Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Les entreprises françaises s'engagent en faveur de la biodiversité avec Act4nature

L’association EpE lancera officiellement le 10 juillet prochain la démarche Act4nature, qui entend encourager les entreprises à prendre des engagements pour intégrer la biodiversité dans leurs stratégies globales de développement. La biodiversité a "récemment pris corps", déclare Jean-Dominique Senard, président d’EpE et président du groupe Michelin lundi 11 juin 2018, mais le sujet est encore confus et diffus pour les entreprises, qui ont pourtant "parfaitement conscience que c’est utile à l’humanité. Et aussi à leur activité !"

Photo by Annie Spratt on Unsplash

Act4nature est une initiative lancée par EpE, des réseaux d’entreprises, des ONG, des partenaires scientifiques et les pouvoirs publics (lire le détail dans l’encadré ci-dessous). L’objectif ? Mobiliser les entreprises pour protéger, valoriser et restaurer la biodiversité tandis que le calendrier international en la matière s’étoffe, avec en ligne de mire 2020.

UN CALENDRIER INTERNATIONAL CHARGÉ

"À l’été 2020 se tiendra à Marseille le congrès mondial de l’UICN pour mobiliser la société civile en amont de la COP en Chine qui doit voir émerger un 'accord de Pékin' sur la biodiversité, équivalent de l’accord de Paris pour le climat", rappelle ce lundi Claire Tutenuit, déléguée générale d’EpE. Cette conférence internationale en Chine doit en effet instaurer une nouvelle dynamique dans la protection de la biodiversité après le constat d’échec à atteindre les objectifs d’Aïchi de 2010.

Act4nature verra officiellement le jour le 10 juillet prochain à la Fondation Good Planet. "Nous nous laissons le temps de voir si la démarche prend en France pour la lancer à l’international… ce qui explique le nom anglais de l’initiative", sourit Claire Tutenuit. "Nous amorçons un processus de long terme, continu", complète Jean-Dominique Senard, président de l’association et président du groupe Michelin. "Je suis surpris de voir à quel point le thème de la biodiversité a récemment pris corps. Il y a peu encore, nous percevions chez les entreprises un intérêt courtois, un accueil poli mais dubitatif", raconte le patron de Michelin.

ENGAGEMENTS COLLECTIFS ET INDIVIDUELS

"En insistant un peu, tout le monde s’est rendu compte de l’impact de son entreprise sur la biodiversité mais aussi des actions déjà engagées. Nous avons donc proposé de créer Act4nature pour montrer que les entreprises sont à la manœuvre. Elles ont parfaitement conscience que c’est utile à l’humanité. Et aussi à leur activité !"

En rejoignant Act4nature, les entreprises prennent des engagements volontaires tant collectifs qu’individuels, visant à intégrer la biodiversité dans leurs stratégies globales de développement. Ces engagements, en cours d’écriture, voire d’arbitrage, seront finalisés à la fin du mois et rendus publics le 10 juillet. Ils varieront d’une entreprise à l’autre. Ils pourront comporter des échéances, des tonnages de matières premières avec certification, ou encore les types de partenariats conclus. Cela sera "forcément large au début, très diversifié" au niveau des indicateurs et donc des engagements mais "ce n’est pas grave", relativise Jean-Dominique Senard. "Nous aboutirons peut-être à un moment à une norme ISO par secteur."

Claire Tutenuit souligne une autre difficulté : "Sur la question du climat, il existait un outil assez simple entrant bien dans la gestion des entreprises : la tonne d’équivalent CO2, 'd’ici telle date, – x %'. La biodiversité est en revanche très diffuse." Son appréhension au sein d’une entreprise dépend également des parties prenantes avec lesquelles l’entreprise doit dialoguer ou encore du rapport à la nature marqué par le cœur de métier de l’entreprise.

CRÉER UN EFFET D’ENTRAINEMENT

"Une fois que la détermination de l’entreprise est affichée, cela suscite un engouement inattendu", selon Jean-Dominique Senard, qui dit l’avoir expérimenté avec un partenariat WWF en Indonésie. L’entreprise s’est engagée à partir de 2015 dans un programme de reforestation de 90 000 hectares. En interne, le patron de Michelin atteste que cela a "fédéré le groupe autour d’une problématique, faisant revenir aux origines du métier" et à la question du caoutchouc naturel. Ce partenariat a par ailleurs créé un effet d’entraînement, des constructeurs nord-américains déclarant récemment qu’une partie significative de leur approvisionnement proviendrait désormais du caoutchouc naturel responsable.

Ces types d’engagements sont "de nature à mettre les entreprises face à leurs responsabilités", assure-t-il. C’est l’intérêt du caractère public de l’engagement : les parties prenantes externes peuvent demander des comptes. La sanction extrême pour le non-respect de ces engagements volontaires serait donc le "name and shame", dont Jean-Dominique Senard n’est pas partisan. "Il est courageux de la part des patrons de tirer l’entreprise dans la bonne direction, il ne faut pas trop leur taper sur la tête."

Il plaide en revanche — c’est l’une des recommandations du rapport coécrit avec Nicole Notat — pour la création d’un comité des parties prenantes, un "corpus qui participe à la vie de l’entreprise et en connaît les difficultés. C’est sympa de venir envahir une AG mais c’est mieux de juger une entreprise sur ce qu’elle fait, afin de la challenger de façon positive"(lire sur AEF info).

Les partenaires d’EpE pour le lancement d’Act4nature


  • des réseaux d’entreprises Afep, Medef, AFHPD, C3D, Finance for tomorrow, Global Compact France, Orée, Orse ;
  • les pouvoirs publics comme l’Agence française pour la biodiversité ;
  • des partenaires scientifiques (FRB, MNHN) ;
  • et des ONG spécialistes de la nature parmi lesquelles la Fondation Goodplanet, la Fondation pour la nature et l’homme, Humanité et Biodiversité, le Comité français de l’UICN, la LPO, Noé ou encore WWF France.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Ioana Doklean, journaliste