance locale. Les candidats retenus par ces acteurs suivent une POEC de deux mois et demi assurée par l’entreprise et par l’Afpa. Leur objectif est de décrocher un CQP "conducteur d’équipement" mais aussi une "reconnaissance métier" délivrée par Bridgestone. Un jury interne à l’entreprise vérifie en effet la bonne connaissance de la machine, la maîtrise d’exécution et le respect des règles de sécurité et de qualité.

"Avec la logique du compagnonnage, nous devions cibler des personnes qui avaient déjà trois ans d’expérience", remarque Sébastien Tranchant. "En changeant radicalement de méthode, nous avons ouvert la voie aux reconversions professionnelles (souvent après une expérience dans le bâtiment, la restauration ou les services à la personne) et aux demandeurs d’emploi sans expérience industrielle, qui sont en réalité plus perméables aux bonnes pratiques", relève-t-il. Le nombre de femmes en formation a aussi augmenté - elles sont habituellement deux ou trois sur une promotion de 10.

Un contrat d’intérim à la clé

Les stagiaires continuent à être indemnisés par Pôle emploi pendant la formation. "Comme nous ne savons pas ce qu’ils perçoivent précisément, nous avons fait le choix d’ajouter tous les mois une gratification de 600 euros, ainsi qu’une prime de succès du même montant en fin de parcours", explique le DRH. Huit stagiaires sur dix sortent avec un CQP et la validation de l’entreprise. Ils suivent alors un parcours d’intégration balisé :

  • Ils signent d’abord un contrat d’intérim de 6 à 18 mois. Une centaine de personnes sont aujourd’hui dans ce cas.
  • Si la mission se déroule bien, ils ont ensuite la possibilité de signer un CDII. L’entreprise continue à développer leur expertise métier et leur polyvalence. Cinquante personnes sont arrivées à ce stade.
  • Enfin, l’entreprise peut proposer de transformer le CDII en CDI - quinze personnes ont franchi le pas.

Ouverture de nouvelles formations

"Nous avons créé un rythme et demandé à chacun de bien respecter ces étapes", note Sébastien Tranchant. "Les départements de production se sont très bien approprié la démarche. Ce parcours est devenu un passage obligatoire pour le métier d’assembleur mais aussi pour d’autres métiers comme opérateur de mélange ou vulcanisateur." Un programme de formation est aussi en cours de développement sur la maintenance.

En outre, le "B-Campus" s’est enrichi fin 2018 d’outils de formation en réalité virtuelle : casques et gants haptiques, qui créent une sensation de toucher. "Cela nous permet de former en quinze jours nos permanents à l’utilisation d’une nouvelle génération de machines, mais aussi les stagiaires sortis du campus chez qui on aurait décelé une appétence particulière", indique le DRH. "Nous sommes la première usine du groupe à nous doter de ce modèle : franchement, c’est vraiment bluffant."

Une difficile négociation en cours

 

La direction du site Bridgestone de Béthune a ouvert fin 2018 une négociation avec les partenaires sociaux en vue d’un accord de performance collective. Elle souhaite en effet réduire les coûts de production de l’usine pour la rendre compétitive par rapport aux autres usines européennes du groupe. Les discussions sont compliquées. Une intersyndicale formée par la CGT, Sud, la CFDT, la CFTC, l’Unsa a publié le 24 janvier 2019 un communiqué à l’intention des salariés pour dire qu’il était "hors de question d’offrir un mois de travail à [la] direction gratuitement" et de "toucher [aux] 22 accords d’entreprise qui sont le socle [des] acquis sociaux depuis 60 ans". Pour le moment, les syndicats et la direction ne souhaitent pas s’exprimer publiquement sur le sujet. Une réunion conclusive devrait avoir lieu le 1er février.

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Sylvain Marcelli, journaliste