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"Nous voulons reprendre la 1re place dans la fonction publique de l’État et entrer au CSFPT" (Bernadette Groison, FSU)

Le 6 décembre 2018, les agents des trois versants de la fonction publique vont élire leurs représentants syndicaux aux 22 000 instances de concertation de la fonction publique. AEF info publie chaque lundi, depuis le 17 septembre, une interview des responsables des neuf fédérations représentatives de la fonction publique (UFSE-CGT, Uffa-CFDT, FGF-FO, Unsa Fonction publique, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC, et FA-FP). Aujourd’hui, Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, cinquième organisation sur les trois versants avec 7,91 % des voix, derrière la CGT, la CFDT, la FGF-FO et l’Unsa (1).

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU © David Marmier

AEF info : Comment analysez-vous la rentrée sociale, sur fond de programme "Action publique 2022" et de concertation fonction publique ?

Bernadette Groison : C’est une rentrée qui donne la tendance lourde de la politique que met en œuvre le gouvernement : confirmation du cap à tenir, maintien des objectifs, et préparation du budget 2019 qui traduit bien les objectifs qu’il veut mettre en œuvre pour la fonction publique. Concernant la mise en œuvre du rapport du CAP22, on avait émis l’espoir qu’il y ait un débat dans le pays autour de ce que doivent être les missions de service public et que l’on regarde la fonction publique en la projetant dans l’avenir en l’adaptant aux nouveaux besoins qui sont ceux de la société d’aujourd’hui, y compris pour faire émerger des métiers ou conserver des qualifications, en matière de transition écologique, dans le cadre d’un grand service public de l’insertion ou encore en matière d’accompagnement des personnes âgées, par exemple.

Or, nous perdons des postes. En outre, le président diminue les budgets des collectivités territoriales ; le plan Santé n’est pas à la hauteur compte tenu du déficit que l’on a sur la santé et les affaires sociales. C’est ce qu’on appelle le "en même temps" du président : il affirme des objectifs généreux avec des mesures phares qui passent bien dans l’opinion, mais ne donne pas à la fonction publique les moyens de le faire. Ce "en même temps" révèle des contradictions énormes entre l’affichage et la mise en œuvre. C’est un vrai désaccord sur le projet du gouvernement et une remise en cause du modèle social, même s’il est perfectible. En particulier, la remise en cause des grands principes du statut de la fonction publique (adaptabilité, neutralité, indépendance, l’équité, l’égalité), nous inquiète fortement, sans nous étonner malheureusement puisque dès la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait dit que l’État devait être géré comme une entreprise.

Nous avons aussi un désaccord sur le principe de la règle à calcul. La couleur a été annoncée dès le départ, avec la création du ministère de l’Action et des Comptes publics, installé à Bercy. C’est là où le processus du CAP22 est un mensonge, car le gouvernement a fait croire qu’il allait regarder les missions du service public, or cela n’a servi qu’à justifier l’objectif de réduction de 120 000 postes. C’est le cas aussi du chantier "mobilité" de la concertation relative à la fonction publique. Nous pensions qu’il y avait un chantier énorme sur ce sujet, mais cela n’a pas été le cas, l’objectif du gouvernement étant d’accompagner les départs et de faire en sorte que les gens partent.

Ce ne sont pas des discussions qui vont rendre des services à la fonction publique, elles ne permettent pas de monter en efficacité. Surtout, elles laissent à penser que les fonctionnaires qu’ils ne sont peut-être pas si utiles que cela et qu’il est possible de faire fonctionner les services sans eux. Cela n’encourage pas à créer des dynamiques professionnelles dans ces secteurs et va à l’encontre de ce qu’il faudrait faire.

On vide la fonction publique de ses compétences, de ses agents et on fait appel à l’extérieur. Je voudrais que le gouvernement dise clairement que son orientation est de faire moins d’État, moins de collectivités territoriales et moins d’hospitalière, car le maquiller sans cesse sous de faux discours ou de faux plans n’est pas tenable. C’est la raison pour laquelle nous voulions un Grenelle de l’action publique en 2017.

AEF info : Dans ce contexte particulier, quels sont les enjeux des élections professionnelles de décembre pour la FSU ?

Bernadette Groison : Le premier enjeu est celui de la participation. Aux dernières élections, seul un agent sur deux a voté. On peut craindre, dans le contexte lourd dans lequel nous sommes, avec les conditions de travail et les salaires qui se dégradent et les inquiétudes sur les retraites, que les agents se découragent et pensent que les élections professionnelles ne servent à rien. Un autre phénomène inquiétant est la distance prise avec toutes les organisations qu’elles soient syndicales ou politiques. Le premier enjeu est donc de faire voter et c’est pour cela que nous avons demandé que le gouvernement mène aussi une campagne pour donner une visibilité et un crédit à ce scrutin. Si la participation s’avère bonne, cela enverrait un message au gouvernement sur l’attachement des agents à leurs instances, au moment où il projette de les fusionner, ce qui est scandaleux à deux mois des élections professionnelles.

Le deuxième enjeu pour la FSU est d’être au plus près, sur le terrain. Nous avons démarré notre campagne il y a six mois sur le thème "Engagés au quotidien" et donné son coup d’envoi officiel en remettant une pétition contre la fusion des instances de dialogue social à Olivier Dussopt (lire sur AEF info). Le visuel que nous diffusons incarne bien le projet syndical de la FSU en montrant nos représentants. L’idée est bien d’envoyer le message aux agents que nous sommes sur le terrain avec eux. Il s’agit d’incarner le dialogue social et le rôle des représentants du personnel, car il existe une méconnaissance des acronymes, des lieux où se passe le dialogue social et des instances.

Enfin, nous souhaitons aussi bien sûr conforter la place de la FSU notamment dans l’Éducation nationale. Nous voulons reprendre la première place dans la fonction publique de l’État [perdue en 2011 au profit de FO] et entrer au CSFPT. Nous avons pu rassembler fin 2015 nos deux syndicats de la territoriale, ce que nous n’avions pas fait en 2014. Avec le Snuter, nous nous présentons dans des conditions bien meilleures avec une dynamique réelle et des dépôts de listes dans beaucoup d’endroits.

AEF info : Anticipez-vous des difficultés particulières dans le déroulement du scrutin ?

Bernadette Groison : Nous n’avons pour l’heure pas de retours particuliers mais nous devons assurer une vigilance permanente en étant sur le terrain dans tous les groupes de travail de préparation des élections. Nous avons essayé cette fois d’anticiper au maximum dans les secteurs qui avaient connu des difficultés lors du dernier scrutin, comme le ministère de la Justice. Cette année, nous trouvons notamment que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a peu préparé ces élections alors qu’il s’agit d’un gros ministère confronté à l’éclatement de ses structures avec l’autonomie des universités et la présence de nombreux laboratoires de recherche.

S’agissant du vote électronique, nous ne sommes pas plus inquiets que cela mais nous allons bien sûr surveiller les différentes étapes (envoi des codes…). Le premier souci désormais est le bon déroulement des élections sachant que le second va être le recollement des résultats en particulier dans la fonction publique territoriale. Nous veillerons à ce qu’il se fasse dans la transparence. En 2014, cela s’était avéré long et compliqué.

AEF : Les difficultés des organisations syndicales à faire entendre leur voix dans la concertation actuelle risquent-elles de remettre en cause auprès des agents leur rôle et leur capacité à être efficaces ? Et, par conséquent, faut-il repenser le syndicalisme dans la fonction publique et si oui, comment ?

Bernadette Groison : De fait, malgré l’organisation de trois journées de mobilisation unitaires dans la fonction publique, ce qui était historique, le gouvernement maintient sa ligne. C’est compliqué pour les agents qui sont également des citoyens. Nous nous devons donc de regarder le monde tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. Il faut essayer de comprendre quels sont les doutes et inquiétudes des agents, quelle est leur part d’adhésion dans une période où il y a beaucoup de changements, un problème d’alternative politique et de perspectives comme en a témoigné l’élection présidentielle de 2017 avec la montée de l’extrême droite.

Cela pèse indéniablement sur le mouvement syndical et va peser sur les élections professionnelles. Le mouvement syndical n’est pas épargné par la défiance des agents vis-à-vis des politiques d’autant qu’il n’arrive pas suffisamment à peser sur les gouvernements. Les dernières batailles qui ont permis d’obtenir des avancées sont relativement lointaines. Il n’y a pas de marqueurs dans l’histoire sociale du pays en ce sens. Les actions syndicales récentes ont plus empêché l’application de certaines réformes que permis des avancées. Nous sommes plus sur la préservation que sur la conquête.

Il s'agit d'une vraie difficulté qui permet au gouvernement de croire ou de se laisser croire qu’il y a une adhésion à sa politique. Quand la fonction publique organise trois journées d’action dont deux dans l’unité la plus totale, avec la présence de tous les numéros un, et que le gouvernement persiste à vouloir passer ses projets de réforme, au vu des taux de participation, en sous-entendant que les agents sont d’accord avec lui, il se trompe. Or, c’est une erreur politique que d’appliquer l’attitude des trois singes ou de l’autruche. Le gouvernement se ment à lui-même. Certes, tous les fonctionnaires ne sont pas critiques sur la politique d’Emmanuel Macron et nous devons aussi avoir le courage de l’entendre en tant qu’organisation syndicale.

Cela étant dit, et à la lumière des élections de 2014, il n’y a que le terrain et le contact avec les agents qui peut nous permettre de montrer notre efficacité, ce qui n’est pas si simple. Nous devons avant tout leur parler de leurs sujets, de leurs préoccupations, à savoir leurs conditions de travail, le pouvoir d’achat, la reconnaissance professionnelle et, gros sujet à venir, les retraites. Il faut les convaincre que c’est avec eux que cela se joue et que nous sommes le moteur des transformations. Nous devons donc rassembler pour cela et dépasser divisions et a priori car cela implique de réhabiliter le débat et la controverse.

AEF info : Comment concilier dans ces conditions maintien du front syndical et campagne électorale à deux mois des élections ?

Bernadette Groison : Il est vrai que la division syndicale, la théorie des deux camps – contestataires contre réformistes – a fait énormément de mal. La FSU a pour sa part toujours essayé de concilier les positions. On ne peut pas être que pour ou contre, organiser des manifestations ou proposer. On peut être avec certains pour mener des actions et avec d’autres pour en mener d’autres.

Nous sommes certes en concurrence dans le cadre des élections professionnelles et nous devons tous l’assumer. Mais cela ne nous empêche pas, demain, d’aller parler du projet de protocole sur l’égalité professionnelle avec les autres organisations car nous pensons que nous pouvons porter des sujets ensemble. Même chose pour la réunion de suivi du rendez-vous salarial prévue le 17 octobre. L’unité fait partie de notre ADN.

AEF info : Les organisations syndicales représentatives sont-elles trop nombreuses selon vous ?

Bernadette Groison : Je ne pense pas. Il ne faut pas considérer le problème de manière mécanique. Oui il y a beaucoup d’organisations syndicales en France comme il y a beaucoup de partis politiques aussi. Cette multitude est le fruit d’une histoire sociale et cela traduit une diversité de pensée dans laquelle les agents peuvent aussi se retrouver. Nous n’opposons pas pour notre part ce que nous faisons pour la FSU avec le travail unitaire.

Plus largement, concernant l’avenir du mouvement syndical, la FSU porte un projet de rassemblement. Mais ce rassemblement se fait sur des projets syndicaux et ne peut pas se décréter pas en modifiant le règlement du CCFP, ce qui ne serait pas juste. D’où la nécessité d’en finir avec cette division syndicale a priori, d’où la volonté que l’on a de toujours rechercher l’unité afin de mieux se comprendre sur nos revendications progressives et en travaillant sur des projets communs.

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Sixtine de Villeblanche, journaliste