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Quels sont les facteurs qui permettent la mise en place du numérique éducatif à l’échelle académique ?

Une collaboration étroite entre les différents acteurs concernés et un budget important : telles sont deux des principales conditions de la mise en place du numérique éducatif. C’est une des conclusions d’une table ronde organisée par la Société française de l’évaluation autour du numérique éducatif et qui confrontait les exemples de deux régions académiques : Grand-Est, "à la pointe dans le domaine", selon la rectrice Florence Robine, et Nouvelle-Aquitaine, qui a opté pour une transition "plus progressive", comme l’explique Philippe Mittet, directeur général adjoint à la région.

Deux régions académiques, deux manières de mettre en place le numérique éducatif. Lors de la journée d’étude organisée, vendredi 7 décembre, par la SFE (Société française de l’évaluation) en partenariat avec l’ENA, autour de l’évaluation de l’impact du numérique sur l’école, une table-ronde présentait un bilan de son développement. Celle-ci avait pour objectif de comparer la mise en place du numérique éducatif dans deux régions académiques connues pour être parmi les plus avancées en la matière : Grand-Est et Nouvelle-Aquitaine.

"Nous ne travaillons pas seuls" (F. Robine)

Florence Robine, rectrice de la première, affirme ainsi que "la région Grand-Est est à la pointe" dans ce domaine. Elle rappelle d’abord certains objectifs du développement du numérique à l’école : accompagner les changements de l’école sur la citoyenneté (et notamment les questions de cyberharcèlement), l’orientation, la protection des données et les apprentissages fondamentaux en la matière, comme le codage.

Selon elle, une des clefs de la réussite d’un "plan numérique" académique est que "nous ne travaillons pas seuls". "On est capable de piloter dans l’Éducation nationale sur la question du numérique grâce aux réseaux imbriqués, avec au centre les pilotes locaux (chefs d’établissements, inspecteurs, référents, formateurs), les partenaires institutionnels (Canopé, DNE) et le secteur de l’économie numérique, notamment les éditeurs". "La raison de la réussite est en grande partie le travail étroit entre la région, les autorités académiques (comité de pilotage, de projets, dans les EPLE et avec les élus) et les DAN", renchérit Véronique Laurent, directrice des lycées de la région.

50 millions d’euros pour 110 lycées

Un des résultats les plus visibles de cette collaboration est le "lycée 4.0", qui induit notamment des manuels exclusivement numériques, des plateformes de ressources et une espace numérique de travail spécifique (lire sur AEF info). Actuellement, 110 lycées sont concernés dans la région académique. "La Région a joué son rôle dans les infrastructures, l’entretien et l’assistance, notamment car le système de manuel numérique est plus complexe que celui du manuel papier.

Cela nécessite donc des moyens pour que les cours soient assurés", souligne Véronique Laurent. D’autant que la région a également accompagné les familles pour l’équipement. "Nous aidons toutes les familles dont les revenus sont inférieurs à 6 000 euros par mois. Il y a aussi la mise en place d’un fonds social numérique où nous prenons en charge tout le restant à charge pour les familles les plus défavorisées", ajoute Véronique Laurent.

Ainsi, un autre des facteurs de réussite est la mise à disposition de moyens conséquents. "C’est un projet très coûteux, puisque cela correspond à 50 millions d’euros pour 110 lycées en équipements, ressources et infrastructures", précise la directrice des lycées.

Des "messages contradictoires" de l’Éducation nationale

C’est une des raisons pour laquelle peu d’académies se sont lancées dans un projet d’une telle envergure. "Pour nous, il n’était absolument pas possible d’engager 50 millions d’euros pour 110 lycées", justifie Philippe Mittet, directeur général adjoint, responsable du pôle Education-citoyenneté à la région Nouvelle-Aquitaine. Les spécificités de la région, ainsi que des freins liés à l’institution ont aussi entraîné une mise en place du numérique éducatif plus progressive en Nouvelle-Aquitaine que dans le Grand-Est.

"Le territoire est très grand, avec de fortes disparités, quand l’on pense par exemple à Bordeaux et à la Creuse, poursuit Philippe Mittet. Puis, il y a des messages contradictoires de l’Éducation nationale : parfois, on pousse à l’utilisation des smartphones des élèves en classe, et puis à d’autres moments, comme après l’évènement au lycée de Créteil, on le limite. Tous les élèves en ont un dans leur poche mais la question du passage à une utilisation pédagogique reste en suspens."

"C’était impossible de passer complètement au numérique" (P. Mittet)

La région a pourtant bien réfléchi à accélérer la révolution du numérique éducatif. "Avec les nouveaux programmes, on a eu la tentation de faire table rase du papier et de passer en force. Mais le constat était que c’était impossible de passer complètement au numérique car il y aura toujours des enseignants, pour diverses raisons, qui souhaiteront utiliser les manuels papiers. Le choix opéré par la Région est donc de se dire : il faut que ce soit progressif", relève Philippe Mittet.

Des initiatives ont ainsi débuté : la région a lancé un appel d’offres sur l’accès à Internet à très haut débit avec les lycées en priorité et, "grâce à e-Fran, on associe des entreprises, des collectivités et des chercheurs, pour faire progresser ce qui relève de la logistique, de la formation des enseignants et donc de la réussite des élèves", souligne Dominique Quéré, DAN de l’académie de Poitiers.

Alors que "la région finance aujourd’hui les manuels papiers et les photocopies, l’idée est bien que l’effort soit maintenu. Nous ne ferons pas moins qu’actuellement", assure Philippe Mittet. Et Dominique Quéré de conclure : "Nous sommes aujourd’hui à une bascule avec des équipements et des débits davantage répandus, ainsi qu’une stabilité des usages proposés. C’est un moment charnière autour du numérique éducatif."

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Erwin Canard, journaliste