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De la difficulté d’évaluer les apports du numérique éducatif (journée d’étude)

"La question du numérique éducatif et de son évaluation est vraiment compliquée", explique Jean-François Cerisier, vice-président de l'université de Poitiers, lors d’une table ronde sur le numérique éducatif, le 7 décembre 2018. Résultat : les études concernant l’impact du numérique éducatif sur les apprentissages sont rares. Les raisons qui expliquent ce constat seraient la difficulté à mettre en place un protocole d’évaluation scientifique, un manque de prescription de la part de l’Éducation nationale et un terrain d’études en constant mouvement.

"Actuellement, en tant que chercheur, je ne peux pas dire que le numérique est utile à l’école car je ne sais pas dire à qui ni pourquoi." Ce constat est tenu par Jean-François Cerisier, vice-président de l’université de Poitiers et directeur du laboratoire Techné. Il participait, vendredi 7 décembre, à une journée d’étude sur le numérique éducatif organisée à Paris par la SFE (Société française de l’évaluation) en partenariat avec l’ENA.

Selon Fabienne Rosenwald, directrice de la Depp, pour l’heure les études dont disposait le ministère autour du numérique éducatif concernaient surtout "l’équipement, alors que ce n’est pas uniquement l’équipement qui fait que cela fonctionne". En outre, la dernière étude internationale sur le sujet remonte à 2012. La directrice de la Depp a toutefois annoncé une étude à venir sur "l’impact du numérique sur les résultats des élèves".

Une question "complexe et compliquée"

La recherche sur les apports du numérique éducatif s’avère pauvre. "La question du numérique éducatif et de son évaluation est complexe et vraiment compliquée, reconnaît Jean-François Cerisier. La rigueur de l’évaluation présentée par Jean-François Rouet est telle qu’elle peut expliquer pourquoi on a autant de mal à le faire." Directeur de recherche au CNRS et membre du Cerca (Centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage), évaluer l’efficacité d’une technique sur les apprentissages est possible.

Mais pour une telle évaluation, encore faut-il disposer d’une "définition précise de ce qu’est un apprentissage", d’outils de mesure "adaptés", et vouloir "adopter une posture de R&D". Or, selon Jean-François Rouet, ce n’est pas le cas, par exemple sur la question des outils de mesure : "c’est un grand débat difficile. Il y a l’observation, mais elle est subjective. Il faut donc une méthode. Un témoignage disant : 'Depuis qu’ils ont une tablette, ils apprennent mieux', ne suffit pas. il s’agit de dissocier l’observation du point de vue de l’observateur."

L’Éducation nationale "prescrit encore très peu"

L’institution montre-t-elle vraiment une réelle volonté d’évaluer ? "Il faut qu’elle accepte le fait qu’une démarche scientifique peut être un apport utile", note Jean-François Rouet. "Comment on évalue ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’on veut évaluer (des politiques, des institutions, des enseignants, des élèves) ? Qui évalue ? Avant même d’évaluer, il faut se mettre d’accord sur ces questions. Or, c’est compliqué parce que les prescripteurs n’ont pas prescrit grand-chose", estime Jean-François Cerisier. À cela s’ajoute le fait, selon lui, "qu’une des difficultés dans l’évaluation du numérique éducatif est aussi que le terrain change tout le temps."

Au cours de la même journée, Jean-Marc Merriaux, DNE au ministère de l’Éducation nationale, a insisté sur le "besoin de construire, avec la recherche, des protocoles d’évaluation". Ces travaux doivent servir pour "donner la possibilité au numérique de jouer son rôle dans l’évolution des pratiques pédagogiques et, in fine, dans la réussite de tous les élèves". Le principe est de "ne pas se focaliser sur certains pans du numérique mais de prendre toutes ses dimensions." Pour Jean-François Cerisier, "l’Éducation nationale prescrit encore très peu et l’initiative reste prise sur le terrain. Mais heureusement, d’un côté, que l’on n’attend pas les résultats de la recherche pour cela, bien qu’elle puisse être un appui."

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Erwin Canard, journaliste