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"Nous tentons de rajeunir nos listes pour présenter un visage autre que celui de la contestation" (Luc Farré, Unsa FP)

Le 6 décembre 2018, les agents des trois versants de la fonction publique vont élire leurs représentants syndicaux aux 22 000 instances de concertation de la fonction publique. AEF info publie chaque lundi, depuis le 17 septembre, une interview des responsables des neuf fédérations représentatives de la fonction publique (UFSE-CGT, Uffa-CFDT, FGF-FO, Unsa Fonction publique, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC, et FA-FP). Aujourd’hui, Luc Farré, secrétaire général de l’Unsa Fonction publique, quatrième organisation sur les trois versants avec 10,38 % des voix, derrière la CGT, la CFDT et la FGF-FO (1).

Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa Fonction publique © David Marmier

AEF info : Comment analysez-vous la rentrée sociale, sur fond de programme "Action publique 2022" et de concertation fonction publique ?

Luc Farré : "Action publique 2022" est d’abord, pour l’Unsa, un programme de recherche d’économies qui cache son nom derrière une volonté affichée de modernisation de la fonction publique. Cette approche du gouvernement, qui consiste à annoncer dès le départ une réduction des dépenses publiques sur la durée du quinquennat, montre bien que le gouvernement veut les revisiter et voir où il peut faire des économies, en particulier pour tout ce qui est prestations sociales et fonction publique. Nous l’avons constaté dès la nomination d’un ministère chargé de l’Action et des Comptes publics (lire sur AEF info), qui a représenté un premier signal très fort – un mauvais signal pour nous – sur la place de la fonction publique dans la dépense publique.

Dans ce contexte, la concertation lancée par le gouvernement depuis quelques mois nous amène à nous positionner sur le fondement même de ce qu’est le syndicalisme. Nous ne mettons pas le même sens au mot concertation que le gouvernement. Celui-ci privilégie les discussions sur le fonctionnement de la fonction publique alors que notre syndicalisme est fondé sur le réel, le concret, avec une volonté d’avoir une discussion forte avec les employeurs publics sur tous les sujets.

Alors que la méthode des quatre chantiers aurait pu être intéressante, nous sommes confrontés à des échanges sans connaître réellement le projet du gouvernement tout en voyant parfaitement qu’il veut modifier en profondeur le fondement même de la fonction publique. Le gouvernement adopte même une attitude contradictoire : d’un côté, il annonce la modernisation de l’action publique, sa volonté d’améliorer la fonction publique et le service rendu ; et de l’autre côté, il procède par une réorganisation qui cache son nom, avec des suppressions de postes (lire sur AEF info), et une non-reconnaissance des agents.

Depuis le début, nous butons sur un manque de confiance. Cela s’est traduit par toutes les mesures annoncées tels le gel de la valeur du point d’indice, l’instauration d’un jour de carence, de la hausse de la CSG à peine compensée, sans amélioration du pouvoir d’achat des agents publics, la suspension en 2018 de l’application du protocole PPCR, protocole que nous avons porté et signé… Toutes ces mesures sont contradictoires avec la reconnaissance des agents que nous sommes en droit d’attendre d’un gouvernement surtout si nous devons discuter et négocier. Et au final, nous ne savons pas où le curseur va être mis à l’issue de la concertation.

Pour preuve, la circulaire du 24 juillet du Premier ministre sur la réorganisation de l’administration territoriale de l’État (lire sur AEF info) montre que le gouvernement met en application une partie du rapport CAP22 sans que celui-ci n’ait été ni discuté ni présenté et sans que le débat sur les missions du service public n’ait eu lieu en France. C’est un exemple révélateur du fait que le gouvernement avance masqué, ce avec quoi l’Unsa est en désaccord. Nous pouvons peut-être, en théorie, réfléchir aux évolutions de certaines missions dans le champ des services publics, ce débat doit avoir lieu, mais le gouvernement ne l’a pas fait, comme en témoignent les suppressions de postes programmées au ministère du Sport.

Dans ce contexte, l’action de l’Unsa est de faire en sorte, en discutant avec les employeurs publics, d’être le plus proche possible de l’intérêt général et de la fonction publique, ce qui ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec tout.

AEF info : Dans ce contexte particulier, quels sont les enjeux des élections professionnelles de décembre pour l’Unsa ?

Luc Farré : Le premier enjeu est de savoir quelle forme de syndicalisme veulent les agents pour discuter face à l’employeur public. Autrement dit, que veulent les agents publics comme interlocuteur en face des employeurs ? Veut-on, comme l’Unsa le porte, améliorer la vie quotidienne des agents, améliorer les services publics, que le syndicalisme puisse participer à la réflexion autour des communautés de travail, de la qualité de vie au travail ? Ou veut-on au contraire avoir une vision plus en opposition avec l’employeur ? L’objectif premier de l’Unsa est d’être force de proposition plutôt que d’être systématiquement contre.

Le deuxième enjeu est bien sûr celui de la participation, pour justifier pleinement le résultat de ces élections. Enfin, le troisième enjeu est bien sûr de progresser dans les trois versants, sachant que l’Unsa est l’une des quatre seules organisations représentatives sur l’ensemble de la fonction publique et que chaque demi-point ou point gagné en termes de représentativité représente un investissement énorme de la part des organisations syndicales.

AEF : Comment lutter contre l’abstention ?

Luc Farré : Il y a deux formes d’abstention : l’abstention exprimée par les agents qui n’ont pas envie de voter et celle de ceux qui auraient envie de voter mais n’ont pas réussi en raison de l’évolution des modes de scrutin.

Le plus grand enjeu pour nous est d’inciter les premiers à se rendre aux urnes et de permettre aux seconds de s’exprimer. Les organisations syndicales sont les interlocuteurs des agents, par conséquent, en participant au vote ils leur confèrent une représentativité. 

AEF info : Anticipez-vous des difficultés particulières dans le déroulement du scrutin ?

Luc Farré : Soyons clairs, il faudra simplifier les choses à terme. Il faut que les méthodes soient compréhensibles pour les agents, qu’elles soient électroniques ou à l’urne. L’Unsa n’est pas pour ou contre telle ou telle forme de vote. En revanche, nous avons noté qu’aujourd’hui, il y a une difficulté là où les agents peuvent voter à la fois électroniquement et à l’urne, ce qui est le cas dans un certain nombre d’établissements hospitaliers. Cette double modalité crée de la confusion. Nous pensons qu’il faudra à l’avenir améliorer le dispositif pour clarifier les choses.

Mais dans l’immédiat, l’important pour nous est de présenter des listes et d’inciter tous nos collègues à voter pour l’Unsa. La situation pour constituer des listes d’ici au 25 octobre s’avère compliquée dans les services qui connaissent des restructurations. Par ailleurs, nous essayons de rajeunir nos listes afin de présenter un visage autre que celui de la manifestation et de la grève. Et la baisse des recrutements implique d’avoir une vision différente.

Si le syndicalisme perd du terrain, le risque est que des coordinations, qui ne sont pas représentatives, s’y substituent. Le syndicalisme offre une garantie de protection des personnels.

AEF : Les difficultés des organisations syndicales à faire entendre leur voix dans la concertation actuelle risquent-elles de remettre en cause auprès des agents le rôle des organisations syndicales et leur capacité à être efficaces ?

Luc Farré : Le climat social de la rentrée pose de fait la question de l’efficacité de certaines actions syndicales. Aujourd’hui, un certain nombre d’agents s’interrogent notamment sur l’efficacité des jours de grève. Sur ce point, l’Unsa considère que la grève est un outil mais celui-ci doit être efficace. Or, nous avons noté que la dernière journée de mobilisation unitaire n’a été suivie que par environ 10 % des agents. L’unité syndicale ne suffit pas à elle seule pour constituer un front significatif face au gouvernement et le faire bouger et dans ces conditions, celui-ci a beau jeu de nous le "retourner".

Nous considérons donc qu’il faut utiliser d’autres moyens d’action. Le fait de ne rien céder sur nos revendications nous permet de tenter d’infléchir la position du gouvernement. Nous réussissons sur certains sujets, sur d’autres non. Pour notre part, nous souhaitons passer par une phase de reprise de la concertation un peu plus approfondie après la période électorale Le gouvernement aurait intérêt, à partir de la nouvelle configuration syndicale issue des élections, de poursuivre les échanges.

Je rappelle par ailleurs que le syndicalisme dans la fonction publique n’est pas géré de la même façon que dans le secteur privé. Le droit public diffère du droit privé. L’État employeur décide quoi que fassent les organisations syndicales. Quand un ministre, quand un maire, est employeur, il n’est pas le même employeur que le patron d’une entreprise. C’est tout l’enjeu de la concertation : comment faire que le dialogue social institutionnel oblige davantage les employeurs publics ?

AEF : Le fait que les réunions à l’agenda social s’arrêtent plus tard que prévu, fin novembre pour la négociation sur l’égalité professionnelle, risque-t-il de peser sur la campagne électorale ?

Luc Farré : Concernant l’égalité professionnelle, un accord unanime a déjà été signé en mars 2013. Le cadre de la négociation fixé par le gouvernement actuel peut justifier que l’on poursuive la négociation. C’est la première fois que nous avons une phase de négociation avec ce gouvernement. Même si la méthode reste imparfaite, à la clef, il peut y avoir de réelles avancées pour les agents, en particulier en matière d’équilibre vie professionnelle-vie personnelle et de lutte contre les violences faites aux femmes.

Nous sommes attachés à réussir et nous nous employons à porter des revendications concrètes, sans que cela préjuge de notre décision à terme de signer ou non un accord. Et quand bien même nous le signerions, cela ne voudrait pas dire que nous serions d’accord avec le gouvernement.

AEF : Faut-il repenser le syndicalisme dans la fonction publique et si oui, comment ? Y a-t-il par ailleurs trop d’organisations syndicales ?

Luc Farré : Le syndicalisme doit évoluer avec la société. On doit trouver des formes d’actions, d’expressions pour se faire entendre, pour faire savoir aux employeurs ce que l’on veut.

S’agissant de la diversité syndicale, d’une part, il est important que chacun puisse s’exprimer ; d’autre part, plus on est uni, plus on est fort. L’État ne peut pas décréter qu’il y a trop d’organisations syndicales. Dans la fonction publique, la particularité est que l’on est représentatif à partir du moment où l’on a un siège au Conseil commun de la fonction publique. Si cela doit évoluer un jour, il faudra que ce soit discuté, négocié avec les organisations syndicales. Mais je reste extrêmement prudent sur le sujet car je préfère une société pluraliste à une société uniforme.

AEF info : Comment concilier maintien du front syndical et campagne électorale à deux mois des élections ?

Luc Farré : Dans la fonction publique, nous conservons d’excellentes relations entre responsables d’organisations syndicales au niveau national. Mais nous connaissons tous nos différences. À l’Unsa, nous les respectons. Nous sommes parfois en capacité de mener des actions communes ; parfois, non. Lorsque nous menons une action unitaire – nous avons par exemple actuellement une priorité collective qui porte sur le pouvoir d’achat –, l’Unsa n’hésite pas à participer à des actions, productions ou expressions, qui montrent au gouvernement que le pouvoir d’achat est bien une question essentielle pour tous les agents publics. Cela vaut également pour les suppressions d’emplois. Cela va se traduire d’ailleurs par des mots d’ordre communs dans certains ministères, même en cette période électorale.

Mais comme l’enjeu des élections revient bien à poser un choix sur le syndicalisme, à l’Unsa, nous défendrons notre vision du syndicalisme : un syndicalisme qui évolue et qui se veut moderne et positif.

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