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Parcoursup en Île-de-France : premiers chiffres 2018 et enjeux de la fin de la sectorisation (débat AEF, salon Postbac)

42 % de lycéens hors secteur admis à Paris ; 12 % de boursiers à Paris ; une hausse des mentions 'bien' et 'TB' dans les trois académies. Ce sont quelques éléments d’un bilan chiffré de la mobilité en Île-de-France après la 1re année de Parcoursup, révélés lors des Rendez-vous de l’éducation, le 11 janvier 2019, par Laurent Lafon, sénateur, et Stefano Bosi, vice-chancelier des universités. Avec Annick Allaigre, présidente de Paris-VIII, ils évoquent également les enjeux de la fin de la sectorisation. Gilles Pécout, recteur de Paris, plaide pour un "polycentrisme universitaire" en Île-de-France.

Laurent Lafon, Stefano Bosi et Annick Allaigre lors de la table ronde sur "la fin de la sectorisation en Île-de-France" le 11 janvier 2019. Sébastien Ferraro

"La question de la régionalisation n’est pas apparue avec Parcoursup. Déjà sur APB, il y avait une répartition académique", souligne Laurent Lafon, sénateur UDI du Val-de-Marne chargé d’une mission sur la mobilité territoriale en Île-de-France (lire sur AEF info), lors du salon postbac le 11 janvier 2019 (1). "En revanche, la réforme a amélioré la mobilité car une proportion des formations de Île-de-France, environ 30 %, a été régionalisée. On peut donc comparer leurs données avec les formations qui ont gardé un recrutement académique." Pour rappel, les arbitrages sur la fin de la sectorisation en Île-de-France doivent être prochainement annoncés, après la remise de son rapport. Le périmètre de recrutement des formations doit figurer sur la plateforme à partir du 22 janvier, date de l’ouverture de la saisie des vœux.

"Il y a un problème spécifique à l’Île-de-France, souligne aussi Laurent Lafon : l’académie de Paris propose 53 000 places dans l’enseignement supérieur alors qu’elle produit 23 000 bacheliers. À l’inverse, dans les académies de Versailles et de Créteil, il y a davantage de bacheliers que de places dans le supérieur."

Lors de la table ronde, le sénateur a livré, avec Stefano Bosi, quelques chiffres qui permettent de dresser un premier bilan de la mobilité après la mise en place de Parcoursup en 2018. Des élus locaux avaient relayé les inquiétudes de lycéens de région parisienne, s’interrogeant sur une possible discrimination de ces candidats (lire sur AEF info).

Un premier bilan de la mobilité en Île-de-France pour l’année 2018

66 % de lycéens de la couronne admis à Paris dans les licences désectorisées. Pour la procédure 2018, plusieurs filières universitaires en tension ( Paces, Staps, psychologie) ont déjà eu un recrutement régional. "Lorsque l’on regarde leurs effectifs 2018, on voit que l’accès pour les bacheliers de Créteil et Versailles aux formations parisiennes a été facilité, affirme Laurent Lafon. La proportion de lycéens issus de la couronne est de 66 % dans ces filières intra-muros, contre 41 % dans les formations parisiennes qui ont gardé un recrutement académique." Il faut toutefois souligner qu’il y a davantage de lycéens de l’académie de Versailles qui accèdent à l’enseignement supérieur parisien que de lycéens de l’académie de Créteil.

42 % de lycéens hors secteur admis à Paris. Afin de calculer le taux d’ouverture des formations d’Île-de-France, il faut rapporter le nombre d’étudiants hors secteur au total d’étudiants. "Pour l’année 2017, le taux d’ouverture des formations parisiennes était de 36 % pour celles dont le recrutement était sectorisé. Avec Parcoursup, ce taux est monté à 42 %", affirme Stefano Bosi, vice-chancelier des universités de Paris. Ces données sont arrêtées au 21 septembre 2018, date de la fin de la procédure. Il est cependant difficile de comparer les statistiques entre les deux années puisque la procédure diffère, remarque le sénateur UDI : notamment "APB prenait en compte le lieu d’inscription au lycée, tandis que Parcoursup prend un compte le lieu de domiciliation."

12 % de boursiers dans l’académie de Paris. S’agissant du taux de boursiers par établissement, Stefano Bosi rappelle que pour la procédure 2018, les recteurs, en dialoguant avec les chefs d’établissement, ont établi des taux "planchers" par formation, qui étaient intégrés dans l’algorithme national de Parcoursup. "Nous sommes partis sur une approche prudentielle, en nous basant sur les chiffres des candidats en 2017", explique Stefano Bosi. "Un taux moyen de 7 % a été fixé à Paris. Les universités sont libres d’en accepter davantage." A la date du 21 septembre, le taux de boursiers admis dans l’académie de Paris était de 12 %. "C’est un taux similaire à celui de l’académie de Versailles, remarque le vice-chancelier. En revanche, l’académie de Créteil a une politique sociale plus volontariste, ce qui peut s’expliquer par sa sociologie". On y compte ainsi 18,4 % de boursiers. Stefano Bosi souligne que ces chiffres concernent les boursiers du secondaire et non du supérieur.

Augmentation des mentions dans les trois académies. "Si le terme de 'qualité des étudiants' peut paraître provocateur, il faut regarder la proportion d’admis ayant décroché une mention 'bien' ou 'très bien' au bac", souligne Stefano Bosi. Ce pourcentage a augmenté dans les formations parisiennes, passant de 29 % en 2017 à 40 % en 2018. Doit-on y voir un "siphonnage" des bons candidats par Paris, au détriment des établissements de la couronne ? Non, répond le vice-chancelier : "En effet, le pourcentage des mentions 'bien' et 'très bien' a augmenté dans les autres académies", passant de 11,2 % à 12,4 % à Créteil et de 12,6 % à 19 % dans l’académie de Versailles. "L’explication probable est que Parcoursup attire dans les formations d’Île-de-France les bons élèves de toute la France."

Un recrutement qui se fait aussi au niveau national. Annick Allaigre, présidente de Paris-VIII, évoque les chiffres de son université. "En 2018, nous avons 10 % de résidents de Seine-Saint-Denis en moins. Il en va de même pour les résidents de l’académie Créteil qui passent de 69 % à 57,5 %. Plus globalement, la proportion des admis issus d’Île-de-France est passée de 94 % en 2017 à 88 % en 2018. Nous avons cependant augmenté nos effectifs totaux. L’écart s’explique par l’augmentation des admis issus d’autres régions (6 % en 2017 contre 12 % en 2018)." Pour Laurent Lafon, l’enjeu est "de trouver l’équilibre entre les candidats de l’Île-de-France et ceux du reste du pays, mais aussi au sein des candidats de la région, entre les parisiens et ceux qui viennent de la couronne".

Moins de Bac pro à Paris-VIII

 

"Parcoursup a effectivement introduit des changements dans les profils de nos étudiants, mais il m’est difficile d’affirmer que ces changements sont significatifs", déclare Annick Allaigre, présidente de l’université Paris-VIII. Si l’établissement accueille "beaucoup de bacheliers professionnels et technologiques", "le nombre de bacheliers professionnels a diminué de 2 % en 2018", remarque la présidente. "Mais je ne sais pas si l’on peut vraiment imputer ce changement uniquement à Parcoursup." Concernant les bacheliers généraux, ils ont augmenté de 1 point, passant de 56 % à 57 %. Les effectifs de bacheliers technologiques sont passés de 23,2 % à 24,7 %.

Enjeux et défis de la fin de la sectorisation académique

"L’organisation sociale et spatiale de l’Île-de-France fait que ce territoire n’est pas du tout homogène. Nous devons décloisonner et la régionalisation des formations apparaît comme une solution", estime Laurent Lafon, qui rappelle avoir défendu un amendement à la loi ORE allant dans ce sens.

Un questionnement pour les universités extra-muros. Pour les universités de la couronne, la fin de la sectorisation pourrait les mettre en difficulté face aux universités parisiennes qui apparaissent plus attractives. En 2018, les universités de la couronne s’étaient opposées à la régionalisation des licences de droit. "Aujourd’hui je ne suis pas catastrophiste, mais nous avons demandé le maintien de la sectorisation car nous avons besoin de temps, argumente Annick Allaigre. Il ne faut pas que Paris-VIII devienne une mobilité par défaut." La présidente de l’université souligne que la sectorisation apporte aussi des aspects positifs : "C’est un moyen de permettre la réussite, sans la contrainte de la mobilité. Nous avons développé un savoir-faire dans l’accompagnement d’étudiants d’origine modeste qui peuvent être les premiers de leur famille à accéder à l’université." Pour la présidente de Paris-VIII, ce sont des atouts à mettre en avant par les universités de banlieue dans le cadre de la fin de la sectorisation. "Ces étudiants peuvent évidemment réussir dans une université parisienne prestigieuse - et je le leur souhaite -, mais ils peuvent aussi rencontrer des difficultés", souligne-t-elle.

Des "garde-fous" à mettre en place. "Il faut éviter de tomber dans la représentation caricaturale selon laquelle les universités d’excellence sont à Paris et les établissements 'de banlieue' sont moins bons, souligne Stefano Bosi. La région parisienne est une grande métropole et un écosystème complexe. La réflexion doit se faire à l’échelle régionale."

Il propose d’utiliser le taux de boursier fixé au niveau régional comme "garde-fou". "Et pourquoi ne pas jouer sur les taux de candidats hors région : en fixant un taux plus élevé pour les établissements de la couronne par exemple." Il faut cependant faire attention car une trop grande ouverture des formations parisiennes pourrait évincer les candidats issus de l’Île-de-France. Il propose que le gouvernement accompagne certaines universités de la couronne qui peuvent être plus fragiles, ce à quoi Laurent Lafon acquiesce. "Je pense notamment aux universités à dominante SHS", explique le vice-chancelier.

Repenser l’offre de formations. Pour Laurent Lafon, la régionalisation des formations n’entraînera pas forcément un phénomène massif : "Tous les étudiants de la couronne ne vont pas vouloir venir à Paris. Lorsque l’on étudie les critères de choix de ces lycéens, la notion de proximité joue." Ce changement permettra aux universités de se positionner, notamment dans leur offre de formations.

Le problème des transports. "Je pense que la réflexion dans les établissements est suffisamment avancée pour aller vers la régionalisation", estime le sénateur UDI. Il insiste toutefois pour que la question des moyens de transport soit posée : "Il y a, dans l’espace francilien, des zones très enclavées. Demander à quelqu’un habitant un petit village dans le Val-de-Marne d’aller à l’autre bout du département peut être plus difficile pour lui que de se rendre à Paris."

"Vers un polycentrisme universitaire" (Gilles Pécout)


Gilles Pécout, recteur de l’académie de Paris et de la région d’Île-de-France, a évoqué trois questions et défis posés par Parcoursup qui concernent "spécifiquement" la région francilienne :

  • Il évoque la question de la "mobilité" et annonce travailler à "la construction d’un polycentrisme universitaire à l’échelle de toute l’Île-de-France". Il espère ainsi "tempérer" la hiérarchisation des universités "qui existe déjà" en développant "des compétences, des spécialisations". Gilles Pécout met en effet en garde contre la tentation "d’opposer Paris et les autres académies", ce qui revient à produire "des instruments de ségrégation mortifères pour les jeunes". À ce sujet, le recteur dénonce deux arguments contradictoires, "tous deux opposés à Parcoursup" : "celui de ceux qui accusent les universités parisiennes de vider les non parisiennes et celui de ceux qui accusent les universités parisiennes d’être des forteresses".
  • Gilles Pécout annonce aussi que "l’académie de Paris sera amenée à augmenter ses taux de boursiers plancher". "Cette politique est la seule qui soit digne de figurer comme un levier d’équité en lien avec l’harmonisation des capacités d’accueil des trois académies", estime-t-il.
  • Il évoque également comme défi "l’équilibre des types de formation" dans les trois académies avec "la moindre attractivité des formations professionnelles" et "la carence de filières dites courtes".

Gilles Pécout dresse un bilan "positif" de la première année de Parcoursup. Il salue aussi le nouveau calendrier 2019, "plus resserré", "grâce auquel la ministre répond aux demandes faites par les divers acteurs d'accélérer le processus".

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Malika Butzbach, journaliste