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Michelin : la réorganisation aurait "des effets plutôt délétères" sur la santé des salariés, selon une expertise

Fin octobre 2018, le CE de l’établissement Michelin de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) alertait la direction sur la dégradation des conditions de travail des salariés à la suite de la réorganisation déployée depuis début 2018. Une expertise menée par le cabinet AlterHego pour l’entreprise sur un panel de salariés chiffre le constat des organisations : un salarié sur trois considère, au printemps 2018, que la réorganisation a un effet négatif sur sa santé. De son côté, la direction reconnaît des difficultés, et fait valoir les outils et moyens mis en place pour accompagner le changement.

© Michelin

Le projet de réorganisation mis en œuvre par la direction de Michelin sur l’établissement de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a "des effets plutôt délétères" sur la santé des salariés, relève le cabinet AlterHego, dans une expertise menée auprès d’une population témoin de 80 à 90 personnes, qu’AEF info s’est procurée.

Le cabinet a questionné ce groupe témoin sur la perception du projet de réorganisation et ses conséquences sur la santé et les conditions de travail, à trois reprises : une première fois en mai 2017, puis en octobre 2017 et enfin en mars 2018, pour mesurer l’évolution des réponses. La dernière vague se situe donc après la mise en œuvre de la réorganisation. Pour mémoire, fin octobre 2018, le CE de Clermont-Ferrand avait alerté la direction sur la dégradation des conditions de travail sur le site et un CE extraordinaire a eu lieu le 14 novembre dernier (lire sur AEF info).

Des effets négatifs observés auprès des collègues

La proportion de salariés qui considèrent que la réorganisation a des effets négatifs sur leur santé augmente au fil du temps : ils étaient un peu plus de 6 % dans la première vague, et ils sont 31 %, en mars 2018. Un peu plus de la moitié des salariés disent avoir observé ou avoir eu échos d’effets négatifs auprès de personnes de leur service.

Parmi les effets évoqués figurent les troubles du sommeil, la fatigue, l’irritabilité et le stress. Sur 80, "11 personnes évoquent des effets négatifs sur leur santé du fait de la surcharge de travail, liée à la mise en œuvre de la nouvelle organisation", relève l’expertise. La durée de la situation de surcharge génère également "une forte crainte" auprès des personnels.

D’ailleurs, 54 % environ des salariés interrogés perçoivent des effets négatifs sur les exigences du travail, se traduisant par une surcharge de travail, qui se traduit elle-même par un déséquilibre vie professionnelle-vie personnelle et par un risque d’usure, souligne AlterHego. Les interfaces deviennent plus complexes, et les rôles et périmètres plus flous, ce qui entraînerait une perte d’efficience et un alourdissement de la prise de décision.

"Un contexte de tension persistant"

Autre aspect affecté négativement par le projet, selon la moitié des répondants : les relations au travail. Le cabinet observe "un contexte de tension persistant, qui engendre des rivalités entre les équipes, pouvant aller jusqu’au conflit", mentionné par environ 10 % des répondants. À l’inverse, selon 23 % d’entre eux, l’impact n’est pas problématique.

Par ailleurs, le cabinet note une hausse du risque pour l’entreprise, aux yeux des salariés. En mars 2018, plus de la moitié des répondants percevaient un risque élevé, notamment à cause de la complexification des interfaces et des lignes décisionnelles, et de la longueur de la période de déstabilisation. Ce projet est cependant utile, selon les deux tiers des salariés.

Face à cette réorganisation, les managers et le service du personnel sont perçus comme des soutiens par 80 % des salariés.

"On ne minimise pas la situation"

Jointe par AEF info, la direction de Michelin reconnaît le malaise d’une partie des collaborateurs : "On sait que pour certains, c’est difficile", déclare Sophie Benchetrit-Balmary, DRS. "Cette réorganisation est complexe, profonde et exigeante pour les salariés." La direction fait toutefois noter que "cette étude n’est pas statistiquement représentative, car elle interroge 80 salariés sur les 11 000 du site. Nous ne retrouvons pas toujours les mêmes perceptions dans nos indicateurs."

Mais Michelin "ne se cache pas derrière les indicateurs" pour autant : "On ne minimise pas la situation et la difficulté, on apporte la totalité des éléments, et on essaie d’objectiver et d’apporter rapidement des réponses". Par ailleurs, "ce n’est pas anormal que dans la troisième vague on constate une évolution de la situation, car nous sommes rentrés dans le concret de la réorganisation et nos processus ne sont pas stabilisés", analyse Sophie Benchetrit-Balmary. "Chaque jour on travaille pour accompagner le changement, améliorer les conditions de travail des salariés et prioriser."

"Ce n’est pas un diagnostic"

De l’étude, Michelin retient que "personne ne remet en cause l’utilité de la réorganisation : donc il ne faut pas travailler sur le pourquoi, mais sur le comment", pointe Sophie Benchetrit-Balmary. "On voit aussi que les personnes font part de leur intérêt pour le contenu de leur poste, et perçoivent un vrai soutien managérial et des équipes."

L’entreprise fait valoir les actions d’accompagnement mises en œuvre : les formations pour les managers, la ligne d’écoute, la veille RPS, et 300 recrutements qui seront finalement réalisés cette année, au lieu de 120 prévus, couplés à un travail de priorisation. Interrogée sur les évolutions prévues de l’accompagnement mis en place, Sophie Benchetrit-Balmary répond que "le dispositif évoluera en fonction des besoins. Par rapport à ce qui se fait à l’extérieur, on a mis en place une série d’outils et moyens assez exceptionnels", fait-elle valoir.

"Cette étude est un outil assez particulier", précise-t-elle également. "Ce n’est pas un diagnostic, c’est un outil de prévention. En revanche, il dessine une dynamique, car ce sont toujours les mêmes personnes qui sont interrogées. Cela nous permet de voir les évolutions et d’en tirer des enseignements." Les participants "apprécient cette étude parce qu’ils voient qu’on en tire des conséquences et surtout des actions". Ils en ont d’ailleurs demandé une quatrième vague, qui devrait avoir lieu en janvier 2019.

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Sophie Esposito, journaliste