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Anne Fougerat, secrétaire générale de la garde nationale : "Nous voulons que les réservistes s’engagent dans la durée"

"Ce n’est pas le tout de capter des réservistes, il faut les garder !" déclare la générale Anne Fougerat, secrétaire générale de la garde nationale, dans une interview à AEF. Nommée en août 2018 (lire sur AEF info), elle détaille l’évolution du dispositif, né il y a deux ans, et des missions du secrétariat général. "Il fallait faire monter en puissance la gouvernance de la garde nationale en renforçant la cohérence de ses attributions dans le dispositif interarmées et interministériel", résume-t-elle. Anne Fougerat détaille son "rôle de coordination" pour conforter l’objectif de recrutement des réservistes dans l’ensemble des forces et explique les raisons de son report.

La générale Anne Fougerat, secrétaire générale de la Garde nationale. SGGN

AEF info : Quel est votre rôle au sein de la garde nationale ?

Anne Fougerat : Le secrétaire général de la garde nationale, placé sous l’autorité des ministres des Armées et de l’Intérieur, a quatre attributions principales : développer l’attractivité de la garde nationale et les relations des réservistes avec les employeurs, contribuer à son rayonnement, préparer les comités de directions de la garde nationale, et enfin assurer l’évaluation de l’activité de cette dernière.

La garde nationale vient de fêter ses deux ans et les attributions du secrétaire général ont évolué depuis la publication de plusieurs textes officiels début octobre (lire sur AEF info). Notre expérience a permis de réajuster le dispositif et de transférer une partie des compétences du CSRM (conseil supérieur de la réserve militaire vers la garde nationale). Le CSRM, resserré à 30 membres au lieu de 79, permet une plus grande proximité avec la ministre des Armées. Il travaille essentiellement sur les questions relatives aux statuts des réservistes militaires.

Il fallait faire monter en puissance la gouvernance de la garde nationale en renforçant la cohérence de ses attributions dans le dispositif interarmées et interministériel. La garde nationale intègre dans son périmètre dix composantes et comprend toute la réserve opérationnelle et civile, dont la réserve civile de la police nationale, à la différence du CSRM.


Budget et effectifs de la garde nationale


 

Les dépenses de personnels des différentes réserves opérationnelles composant la garde nationale pour 2018 s’élèvent à 247 millions d’euros. Ce budget a augmenté de 100 millions d’euros depuis 2015. Cette hausse a principalement concerné les armées (+94 %), principales pourvoyeuses de réservistes, puis la police (+48 %) et enfin la gendarmerie (+39 %).


Armées
Gendarmerie
Police nationale
Total
Cibles effectifs 2018
40 000
30 000
5 000
75 000
Effectifs réalisés au 1er septembre 2018
37 429
30 811
6 848
75 088
Taux de réalisation
93,8 %
102,7 %
137 %
X

AEF info : Quel pouvoir avez-vous sur les différentes forces ?

Anne Fougerat : J’ai un rôle de coordination sur toutes les questions relatives à la réserve opérationnelle civile et militaire, à l’exclusion de l’emploi et de la préparation opérationnelle. Le cœur de notre "métier" est d’œuvrer à la notoriété et à la communication sur la réserve. C’est le rôle de notre premier bureau. Nous y consacrons l’essentiel de notre budget (lire encadré ci-dessus). Nous avons ainsi pu organiser, le 13 octobre 2018, les "Assises de la garde nationale", qui ont rassemblé près de 600 participants, y compris non-réservistes.

Le bureau "attractivité et synthèses" de la garde nationale est pour sa part chargé de la coordination des mesures d’attractivité destinées aux réservistes (lire sur AEF info) et des mesures d’incitation en direction des employeurs pour promouvoir et fidéliser les volontaires.

Enfin, le bureau "partenariat-relations avec les entreprises" est responsable des mesures d’incitation en faveur des employeurs et de la signature des conventions avec des collectivités territoriales, des ministères, des entreprises, des universités et grandes écoles. Cette tâche revenait jusqu’à présent au CSRM. Nous avons besoin de réservistes mais aussi du soutien à la réserve de responsables au travers de leurs fonctions. Les employeurs peuvent décider d’attribuer plus de jours que ceux prévus par le code du travail et le code de la défense à leurs réservistes (lire encadré ci-dessous). La plupart des employeurs maintiennent le salaire, comme c’est le cas dans la fonction publique. Les chefs d’entreprise qui nous soutiennent de cette façon ont le même état d’esprit que celui de ceux qui nous proposaient leur aide post-attentats.

AEF info : Pourquoi parlez-vous de "fidéliser" les réservistes ?

Anne Fougerat : Ce n’est pas le tout de capter des réservistes, il faut les garder ! Les contrats d’engagement varient d’une à cinq années, selon ce que décident les forces, et le taux d’attrition est très élevé dans toutes les forces. Il est par exemple de 17 % dans la gendarmerie. Nous voulons que les réservistes s’engagent dans la durée et en dépit des aléas de la vie, qu’ils puissent revenir après des périodes d’interruption voire s’engager à nouveau en réponse à des événements majeurs.


Les principaux droits des réservistes

 

"Tout salarié ayant souscrit un engagement à servir dans la réserve opérationnelle bénéficie d’une autorisation d’absence de huit jours par année civile au titre de ses activités dans la réserve", prévoit le code du travail. Les entreprises de moins de 250 salariés peuvent limiter cette autorisation à cinq jours. La période d’activité dans la réserve opérationnelle permet de conserver les avantages (ancienneté, avancement, congés payés…). "En cas de crise menaçant la sécurité nationale", les ministres de la Défense et de l’Intérieur peuvent ramener à quinze jours le délai traditionnel d’un mois pour que le salarié prévienne son employeur de sa mise en activité au sein de la réserve.

AEF info : Quels sont vos objectifs ?

Anne Fougerat : À la création de la garde nationale, l’objectif de recrutement de 85 000 réservistes a été fixé. Il reste inchangé mais des choix budgétaires en 2018 ont obligé à reporter la réalisation de cet objectif, notamment pour la gendarmerie, pour laquelle l’objectif pour 2018 est passé de 40 000 à 30 000. Dans les faits, nous sommes en cible : au 1er septembre la garde nationale comptait 75 088 réservistes, grâce aux efforts consentis par nos différentes composantes (lire le premier encadré).

Le nombre de conventions signées avec les employeurs doit monter en puissance. Il y en a 520 à ce jour et nous avons de belles perspectives devant nous. Pour cela, nous allons convaincre les employeurs qui disposent déjà de réservistes dans leurs rangs. C’est le cas du groupe Casino qui a plus de 70 000 collaborateurs et plus d’une centaine de réservistes identifiés pour le moment. Nous visons les hauts responsables pour les inciter à devenir partenaires. Au-delà des mesures de RSE, les employeurs peuvent obtenir la qualité de "partenaire de la défense nationale". Ils nous disent que leurs salariés réservistes s’épanouissent plus dans leur travail, qu’ils disposent de bonnes qualités managériales et de qualifications en sécurité et santé, et qu’ils sont plus disponibles que d’autres salariés.

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Judith Blanes, journaliste