Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Ressources humaines| Dépêche n°596152

Travailleurs des plateformes aux États-Unis (5/5) : New York impose une rémunération minimum des chauffeurs de VTC

Assurer un niveau de vie décent aux chauffeurs de VTC et aux taxis, tout en freinant l’afflux de véhicules lié aux plateformes numériques comme Uber ou Lyft : c’est l’objet d’un ensemble de textes adoptés en août 2018 par la ville de New York. Pour ce faire, la municipalité a décidé d’imposer un moratoire d’un an à l’immatriculation de nouveaux véhicules, le temps de réaliser un certain nombre d’études, en vue, notamment, de fixer un niveau de rémunération minimum. Dernier épisode de la série AEF info sur les travailleurs des plateformes aux États-Unis.

Désormais, à New York, les plateformes devront garantir aux chauffeurs de VTC un revenu horaire équivalent au salaire minimum local © LP

"Les chauffeurs de VTC devraient pouvoir subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille sans mettre en danger leur santé parce qu’ils travaillent trop. Ils ne devraient pas avoir à travailler de plus en plus chaque mois à cause des milliers de nouveaux véhicules qui inondent nos rues." Ainsi s’exprimait le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, le 14 août 2018, pour justifier l’adoption d’un ensemble de lois visant à encadrer le secteur des VTC. Les nouvelles dispositions ont notamment pour objectif d’assurer un revenu décent aux chauffeurs qui travaillent par l’intermédiaire de plateformes numériques de mise en relation, comme Uber et Lyft.

En application de cette nouvelle réglementation, la TLC (Taxi and Limousine Commission), l’autorité régulatrice du secteur à New York, a fixé à 27,86 dollars la rémunération horaire minimale, lundi 3 décembre 2018. Une fois déduites les dépenses engagées par les chauffeurs (achat ou location du véhicule, assurance, carburant…), ce montant s’établirait à 17,22 dollars, ce qui équivaut au salaire minimum en vigueur localement (15 dollars).

85 % des chauffeurs en dessous du salaire minimum

Or, à ce jour, selon une étude réalisée par le Center for City Affairs, 85 % des chauffeurs perçoivent moins que ce montant, qui inclurait 1,32 dollar au titre de la part patronale des cotisations sociales et 0,90 dollar au titre des congés payés (1). Pour l’affirmer, les deux auteurs s’appuient sur des données relatives au temps de conduite et aux revenus hebdomadaires des chauffeurs, que la TLC a obtenues d’Uber, Lyft et consorts. Un fait rare, puisque les plateformes refusent habituellement de transmettre leurs données.

Mais New York, qui compte plus de 8,5 millions d’habitants, représente un marché de choix pour les applications de mise en relation entre chauffeurs et clients. Plus de 80 000 chauffeurs de VTC y circulent, en plus des quelque 13 500 "taxis jaunes". À ce titre, la mégalopole dispose de moyens de pression sur les plateformes que d’autres n’ont pas.

pression à la baisse sur les revenus

Selon l’étude, deux phénomènes en particulier pèsent sur les revenus des chauffeurs, qui ont enregistré une baisse de plus de 10 % entre 2016 et 2017. D’abord, la concurrence entre applications incite les plateformes à minimiser le temps d’attente des clients. Pour ce faire, elles ont intérêt à disposer d’un maximum de chauffeurs disponibles à toute heure, ce qui implique une pression à la baisse sur le revenu horaire de chaque chauffeur. "Il y a trop de chauffeurs par rapport à la demande", confirme Brad Lander, conseiller municipal (démocrate). "Des chauffeurs qui autrefois réussissaient à gagner leur vie en travaillant huit heures par jour doivent maintenant travailler douze heures par jour." Et les plateformes n’y voient pas d’inconvénient tant que les clients sont satisfaits.

Ensuite, puisque les chauffeurs sont indépendants et opèrent avec leur propre véhicule, les charges assumées par les plateformes sont très basses relativement aux commissions qu’elles collectent, ce qui leur assure des marges pouvant aller jusqu’à 600 %. "Même beaucoup plus bas, les taux de commission permettraient de générer des taux de profit qui resteraient nettement supérieurs aux normes observées dans des secteurs comparables", estiment les auteurs.

transparence sur le calcul de la rémunération

"Les nouvelles règles vont permettre d’accroître de 10 000 dollars en moyenne le revenu annuel" de quelque 77 000 chauffeurs, "et imposer aux plateformes une transparence totale sur les modalités de calcul de la rémunération et le coût de la location du véhicule", se félicite Meera Joshi, présidente de la TLC. "Les entreprises disent que payer justement les chauffeurs va allonger le temps d’attente et augmenter les tarifs. Mais je crois que tous les New Yorkais sont prêts à payer un peu plus et à attendre un peu plus longtemps pour que les personnes qui les conduisent puissent subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille."

"Les chauffeurs des plateformes vont désormais gagner au moins l’équivalent du salaire minimum. Cela apportera davantage de justice dans une l’économie des plateformes qui a tendance à négliger ses travailleurs", commente Corey Johnson, porte-parole du conseil municipal, dans un communiqué. "Le conseil municipal est fier du progrès réalisé, et continuera à soutenir les chauffeurs, à lutter contre la congestion et à favoriser la justice dans le secteur."

D’autres réformes à venir

 

Le "paquet" de lois adopté au mois d’août prévoit, outre l’instauration d’une rémunération minimale, un moratoire d’un an sur l’immatriculation de nouveaux véhicules, à l’exception de ceux accessibles aux personnes handicapés. Depuis le 15 août 2018, aucune nouvelle voiture ne peut donc être enregistrée comme VTC. Mais "les gens ont anticipé la mesure", constate James A. Parrott. "Environ 16 000 voitures ont été enregistrées dans la première quinzaine d’août, contre 2 000 par mois en moyenne." Pendant le moratoire, plusieurs études vont être menées par les pouvoirs publics pour déterminer la marche à suivre.

En parallèle, d’autres projets de réglementation sont à l’étude ou en cours d’examen pour :

- Autoriser la TLC à fournir un système d’assurance santé aux chauffeurs, sachant que 40 % d’entre eux sont éligibles aux systèmes de solidarité MedicAid (lire sur AEF info) et que 16 % ne sont couverts par aucune assurance. Le système pourrait le cas échéant être financé par une taxe complémentaire sur le tarif des courses ;
- Offrir un service de conseil financier aux chauffeurs pour leur permettre de mieux appréhender les coûts inhérents à leur activité.


Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Lucie Prusak, journaliste