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"À Pôle emploi aujourd’hui, il n’y a pas un emploi de trop" (Jean-Manuel Gomes, CFDT)

"À Pôle emploi aujourd’hui, il n’y a pas un emploi de trop", explique à AEF info Jean-Manuel Gomes, délégué syndical central CFDT. "Nous avons déjà des difficultés à assurer nos missions. Le portefeuille de demandeurs d’emploi accompagné par un conseiller est bien trop élevé", précise-t-il. Il regrette le triplement des équipes chargées du contrôle : le contrôle "est normal" mais ne devrait pas être "une priorité". "Ce serait plus utile de doubler le nombre de conseillers entreprises plutôt que tripler les postes en contrôle de la recherche d’emploi."

Julien Faure pour Pôle Emploi.

AEF info : Des suppressions de postes sont envisagées à Pôle emploi. Comment réagissez-vous ?

Jean-Manuel Gomes : Le leitmotiv gouvernemental est de dire si le chômage diminue, il faut réduire les effectifs. Et qu’il faut faire beaucoup plus, avec moins de moyens. Pour nous, la question principale est celle des missions. Quelles sont les missions de Pôle emploi ? À Pôle emploi aujourd’hui, il n’y a pas un emploi de trop. Selon moi, il n’y a même pas assez de personnels. Nous avons déjà des difficultés à assurer nos missions. Le portefeuille de demandeurs d’emploi accompagné par un conseiller est bien trop élevé. Et nous devions aussi nous occuper de l’accompagnement des actifs. 

Si on regarde les chiffres qui ont été évoqués, une suppression de 4 000 postes revient à un poste de conseiller par agence, par an, pendant quatre ans. C’est très concret.

Les moyens ce sont aussi les outils informatiques, la taille des agences pour donner aux agents la possibilité de bien accompagner… Il faudrait ainsi investir dans le parc immobilier. Pôle emploi a réussi à obtenir 20 millions d’euros pour développer l’intelligence artificielle. C’est une source de fierté. Mais est-ce pour aider au mieux les conseillers, leur donner des outils ou au contraire pour se passer d’eux ? Les outils sont utiles et nécessaires mais ils ne doivent pas remplacer l’humain. Bob emploi devait faire diminuer le chômage et on voit bien que cela n’a pas fonctionné.

AEF info : La CFDT a voté contre le triplement des agents chargés du contrôle de la recherche d’emploi, lors du CCE (lire sur AEF info). Pourriez-vous détailler votre position à ce sujet ?

Jean-Manuel Gomes : On nous annonce des réductions d’effectifs dont on ne connaît pas l’ampleur. On nous demande aussi de renforcer certaines missions et de trouver 600 ETP pour le contrôle de la recherche d’emploi. Nous avons déjà du mal à remplir toutes nos missions, nous ne pouvons pas trouver d’effectifs supplémentaires.

Ainsi, si le chiffre de 4 000 postes en moins est confirmé, ce sont en réalité 4 600 postes en moins pour les autres missions. Or, nous savons très bien que ce n’est pas le contrôle qui fait retrouver un emploi. Le contrôle est normal mais il existe déjà, avec 200 ETP. Cela permet de poser la question de l’accompagnement, de redonner une dynamique. Mais est-ce que cela doit être une priorité ? Je ne crois pas. Ce serait plus utile de doubler le nombre de conseillers entreprises plutôt que tripler les postes en contrôle de la recherche d’emploi.

C’est en prenant contact avec les entreprises, en accompagnant les demandeurs d’emploi, en proposant des formations pour des métiers en tension qu’on permet aux chômeurs de retrouver du travail et non en leur demandant : "Où avez-vous postulé ? Qui avez-vous contacté ?"

AEF info : Comment décririez-vous le climat social au sein de Pôle emploi ?

Jean-Manuel Gomes : De mon point de vue, il y a une certaine lassitude. Lors de la dernière grève, en mai, la mobilisation n’a pas été satisfaisante. J’observe une fatigue, un certain renoncement. Il y a un rythme de changements, qui étaient nécessaires, mais qui commencent à user le personnel. Il y a toujours un projet de plus. Il faut faire attention car le moteur des agents, c’est l’envie de faire du concret, de l’humain. S’ils n’ont plus cela, c’est inquiétant.

Si les conseillers ne faisaient que suivre la procédure, nous n’irions pas bien loin. C’est l’engagement des conseillers qui fait que l’opérateur tient.

AEF info : L’accord majoritaire sur la classification des emplois a été signé fin 2017, notamment par la CFDT (lire sur AEF info). Comment se déroule la mise en œuvre de ce texte ?

Jean-Manuel Gomes : La classification implique un positionnement métier et une transposition indiciaire. Nous sommes actuellement dans une phase post-déploiement, dans une phase de recours. Personne ne perd financièrement mais il n’y a pas de grand gagnant non plus, ce n’était pas le but. Le but est d’avoir une classification adaptée aux métiers et d’ouvrir des perspectives pour ceux qui étaient plafonnés.

La CFDT a signé cet accord car il est nécessaire. L’enveloppe allouée, 30 millions d’euros, n’est pas négligeable dans la période. Mais nous savons qu’il peut y avoir des difficultés, par exemple pour distinguer des fonctions de comptable ou d’assistant comptable. Le recours semble plutôt être sur les métiers que sur les indices.

Nous ne savons pas encore combien il y aura de recours en raison de la procédure à suivre. Les agents ont reçu une notification, ils peuvent formuler un premier recours, qui donne lieu à un entretien. En cas de désaccord, il y a ensuite une commission paritaire locale. Les premiers entretiens ont eu lieu mais les premières commissions se dérouleront en septembre.

AEF info : Où en-est la concertation pour la classification des agents publics ?

Jean-Manuel Gomes : L’objectif de cette concertation est de parvenir à un alignement du personnel de droit public avec le personnel de droit privé. La séance du 16 juillet était consacrée à la relecture des textes. L’établissement a donné jusqu’au 10 septembre pour que les organisations syndicales donnent leur avis.

Si ce texte est soutenu par les organisations syndicales, la direction le déposera auprès des tutelles. Entre le texte déposé et le décret in fine, il peut y avoir des différences. C’est le gouvernement qui décidera.

Il est, de plus, possible que ce texte ne recueille pas d’avis unanime car il y a des désaccords. Nous avons un gros regret : la rigidité de la contrainte financière. Nous avons réussi à obtenir un geste pour les salaires les plus faibles (niveau I) mais pas pour les niveaux II et III. Pour la CFDT, nous allons interroger nos instances pour savoir si nous soutenons, ou non, ce texte. 

des agents gdd "en souffrance"

 

"Les agents GDD (gestion des droits, chargés de l’indemnisation et du paiement) sont aujourd’hui particulièrement en souffrance", explique Jean-Manuel Gomes.  Ils ressentent "un vrai ras-le-bol de ne pas pouvoir faire leur métier alors que c’est une part importante de ce qu’attendent les demandeurs d’emploi".

"La direction générale a dit qu’avec les gains de productivité une part des agents devait s’orienter vers le conseil. Mais, dans certains établissements, la charge de travail n’a pas été prise en compte avant d’opérer des transpositions. Les agents restants se trouvent donc face à des charges énormes", précise-t-il.

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Alexandra Turpin, journaliste