Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Michal Kurtyka, futur président de la COP 24 : "Le rapport spécial du Giec nous met face à nos responsabilités"

Alors que la "pré-COP" s’ouvre ce lundi 22 octobre à Cracovie, le secrétaire d'État au ministère de l’Environnement et futur président de la COP 24, Michal Kurtyka, estime que "beaucoup de travail" reste à accomplir, et autant de "difficultés à surmonter". Elles se concentrent notamment sur la nature des contributions déterminées nationalement et sur les financements. Dans un entretien accordé à AEF info, le secrétaire d'État juge également que le rapport spécial du Giec sur un réchauffement planétaire d’1,5°C "nous met face à nos responsabilités". Interrogé sur la dépendance du charbon à la Pologne, il demande que les débats ne se focalisent pas uniquement sur les émissions de GES du secteur de l’énergie.

Michal Kurtyka, secrétaire d'Etat polonais à l'Environnement et futur président de la COP 24 DR

AEF info : La pré-COP se déroule à Cracovie du 22 au 24 octobre. Que peut-on en attendre ?

Michal Kurtyka : La Pologne accueillera en décembre la COP 24, qui doit permettre d’opérationnaliser l’accord de Paris. Nous sommes en plein milieu des débats et discussions sur ces règles d’application. Ces travaux sont extrêmement techniques et complexes. Du coup, la réunion de Bonn en mai dernier n’a pas permis de progresser suffisamment (lire sur AEF info). Nous avons donc contribué à encourager les parties pour qu’elles se réunissent une deuxième fois à Bangkok au mois de septembre où des progrès ont été enregistrés, mais qui restent insuffisants (lire sur AEF info). Nous avons donc encore beaucoup de travail à faire et de difficultés à surmonter.

La pré-COP est un moment très important. C’est la dernière fois avant la COP que pourront se rencontrer les négociateurs, qui assurent le travail technique, et les ministres, qui endossent la vision politique. Ils vont pouvoir dégager des points clé sur lesquels nous inviterons les parties à se pencher lors de la COP. C’est un moment important de décantation des difficultés politiques qui se posent dans la mise en œuvre de l’accord de Paris.

AEF info : Quelles sont ces difficultés ?

Michal Kurtyka : Nous avons un certain nombre de difficultés liées à la mise en œuvre des grands principes, en particulier sur la nature des contributions déterminées nationalement (NDC) et sur le système de transparence qui doit nous permettre de mesurer le progrès vers l’objectif à long terme. Quels sont les principes qui définissent ces contributions ? Quel est leur périmètre, leurs caractéristiques ? Quelles règles de transparence ? Dans quelle mesure seront appliquées des flexibilités ? Comment parvenir à apporter la bonne réponse entre une application générale et la différenciation ? Toutes ces questions sont extrêmement compliquées parce qu’elles touchent au cœur de l’accord de Paris.

La deuxième difficulté à laquelle nous faisons face concerne la mise en œuvre des engagements en matière de finance. D’une part, les pays développés se sont engagés à contribuer de façon régulière à l’équation économique des pays en développement à travers un appui qui peut être financier, de renforcement de capacités ou de transferts de technologies. Ces modalités restent à définir, et provoquent énormément de discussions et d’attentes de la part des pays en développement. Car il y a des besoins, qui en 2009 à Copenhague ont été chiffrés à 100 milliards de dollars à mobiliser chaque année à partir de 2020.

Mais maintenant, tout le monde est conscient du fait que faire face à l’ensemble des besoins pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris ne se chiffre plus seulement en milliards mais peut-être en centaines de milliards voire plus. La question qui se pose est donc de voir quelle est la part de financements publics et quelle peut être la part de financements privés.

Le troisième grand axe de nos débats est de veiller à assurer les grands équilibres dans les différentes dispositions sur lesquelles nous travaillons. Nous sommes attachés à mettre en œuvre tous les principes de l’accord de Paris et à ne laisser aucun sujet orphelin, mais en même temps à assurer un bon équilibre. C’est-à-dire ne pas seulement prendre en compte les aspects d’atténuation, mais également les aspects d’adaptation ; pas seulement les aspects nationaux mais aussi la solidarité globale. À savoir, comment nous nous convainquons les uns et les autres que nos projets sont à la hauteur et qu’ils sont ensuite réellement mis en œuvre.

AEF info : Vu ce contexte, êtes-vous optimiste sur le fait que cette COP puisse aboutir sur l’adoption des règles d’application de l’accord de Paris ?

Michal Kurtyka : Il est clair que nous faisons face à des difficultés en matière de financements. Par exemple, les discussions sur le Fonds vert pour le climat devraient être plus fluides. Le fonds d’adaptation mérite lui aussi une attention particulière, comme la question de la participation des organismes de finance internationale. Et se pose également la question de la complémentarité entre les fonds publics et les fonds privés et de l’accès à ces fonds. Car c’est une chose d’assurer des flux financiers et une autre d’être certains que les bénéficiaires potentiels seront capables, malgré les contraintes, d’accéder à cet argent.

AEF info : En tant que futur président de la COP 24, comment réagissez-vous à la publication du rapport spécial du Giec sur un réchauffement planétaire d’1,5°C (lire sur AEF info) ?

Michal Kurtyka : C’est un rapport qui nous met face à nos responsabilités. Durant la COP 24, le dialogue Talanoa va jouer un rôle important. Nous lui avons consacré deux jours, les 11 et 12 décembre, à un moment où tous les ministres seront présents. Il sera un moment clé, aux côtés des discussions sur la mise en œuvre de l’accord de Paris, la réalisation des engagements pré-2020 et la question des financements. Et le rapport du Giec fera partie de ces débats. Il permettra aux parties de se poser les questions sur les projets qu’elles prévoient de mettre en œuvre : sont-ils en ligne avec les ambitions de l’accord de Paris ? Avec une solidarité planétaire ?

Le dialogue Talanoa à Katowice va préparer le terrain pour le sommet qui sera organisé l’année prochaine par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres en septembre 2019. Et ensuite pour informer la préparation de contributions déterminées nationalement à revoir ou à communiquer en 2020.

AEF info : L’UE doit-elle relever son ambition pour 2030 ?

Michal Kurtyka : L’UE travaille beaucoup sur les questions de différentes composantes sectorielles qui contribueront à réduire les émissions en 2030. La part des énergies renouvelables devra ainsi représenter 32 % en 2030. La Pologne, la France et l’Allemagne, entre autres, ont voté pour ce compromis, considérant que c’est une proposition à la fois faisable et ambitieuse.

Tout récemment, début octobre, nous avons mené une discussion dans un domaine extrêmement important, celui des transports. Un secteur dans lequel les émissions augmentent le plus rapidement. Nous avons conclu ce débat sur un objectif qui dépasse la proposition de la Commission d’une réduction de 30 %, pour le relever à un objectif de 35 %.

AEF info : Selon le rapport du Giec, pour contenir la hausse des températures à 1,5 °C, l’utilisation du charbon devra avoir quasiment disparu d'ici à 2050. Comment la Pologne, pays encore largement dépendant de cette ressource s’apprête-il à relever ce défi alors qu’une nouvelle centrale s’apprête à être lancée, Ostroleka C ?

Michal Kurtyka : Effectivement, la consommation du charbon dans le monde a augmenté l’année dernière. Les émissions globales également. Ceci est dû en grande partie à une croissance économique soutenue qui entraîne une hausse de la demande en énergie. En Europe, la situation est différente, mais pas tant que cela puisque l’on constate que dans la plupart des plus grandes économies européennes les émissions augmentent également, alors que la volonté politique est là, et les dispositifs pour soutenir la transition vers une réduction des émissions, parfois très complexes et coûteux, sont en place. Du coup, il ne reste que les décisions administratives. Le ministère de l’Énergie polonais s’est engagé à ce qu’Ostroleka soit la dernière centrale systémique à charbon en Pologne. L’Allemagne a mis en place une commission sur la sortie du charbon. Le sort de la centrale à charbon d’Hambach qui est en train d’être construite là-bas a été suspendu après une intervention de la cour de justice.

Il est également important de ne pas perdre de vue d’autres secteurs que l’énergie. Il y a quelques jours, Bill Gates a publié un texte qui met en lumière que le secteur de l’énergie émet 25 % des émissions mondiales, et que les 75 % restants [provenant de l’agriculture, l’industrie, les transports et les bâtiments] méritent une attention accrue (lire sur AEF info). Ces sources d’émissions ne font pas l’objet d’autant de débats. Là également, les solutions et technologies existent, mais leur application demande une panoplie des mesures, en commençant par la recherche, l’innovation, l’entrepreneuriat et en finissant avec les politiques et standards.

AEF info : Lors de la COP 24, la Pologne souhaite présenter des décisions politiques concernant la transition juste, les forêts et la mobilité électrique. Pouvez-vous nous en dire plus ? Pourquoi est-il important pour la Pologne de porter ces sujets spécifiquement ?

Michal Kurtyka : Ce sont trois déclarations politiques qui permettent de souligner l’importance de ces sujets dans la lutte contre le changement climatique. Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris il est nécessaire de poursuivre nos efforts dans différents secteurs. Le transport est un secteur où nous disposons d’une technologie suffisamment mature pour nous approcher des objectifs définis dans l’accord de Paris. Les forêts et les sols en général sont, comme l’a confirmé le dernier rapport du Giec, un instrument crucial pour atteindre l’équilibre à long terme entre émissions et absorptions de CO2. Dans la mise en œuvre de toutes ces politiques, il ne faut pas perdre de vue que celles-ci sont faites pour l’homme et non contre lui. Que nous portons une attention particulière à assurer une transition juste et solidaire en prenant en particulier en compte les besoins de nos concitoyens les plus exposés.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Émilie Legendre, journaliste