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Parcoursup : la transparence des critères d’accès en licence au cœur d’un débat proviseure/président d’université

"Il faut communiquer sur les critères de classement des candidatures, sinon les parents vont exploser de stress", déclare Armelle Nouis, proviseure du lycée Hélène Boucher à Paris, lors d’un dialogue avec Frédéric Dardel, président de Paris-Descartes, organisé dans le cadre du salon Postbac 2019, le 11 janvier. "Nous avons un devoir de transparence", répond ce dernier. Lors de cette table-ronde sur les usages des nouveaux outils d’accès à l’enseignement supérieur introduits par Parcoursup, ils échangent sur les fiches Avenir, les lettres de motivation et la prise en compte du lycée d’origine.

Frédéric Dardel, président de l'université Paris-V, et Armelle Nouis, proviseure du lycée Hélène Boucher à Paris, ont dialogué sur les usages des outils d'accès à l'enseignement supérieur introduits avec Parcoursup. AEF

Leçons de la première édition de Parcoursup, usages et méthodes d’élaboration de la fiche Avenir et des lettres de motivation, place accordée aux notes dans le classement des élèves, évolution du dialogue entre les acteurs de l’enseignement supérieur et du scolaire… Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes, et Armelle Nouis, proviseure du lycée Hélène Boucher à Paris, ont échangé sur leur utilisation concrète des nouveaux outils introduits avec la mise en place de Parcoursup, lors du salon Postbac 2019 à Paris organisé par AEF info en partenariat avec l’Onisep et les trois académies d’Île-de-France.

Quel bilan de la première édition de Parcoursup ?

Un travail "sous pression". Frédérique Dardel et Armelle Nouis évoquent tous deux le "travail sous pression" et "l’urgence" de la mise en œuvre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur. La proviseure souligne toutefois la qualité de "l’accompagnement" réalisé par les services du ministère et "l’information très régulière" dont les lycées ont bénéficié lors de la mise en place et du déroulement du dispositif. 

Des élèves mieux orientés ? En ce qui concerne le profil des étudiants accueillis, Frédéric Dardel observe une "modification du public" dans les filières de son université qui font l’objet d’une demande importante. Lors des partiels du premier semestre, il a même constaté dans certaines filières un "effet sur la réussite absolument exceptionnel".

Au lycée Hélène Boucher, qui compte deux classes préparatoires, la population était "moins volatile début septembre", constate Armelle Nouis. Toutefois, le niveau des étudiants n’a, selon elle, pas changé.

les Rendez-vous de l’éducation

 

Deux autres débats étaient organisés dans le cadre des "Rendez-vous de l’éducation" :

Quelle place accordée à la notation dans le classement des élèves ?

La note, source de stress pour les parents. Pour Armelle Nouis, il faut que les établissements d'enseignement supérieur communiquent sur leurs "méthodes précises d’évaluation". Elle interpelle Frédéric Dardel sur la place accordée à la notation dans le classement des candidatures. "Je pense qu’il faut communiquer et expliquer tout cela aux familles, sinon les parents vont exploser de stress", assure-t-elle.

Au niveau de son lycée, la proviseure assure "faire un travail avec les professeurs" pour qu’ils s’accordent sur les méthodes d’évaluation, afin de "ne pas mettre les élèves dans un sentiment d’injustice en ayant l’impression que tel enseignant note plus sévèrement qu’un autre".

Plus de transparence côté supérieur. "Je pense que nous avons un devoir de transparence. C’est là que réside la confiance dans le système", répond Frédéric Dardel. "La première année, il nous était très difficile de communiquer en amont, ne sachant pas comment nous allions faire, puisque nous ne savions pas quel allait être notre public candidat", nuance-t-il cependant.

Concrètement, si les modalités de classement des candidats ont varié selon les filières, il assure que les notes sont prises en compte, l’université se focalisant "sur quelques grandes matières". À chaque fois, les équipes ont fait un pré-classement automatisé des dossiers en fonction "des notes des élèves, de leurs résultats aux épreuves anticipées au baccalauréat" mais aussi d’éléments "non-scolaires qui figuraient sur la fiche Avenir et qui ont pu être transformés en coefficients", explique Frédéric Dardel. Selon lui, ce pré-classement était nécessaire en raison du nombre de dossiers à étudier dans des délais resserrés.

Un redressement des notes. "Très souvent", un "redressement des notes" a été fait en tenant compte de la moyenne de la classe, ajoute le président de l’université Paris-Descartes. Toutefois, selon lui, ce redressement "ne change pas les choses de manière spectaculaire". "Il y a beaucoup de fantasmes là-dessus", estime-t-il.

Armelle Nouis relève cependant "différentes stratégies" selon les universités. Selon elle, un autre établissement a ainsi indiqué qu’il prenait les 20 % des élèves classés premiers dans chaque lycée.

Le lycée d’origine est-il pris en compte ?

Cela a fait l’objet d’un débat "très animé" au sein de Paris-Descartes, relate Frédéric Dardel. Au final, huit filières n’en ont pas tenu compte et deux si, à savoir la Paces et le droit. "Le seul critère utilisé a été le taux brut de réussite au bac". Il relativise toutefois : "ce critère a fait l’objet d’une toute petite pondération". Au final, il n’y a eu "aucun effet en Paces" car tous les candidats figurant sur la liste d’attente ont reçu une proposition. Frédéric Dardel ne sait pas encore quelle solution sera retenue l’an prochain.

Savoir si le lycée d’origine est pris en compte pour l’entrée à l’université est "très stressant pour les parents quand ils doivent faire le choix du lycée. Donc si cela n’a aucun effet, évitez-le !", rétorque Armelle Nouis.

Frédéric Dardel précise en outre que ses équipes ont vérifié que cela "n’introduisait pas de distorsion géographique". Il souligne enfin que prendre en compte le lycée d’origine permet de faire "de la discrimination positive", indiquant que Paris-Descartes a accordé "un petit bonus aux élèves des lycées avec lesquels ils avaient des partenariats".

Quel usage de la fiche avenir et de la lettre de motivation ?

Des fiches Avenir travaillées. Le lycée Hélène Boucher a accordé une "grande importance" aux fiches Avenir, assure Armelle Nouis. Elle se félicite que des compétences transversales y figurent (méthode de travail, autonomie, capacité à s’investir dans le travail, engagement et esprit d’initiative). "Pour nous, c’est quelque chose d’important de ne pas avoir un profil uniquement scolaire", assure-t-elle.

Armelle Nouis souligne aussi que cela a représenté un "gros travail", particulièrement pour les chefs d’établissement et pour les professeurs principaux. Elle évoque des "réticences" des équipes, même si "globalement les professeurs principaux ont choisi de les remplir".

Des fiches utiles. Du côté de l’université Paris-Descartes, les fiches Avenir ont été "utiles", assure Frédéric Dardel. L’université a choisi de se concentrer sur la lecture des dossiers des candidats situés au centre du classement "car cela peut avoir impact sur fait qu’ils sont pris ou pas" et permet par exemple "de donner un coup de pouce à un dossier atypique".

Des lettres de motivation peu utilisées. Armelle Nouis avoue avoir "moins travaillé sur les lettres de motivation" lors de la première édition de Parcoursup, les jugeant "assez inégalitaires".

Frédéric Dardel estime, lui, que la lettre de motivation est "utile à regarder". Il s’est là encore concentré sur des candidatures "atypiques", comme les reprises d’études, mais aussi sur des candidatures à des filières menant à des "métiers vocations", comme la licence sciences de l’éducation.

Quel impact de la réforme du lycée ?

Pour Frédéric Dardel, la réforme du lycée aura un impact très varié selon les filières. Certaines étant "très différentes des disciplines enseignées au lycée", comme la psychologie ou le droit, les nouvelles spécialités ne vont donc "rien changer". "Pour d’autres, comme en santé, nous sommes dans l’expectative, poursuit le président d’université. Trois spécialités sont importantes pour étudier la médecine - mathématiques, physique-chimie et sciences et vie de la terre - et les jeunes ne pourront en choisir que deux."

Il explique que les attendus des formations dépendront aussi des "programmes" des enseignements de spécialité en terminale. "Nous risquons d’être obligés de faire des cours de rattrapage en première année en fonction des spécialités que les étudiants auront suivies", ajoute-t-il. Il rassure toutefois : "Nous ne discriminerons pas les élèves, nous les accueillerons tous".

Le dialogue entre le supérieur et le scolaire a-t-il évolué ?

"Parcoursup a forcément créé une dynamique", assure Armelle Nouis. "D’abord, les semaines de l’orientation nous incitent à contacter les universités. Comme les professeurs principaux doivent conseiller les élèves, ils sont aussi intéressés à mieux connaître les universités et à organiser des rencontres avec les lycéens", détaille-t-elle.

Si Frédéric Dardel "ne sait pas encore" si les liens entre les acteurs de l’enseignement supérieur et du scolaire se sont renforcés, il assure que les rencontres entre ces acteurs "sont utiles".

Le bac+1/bac-1, un "moment crucial" (G. Pécout)

Gilles Pécout, recteur de l’académie de Paris et de la région académique d’Île-de-France, dresse un bilan "positif" de la première année de Parcoursup, lors de son discours en clôture du colloque. Le recteur évoque toutefois deux marges de progrès.

Il appelle à "fournir dès la terminale des outils de lecture avisée des classements" pour "éviter les phénomènes de découragement" des jeunes. Le recteur estime qu’il faut aussi donner des "clefs de lecture des attentes des formations post-bac". Cela nécessite selon lui de "faire évoluer les initiatives de découverte de l’enseignement supérieur" ("éducation par les pairs", immersions "courtes mais régulières" en milieu post-bac, "multiplications des co-interventions d’enseignants du supérieur et du scolaire"…).

Le recteur de Paris évoque enfin "le moment crucial du bac-1/+1" et appelle à la "mobilisation maximale" en classe terminale, qui est "le moment du choix". Estimant que "la lettre de motivation doit intervenir comme un réducteur d’inégalités quand les équipes éducatives s’en emparent", il formule le vœu que "les proviseurs insistent sur l’inscription de la lettre de motivation comme exercice pédagogique".

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Maïwenn Lamy, journaliste