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"Avec la fin de la notion de bureau, les DRH doivent travailler sur l’autonomie et la délégation" (M. Fontan, ADRHGCT)

"Les managers doivent désormais davantage travailler sur l’autonomie et la délégation", déclare dans une interview Marianne Fontan, vice-présidente de l’ADRHGCT (Association des DRH des grandes collectivités territoriales) (1), à propos du prochain colloque annuel de l’association, qui se tiendra vendredi 5 octobre 2018 à Paris et aura pour thème "La fin du bureau ?" (2). Avec le développement du télétravail, des "tiers lieux" et des open spaces, les cadres territoriaux doivent, d’une part, travailler sur le management à distance, la fixation d’objectifs en amont, la transmission du lien employeurs-salariés et, d’autre part, sur les interactions entre les agents et les métiers. Des thématiques qui relèvent du lien social mais visent également à améliorer la productivité des agents.

Marianne Fontan, vice-présidente de l’ADRHGCT.

AEF info : Le colloque annuel de l’ADRHGCT, qui se tient le 5 octobre 2018 au siège du Groupe La Poste, a pour thème "la fin du bureau ?". Quelles sont les raisons qui ont présidé à ce choix ?

Marianne Fontan : Nous voulions aborder plusieurs thématiques RH et liées à l’espace de travail. De plus en plus, les DRH des collectivités locales doivent accompagner les déménagements de leurs locaux par une nouvelle organisation tout en gérant de nouveaux outils. Nous assistons à un mouvement qui consiste à passer du bureau aux bureaux. En effet, le développement du télétravail et des open spaces conduit petit à petit à la fin de la notion de bureau et à l’apparition de tiers lieux.

La "fin du bureau" fait écho à La fin du travail de Jeremy Rifkin et réinterroge fondamentalement la notion même de travail. L’objectif du colloque est d’aborder cette problématique avec différents intervenants – tels que, outre les DRH du public mais aussi du privé, des universitaires, des sociologues, des architectes ou encore des ergonomes – et sous des formes diverses (conférences, tables rondes, ateliers et retours d’expérience). Il s’agit d’évoquer des situations très concrètes comme l’organisation de l’accueil du public par exemple ou le déploiement du télétravail.

AEF info : Constatez-vous un basculement avec l’arrivée de nouvelles générations au sein de la fonction publique ?

Marianne Fontan : Oui complètement. La demande de personnalisation des espaces de travail de la part des jeunes agents (wi-fi, travail debout ou en extérieur, réunions hors des bureaux…) est plus élevée et ils ont davantage besoin de se sentir autonomes.

En outre, leurs attentes sont plus fortes en matière d’outils numériques et leur capacité plus grande à s’en emparer. Il ne faut pas non plus négliger l’impact de leur situation : nombre d’entre eux étant obligés de se loger loin des centres-villes, ils sont de fait plus demandeurs de télétravail et de tiers lieux.

AEF info : Inversement, les agents de terrain ne sont-ils pas exclus de ces évolutions ?

Marianne Fontan : Paradoxalement non. La digitalisation les ramène en quelque sorte au bureau, en amenant le bureau sur le terrain. À titre d’exemple, les agents de la voirie sont de plus en plus équipés de smartphones afin d’avoir connaissance des signalements des usagers, de mettre en place des plans de charge pour leurs interventions et de piloter, pour les managers, leurs équipes à distance, ou encore faire du reporting.

Dans leur cas, il faut réfléchir avec eux à la mise à disposition d’espaces dédiés, de lieux de repos, à la modernisation des centres techniques municipaux par exemple.

AEF info : Quels changements cela implique-t-il pour les cadres territoriaux en général et les DRH en particulier ?

Marianne Fontan : Les managers doivent désormais davantage travailler sur l’autonomie et la délégation. Le télétravail implique le management à distance, la fixation d’objectifs en amont, la transmission du lien employeurs-salariés. La mise en place d’open spaces requiert d’aménager précisément l’espace pour limiter les nuisances de la cohabitation, de travailler sur les interactions entre les agents et les métiers. Dans les deux cas, un suivi précis est nécessaire en matière de santé et sécurité au travail ainsi qu’une attention particulière à la distinction vie privée et vie professionnelle qui a tendance à s’effacer avec la connexion permanente.

À noter que le développement des open spaces est récent en France, car ce type d’aménagement a toujours été diabolisé. Aujourd’hui, nous assistons à un "contre-mouvement" avec une adhésion des agents, alors que ceux-ci y étaient totalement réfractaires auparavant. Nombre d’entre eux ne souhaiteraient d’ailleurs pas revenir en arrière. Toutefois, il faut rester prudent car s’opère actuellement, notamment dans le secteur privé, un mouvement de balancier inverse avec l’apparition de collaborateurs, en particulier au sein des Gafa, qui demandent à revenir en arrière car ils se sentent isolés.

Au-delà, cette thématique relève du lien social et revient à s’interroger sur la manière dont on encadre l’outil, dont on anime un collectif de travail à distance, dont on crée les bonnes interactions entre les bonnes personnes, quelle ambiance favoriser… C’est sur toutes ces questions que nous devons travailler. Il ne s’agit pas seulement de gagner de l’espace : mettre en place une nouvelle organisation au sein d’un espace renouvelé et travailler sur la qualité de vie au travail vise également – et il ne faut pas s’en cacher – à améliorer la productivité des agents. C’est le sens même du travail. Notre objectif n’est donc pas de remettre en cause cela mais de lui donner un sens.

AEF info : Comment cela influe-t-il sur les relations entre DRH et élus ?

Marianne Fontan : Les DRH parviennent de plus en plus à se faire entendre, à l’occasion de la réalisation d’études de besoins, lors de la rédaction de cahier des charges sur les locaux, au sein des CHSCT notamment. Avec le développement de la notion de bien-être au travail, les liens entre DRH et architectes se développent pour assurer la prise en compte de nouveaux outils et modes d’organisation du travail.

AEF info : Que cela implique-t-il en matière de formation ?

Marianne Fontan : Les formations se sont développées à destination des encadrants mais peut-être pas encore suffisamment. Il faut aussi penser aux agents et à l’optimisation de l’utilisation des outils collaboratifs.

Là réside d’ailleurs l’un des axes les plus importants : comment faire en sorte de travailler ensemble de manière transversale à distance et comment manager ses équipes à distance ? Le télétravail nécessite des capacités en termes d’organisation. Et cela ne concerne pas que les managers mais également les emplois administratifs tels ceux de gestionnaires RH.

AEF info : Comment vous inspirez-vous du secteur privé ?

Marianne Fontan : Il est vrai que le secteur privé est plus expérimenté en la matière et dispose de plus de moyens. De son côté, la fonction publique territoriale est plus hétérogène, les situations étant très diverses entre collectivités locales et celles-ci gérant une centaine de métiers différents (médecins, administratifs, techniciens, agents de terrain…) regroupant de nombreuses catégories d’agents.

C’est la raison pour laquelle nous avançons avec prudence sur ce terrain. Nous devons donc adopter une approche qui "moyennise" avec des outils utilisables par tous. Mais même si nous nous inspirons des expériences du privé, nous ne nous estimons pas moins avancés car nous ne faisons pas face aux mêmes enjeux et n’avons pas les mêmes contraintes. Cela dit, nous travaillons en partenariat avec l’ANDRH.

(1) Marianne Fontan est sous directrice des carrières à la DRH de la Ville de Paris après avoir occupé les fonctions de DGA de la Ville de Montreuil en charge des RH, de l’informatique, de l’organisation et de la modernisation.

(2) "La fin du bureau ?", colloque annuel de l'ADRHGCT, vendredi 5 octobre 2018, Groupe La Poste, 9 rue du Colonel Pierre Avia, 75015 PARIS, renseignements : Anne Grillon, 06 38 39 72 38, anne.grillon@me.com.

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