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"Avec la réforme, nous réfléchissons à investir le marché du B to C" (José Montes, président du groupe Cegos)

Lancement en 2017 d’une plateforme qui centralise l’ensemble des contenus et services associés dans une logique de parcours de formation, développement des classes virtuelles et déploiement d’une pédagogie axée sur l’expérience apprenante… À l’aube de la mise en œuvre d'une nouvelle réforme de la formation, le groupe Cegos poursuit la digitalisation de son offre (lire sur AEF info) et envisage de développer un système d’abonnements de type Netflix, qui donnerait accès à un large catalogue de cursus en ligne pour un montant de 500 euros. "Avec la réforme en cours, le marché évolue vers une logique B to C. Nous avons donc ouvert une réflexion pour explorer jusqu’à quel point ce marché du particulier va exister", déclare à AEF info José Montes, le président du groupe, qui estime par ailleurs qu’il y a un espace pour une formation cofinancée par l’entreprise et le salarié.

José Montes, président du groupe Cegos

AEF info : Vous avez publié les résultats du groupe pour l’année 2017, avec un recul de 2,5 % du chiffre d’affaires en France et une progression de 0,5 % pour l’ensemble de vos marchés. Comment interprétez-vous ces résultats ?

José Montes : Notre chiffre d’affaires est resté plutôt stable, mais il y a une forte progression de l’Ebitda, qui est passé de 12,9 millions d’euros à 16,4 millions d’euros. Cela résulte d’une augmentation de notre productivité (+20 %) avec toutefois des résultats très différents selon la proportion du digital dans l’activité ou la zone géographique notamment.

Pour les premiers mois de l’année 2018, nous avons de très bons résultats en France, avec une progression de 5 % des prises de commandes au premier semestre. La France est un marché très atomisé, avec des milliers d’opérateurs de très petite taille, et j’ai le sentiment qu’ils souffrent car il y a un phénomène de forte concentration. Nous récupérons de fait des parts de marché, notamment car la plupart des acteurs ne peuvent pas investir dans le digital, ce qui a pour conséquence de "nettoyer" le marché et de le rendre un peu plus lisible.

AEF info : La digitalisation induit donc un changement en profondeur du métier…

José Montes : Le marché se transforme et la formation devient une activité différente. Autrefois, un bon formateur avec une présentation powerpoint était à lui seul un organisme de formation. Aujourd’hui ce n’est plus une activité artisanale, mais un secteur qui suppose de pouvoir investir dans des solutions digitales. Il faut être en mesure de proposer le contenu adapté, avec un accès simple, ainsi que les services associés.

Concernant le digital en formation, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Il y a quelques années, l’apprentissage à distance est monté en puissance, générant une première évolution du métier. Nous sommes désormais dans une nouvelle étape, avec la création et l’installation d’une nouvelle expérience apprenante qui doit faciliter l’engagement de l’apprenant.

AEF info : Pouvez-vous développer votre propos ?

Jose Montes : Grâce à l’exploitation des données Big data et les plateformes notamment, il est désormais possible de personnaliser l’apprentissage et de l’inscrire dans la durée. Il y a 20 ans, ce sont les cours en ligne qui se sont développés, puis le "blended learning" avec des formations associant présentiel et distanciel : cela a conduit à passer d’une logique de stage à celle de parcours.

Concrètement, trois jours de formation "classiques" correspondaient à un parcours découpé en une journée de cours en présentiel et des modules en e-learning complémentaires.

AEF info : Quelle est la révolution actuelle ?

Jose Montes : Aujourd’hui, ce sont les parcours intégrant l’apprentissage en situation de travail qui émergent : le processus d’apprentissage s’étend sur une période plus longue de quatre à huit semaines, incluant beaucoup d’éléments digitaux comme des quiz, des classes virtuelles et une logique de "sprints" d’apprentissage qui se focalisent sur un geste ou une habitude de travail.

L’objectif est bien d’ancrer la transposition en situation professionnelle, avec des résultats visibles pour la personne elle-même et pour l’entreprise ou le milieu professionnel dans lequel elle évolue.

AEF info : Cette année, vous avez prévu d’étendre votre catalogue de classes virtuelles à 50 parcours. Pourquoi développer particulièrement ces cursus ?

José Montes : Nous avons la conviction que, pour favoriser l’engagement de l’apprenant, le processus d’apprentissage doit intégrer deux notions indispensables : des interactions humaines et des émotions. La classe virtuelle offre ces deux possibilités et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles cette solution explose partout dans le monde. D’autres outils comme les assistants virtuels deviennent aussi beaucoup plus accessibles.

Nous avons également lancé en 2017 notre plateforme "LearningHub@Cegos", par le biais de laquelle nos clients accèdent aux contenus et aux services associés à leur formation. C’est l’espace où le commanditaire et le stagiaire vont retrouver toutes les ressources dont ils ont besoin au cours de leur parcours.

AEF info : Quel regard portez-vous sur la réforme de la formation professionnelle ?

José Montes : Il y a deux volets dans la réforme : un volet entreprise, marché où nous sommes présents depuis toujours et un volet lié à la personne physique, l’individu, avec notamment le CPF de transition. Le marché des entreprises devient totalement libre, sans financement imposé : ce qui était auparavant une dépense devient un investissement.

Nous pensons que c’est une bonne chose pour nous, dans la mesure où nous travaillons depuis très longtemps à l’international dans un environnement purement concurrentiel. Nous avons observé que les marchés libres ne freinent ni l’accès à la formation ni son efficacité. Cela accentue en revanche la logique de retour sur investissement et le besoin d’évaluer la transformation des gestes ou pratiques professionnelles de ceux qui se forment.

AEF info : La question de l’évaluation est particulièrement complexe. Comment l’abordez-vous notamment avec vos offres digitales ?

José Montes : Notre plateforme apporte des réponses sur les questions d’évaluation. Nous estimons que ce ne sont pas les contenus seuls qui font la différence : avec l’accès à l’information sur internet, l’acquisition de connaissances "basiques" semble dépassée. Les contenus sont désormais une condition nécessaire mais pas suffisante.

Pour engager la personne dans un processus d’apprentissage en profondeur, la répétition des pratiques sur un temps long devient nécessaire. Il faut donc s’assurer de mettre en place des plans d’actions et de mesurer vraiment l’évolution des comportements et des pratiques au travail.

AEF info : Comment faire concrètement ?

José Montes : C’est ce que nous proposons quand nous parlons d’expérience apprenante. Il s’agit de se focaliser sur la transposition, le changement réel d’une pratique professionnelle, avec des résultats observables sur le lieu de travail. Cela passe par des quiz, des autoévaluations, des évaluations par les pairs une fois revenus à son poste de travail…

En somme, un ensemble de processus que nous pouvons mettre en œuvre grâce à notre nouvelle plateforme. À ce titre, le digital permet de déployer plusieurs techniques d’évaluations complémentaires, ce qui suppose d’investir de manière conséquente, comme nous l’avons fait depuis plusieurs années.

AEF info : Comment la réforme va-t-elle impacter votre stratégie ?

José Montes : La réforme suppose un accès direct à la formation pour toutes les personnes qui disposeront d’un crédit formation qui se comptabilisera en euros. Sur ce marché, il y a les demandeurs d’emploi et les salariés. Nous sommes positionnés sur les seconds, avec une approche à deux niveaux : nous nous adressons aux entreprises et aux salariés qui y travaillent.

Jusqu’à aujourd’hui, nous avons donc adopté une stratégie B to B, voire B to B to C. Avec la réforme en cours, le marché évolue vers une logique B to C. Nous avons donc ouvert une réflexion pour explorer jusqu’à quel point ce marché du particulier va exister, pour comprendre ce que pourrait être son cadre qui n’est pas encore bien défini et voir si ce marché serait accessible à un acteur du profil de Cegos. Autrement dit, nous nous laissons le temps de la réflexion.

AEF info : Quelles sont les questions que posent ces évolutions ?

Jose Montes : Dans les défis que nous impose la réforme, il faut en premier lieu affirmer notre proposition de valeur B to B basée sur le performance learning : c’est l’enjeu le plus important pour nous. Concernant le marché B to C, on peut notamment se demander si les gens vont épargner ou thésauriser ou non leurs crédits en euros.

Dans le dernier baromètre international que nous avons publié fin juin, nous avons interrogé les DRH sur leur vision et leur pratique de la co-construction de la formation avec les salariés. Les résultats montrent qu’il y a un espace pour une formation co-financée par l’entreprise et le salarié.

AEF info : Comment pourriez-vous adapter votre offre ?

Jose Montes : Plusieurs hypothèses se présentent. Par exemple, un système d’abonnements de type Netflix : pour un montant de 500 euros par an (le crédit CPF initial qui sera octroyé à chaque salarié), nous pourrions proposer l’accès à un catalogue de solutions de formation en ligne dont une bonne partie pourrait être certifiante.

Il existe d’autres options pour faire évoluer notre modèle, avec des scénarios très variés. Toutefois, nous ne souhaitons pas encore nous positionner, dans la mesure où le cadre de la réforme n’est pas encore totalement clair.

AEF info : Comment évolue votre offre de formation certifiante ?

Jose Montes : La certification est une tendance de fond qui s’observe partout dans le monde et sur laquelle nous avons beaucoup avancé depuis la réforme de 2015. Au 15 juillet, nous disposons de certifications éligibles au CPF dans 20 grands domaines de compétences, tels que la finance, les achats, les formations de formateur, le management de projet, les compétences transverses…

La montée en puissance de la certification à l’échelle du monde est vertueuse puisqu’elle constitue à la fois une garantie de qualité et un levier d’employabilité. Elle permet en effet de garantir que la formation a une valeur en tant que telle et atteste d’une capacité à exercer un métier, une fonction ou une compétence dans les règles de l’art.

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Cédric Morin, journaliste