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Trois questions à Michel Felkay, commissaire général de police, nouveau directeur de la prévention de la ville de Paris

"Une grosse séquence s’ouvre à Paris sur la sécurité", déclare Michel Felkay à AEF info. Le commissaire général de police vient d’être nommé directeur de la prévention, de la sécurité et de la protection au sein de la ville de Paris. Il succède à Matthieu Clouzeau, nommé auprès de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. "Ma feuille de route dépendra en partie des décisions de la maire", qui découleront de l’audit sur la sécurité à Paris commandé par Anne Hidalgo à l’été 2018, poursuit Michel Felkay. "La sécurité à Paris a évolué dans le bon sens", constate l’ancien commissaire central du XVe arrondissement.

Michel Felkay, directeur de la prévention, de la sécurité et de la protection de la ville de Paris, mercredi 16 janvier 2019. JB

AEF info : Vous avez pris vos fonctions de directeur de la prévention, de la sécurité et de la protection au sein de la ville de Paris, lundi 14 janvier 2019. Quelle est votre feuille de route ?

Michel Felkay : La maire de Paris, Anne Hidalgo, va communiquer très prochainement au sujet de mon arrivée et de l’audit qu’elle a commandé (lire sur AEF info). Une grosse séquence s’ouvre à Paris sur la sécurité (lire sur AEF info). Ma feuille de route dépendra en partie des décisions de la maire, qui découleront de l’audit. Je suis très fier d’être à la tête de cette direction de 3 800 agents. C’est un beau défi de faire évoluer les compétences de nos agents, dont une partie importante vient de la Préfecture de police (lire sur AEF info).

Mon profil de commissaire général, qui a dirigé un grand nombre de femmes et d’hommes, intéressait la ville de Paris. Cette dernière cherchait quelqu’un de pragmatique. Je suis un homme de terrain. Je connais Paris parce que j’y suis né, que j’ai été commissaire central du XVe arrondissement et que j’ai participé à diverses opérations de maintien de l’ordre. Je connais aussi la ville en sous-sol, du fait de mes précédentes fonctions de sous-directeur adjoint de la brigade des réseaux ferrés d’Île-de-France et de chef du service national de police ferroviaire. Enfin, je connais Paris de nuit, puisque j’y ai été chef de la BAC de nuit.

Le parcours de Michel Felkay

 

Titulaire d’une maîtrise en droit privé (1985) et de plusieurs certificats l’Institut de criminologie de Paris (1985), Michel Felkay commence sa carrière de commissaire de police en 1987 à Rouen (Seine-Maritime). En 1989, il dirige le commissariat de police de Bezons (Val-d’Oise). Il rejoint les Hauts-de-Seine en 1991, d’abord dans le secteur de Montrouge, Bagneux et Châtillon, puis à Colombes, où il exerce en tant que commissaire principal à partir de 1996.

En 1998, il devient chef de la brigade anti-criminalité de nuit de Paris. En 2001, il passe commissaire central du XVe arrondissement. En 2004, désormais commissaire divisionnaire, il est adjoint au sous-directeur de la brigade des réseaux ferrés d’Île-de-France de la Préfecture de police. Contrôleur général en 2006, il est nommé chef du service national de police ferroviaire au sein de la direction centrale de la police aux frontières, service qu’il a créé.

En 2009, Michel Felkay rejoint Zagreb, où il officie comme attaché de sécurité intérieure régional pour la zone des Balkans occidentaux. En 2013, il est affecté en qualité de sous-directeur de la coopération et de sécurité et de gouvernance à la DCI (direction de la coopération internationale). En 2016, il devient attaché de sécurité intérieure en Allemagne. En 2017, il est nommé au grade de commissaire général de police (lire sur AEF info). Michel Felkay est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés chez L’Harmattan, dont "Itinéraire d’un policier" (2011), où il aborde les trois facettes du métier de policier : prévention, dissuasion et répression (lire sur AEF info).

Je connais aussi les contraintes des commissaires d’arrondissement, que je vais rencontrer. Nous organiserons des opérations conjointes, dans la complémentarité. Nous continuerons de nous concentrer sur la prévention et sur le contact auprès des habitants. Les correspondants de nuits [agents de la ville de Paris rattachés à la DPSP] permettent de dénouer des situations difficiles par la discussion avec les habitants, sans que cela doive aboutir à une procédure au commissariat de police. Cela montre qu’ils ont une très bonne connaissance de la population et du terrain, ainsi qu’un fort esprit de persuasion. Nous sommes au service des Parisiens et des Parisiennes !

AEF info : Vous avez évoqué l’audit sur la sécurité à Paris qui doit être présenté prochainement. Celui-ci pourrait donner des indications sur l’opportunité de créer une police municipale armée, que réclame l’opposition (lire sur AEF info). Comment allez-vous accompagner la présentation de ce document ?

Michel Felkay : Il s’agit avant tout d’un constat, mené par un cabinet extérieur auprès de tous les services qui concourent à la sécurité de la ville et de la population, y compris la Préfecture de police. L’audit présentera les bons et les mauvais points. Sa présentation d’ici la fin du mois de janvier sera accompagnée de la publication d’un sondage sur la sécurité des Parisiens et des Parisiennes. L’ensemble de ces éléments seront discutés au prochain Conseil de Paris. La direction de la prévention, de la sécurité et de la protection fera en sorte de répondre aux décisions prises à la suite de ce débat.

Depuis mon arrivée, j’essaie de sentir le terrain. Je mesure les évolutions en matière de sécurité. Mon but est de continuer à "libérer" l’espace public et d’agir par ce biais pour un meilleur vivre ensemble. Une illustration : quand j’exerçais à la BAC de nuit, certains squares du XVIIIe arrondissement, ouverts la nuit et non éclairés, étaient des lieux de consommation de drogue. On n’en est plus là. La sécurité à Paris a évolué dans le bon sens. Nous devons poursuivre ce mouvement.

Nos agents ont réalisé 15 000 interventions en 2018 aux côtés de ceux de la Préfecture de police en matière de lutte contre les vendeurs à la sauvette dans le secteur de Barbès, où je me suis rendu. Avec plus d’un million de procès-verbaux concernant la lutte contre les incivilités – les jets de mégots, les dépôts d’ordures et de matériaux polluants ou encore les nuisances sonores –, cette forte priorité d’action commence à porter ses fruits. Nous allons aussi davantage travailler avec les associations qui œuvrent dans les campements de migrants. Et la DPSP va aussi poursuivre son engagement grâce à plus de moyens au sein de la zone de sécurité prioritaire, qui couvre les XVIIIe, XIXe et Xe arrondissements. Ma direction permet d’apporter des solutions concrètes en identifiant les problèmes qui relèvent de la sécurité ou de la propreté au cours de marches exploratoires. Tout cela contribue à la baisse du sentiment d’insécurité, qu’il faut prendre en compte.

AEF info : Ne craignez-vous pas que le débat sur la sécurité à Paris soit occulté par la seule question de la création d’une police municipale armée ?

Michel Felkay : Je ne le crains pas. Nos actions, centrées sur la sécurité du quotidien, doivent être clairement dissociées de celles de la Préfecture de police. Notre rôle n’est pas de nous y substituer, mais d’alléger les tâches de la police nationale en travaillant sur la prévention. Par ailleurs, nous ne pouvons pas établir que nos agents sont davantage devenus une cible. Tous les agents de la brigade d’intervention de Paris que j’ai rencontrés sont en tout cas satisfaits de leur équipement – un gilet tactique avec un tonfa et des menottes.

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Judith Blanes, journaliste