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Que retenir du 49e congrès de la CFDT ?

Le 49e congrès confédéral de la CFDT a réuni du 4 au 8 juin 2018 à Rennes, 1 750 militants issus des 1 050 syndicats qui constituent la confédération. À cette occasion, outre le renouvellement des instances confédérales, ils ont largement validé le bilan du précédent mandat et soutenu la ligne politique de la confédération prévue jusqu’en 2022. Ceci étant, ce congrès a montré aussi une forme de fatigue de la part des militants confrontés, ces dernières années, à de nombreuses réformes d’ampleur. Une usure qui pourrait peser sur les forts enjeux affichés en matière de développement de l’organisation et de représentativité…

Bureau national de la CFDT élu lors du 49e congrès confédéral de Rennes, jeudi 7 juin 2018 Info-Com CFDT

"Nous sortons de ce congrès plus forts de notre cohérence, d’orientations nouvelles en prise avec les attentes des travailleurs, d’une organisation interne qui prendra à bras-le-corps les enjeux du développement, de l’accompagnement, de son leadership dans le syndicalisme français." C’est ainsi que Laurent Berger, secrétaire général, a conclu le 49e congrès de la CFDT qui s’est tenu à Rennes, du 4 au 8 juin 2018. Si l’organisation apparaît unie et mobilisée à l’issue de ces cinq jours, elle n’en reste pas moins fragile et inquiète.

une forme d’usure de la base

Les troupes de la CFDT sont-elles atteintes d’une forme d’épuisement, voire d’impuissance ? À l’occasion des interventions sur le bilan de l’équipe sortante, lundi 4 et mardi 5, pas mal de prises de parole ont pu le faire penser. Usés par les très nombreuses réformes mises en place depuis 2014 -loi Rebsamen de 2015, loi El Khomri de 2016 puis ordonnances Pénicaud de 2017-2018-, les délégués ont largement fait part d’une forme de fatigue, et ceci d’autant que lors du 48e congrès à Marseille, nombreux étaient ceux qui demandaient déjà un ralentissement des réformes pour leur laisser le temps de les digérer et de les mettre en œuvre.

Et si ces multiples évolutions ne découlent pas du dialogue social national interprofessionnel, la base peut reprocher à la direction confédérale soit de ne les avoir pas suffisamment maîtrisées, voire combattues pour les ordonnances tout particulièrement. Et d’avoir, d’après certains, un peu péché par manque d’empathie et de soutien en direction des équipes de terrain et ce notamment sur la mise en œuvre actuelle des CSE

des inquiétudes…

Entre le congrès de Marseille et celui de Rennes, c’est-à-dire entre juin 2014 et juin 2018, on a assisté à l’essoufflement du dialogue social interprofessionnel qui a peu produit en dehors des rendez-vous imposés par le paritarisme de gestion. Et au-delà, la CFDT, à l’instar des autres partenaires sociaux, a perdu de l’influence sur les pouvoirs publics, alors même que l’organisation a pris la première place dans le secteur privé. "Nous sommes bien conscients des limites de notre action, de ses insuffisances. De nombreux droits acquis, comme le CPA, doivent encore devenir effectifs ; la complémentaire santé n’est toujours pas obligatoire pour les retraités et les fonctionnaires ; le compte pénibilité n’est pas à la hauteur de ce que nous aurions voulu et le compte formation a été fragilisé, malgré la ténacité de la CFDT", a ainsi déclaré Laurent Berger lors de l’ouverture du congrès.

Et si la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron, qui régulièrement renvoie les partenaires sociaux au seul terrain, n’a pas provoqué de déflagration comme ce fut le cas fin avril lors du congrès de Force ouvrière, elle est venue perturber les congressistes, tout comme elle percute l’action de la confédération. Régulièrement, les intervenants devant le congrès ont reproché une attitude trop conciliante de la confédération vis-à-vis du pouvoir en place ; mais, comme dans tout congrès confédéral, ceux qui montent à la tribune sont bien souvent les plus vindicatifs, et pas forcément les plus nombreux…

… mais un fort soutien à la confédération

En effet, contrairement aux craintes affichées par la direction confédérale, l’adoption du rapport d’activité a été large, avec 83,36 % des suffrages, montrant que la part des syndicats oppositionnels au sein de la CFDT reste stable depuis des années. Et l’ensemble des votes ne fera que le confirmer avec l’adoption de la résolution générale à 87,89 % des suffrages et l’élection avec 94,42 % des voix de Laurent Berger qui s’est imposé en "patron" de la centrale lors de sa réponse sur le rapport d’activité, mercredi 6 juin. Une réponse qui aura constitué une bascule dans ce 49e congrès, le secrétaire général répondant point par point aux critiques et refusant de céder à tout abattement. Son discours aura certainement permis de grappiller quelques points en faveur de la validation du bilan 2014-2018.

"Il n’y a pas d’inflexion de la ligne de la CFDT", résume le secrétaire général, ajoutant que l’organisation doit désormais réfléchir à des modalités de mobilisation différentes des traditionnelles manifestations, peu efficientes actuellement.

moins macronistes et pas plus hamonistes qu’en 2017

Outre l’examen d’un bilan, un congrès confédéral est fait pour fixer le programme de travail du mandat qui s’ouvre. Au total, quinze débats ont été organisés sur la résolution générale. La CFDT est certes déçue de la première année d’Emmanuel Macron à l’Élysée, mais cela ne l’amène pas à revoir sa position sur deux des propositions phares du candidat socialiste, Benoît Hamon, à savoir la "taxe robot" et le "revenu universel". "Une approche de la robotisation sous le seul angle du coût du travail pénaliserait les secteurs à forte valeur ajoutée" et la robotisation peut amoindrir la pénibilité et une possible aliénation liée au travail, tranche la secrétaire confédérale Marylise Léon, à propos d’un amendement visant à appeler à la création d’une "taxe robot" ; amendement rejeté par 53,81 % des mandats.

De même, l’amendement évoquant le revenu universel a été repoussé par 67,53 % des suffrages. "Comme le disait le député des Yvelines pendant la présidentielle, ce serait la protection sociale du XXIe siècle, voire une politique de protection sociale, tout simplement, argumente la secrétaire confédérale Jocelyne Cabanal. Or, n’est-ce pas se tromper de combat de ne pas lutter pour un emploi de qualité et un revenu décent ? La CFDT ne doit pas renoncer à ce que chacun puisse prétendre à un emploi de qualité !" "La solution ne peut pas être un revenu universel si l’on veut placer le travail au cœur de notre projet de société", abonde Marylise Léon.

du sociétal et les retraites

Ouvrir la possibilité de mettre en œuvre des "statistiques ethniques" (validation avec 67,43 % des suffrages), renforcer la construction européenne autour de la zone euro (validation avec 86,57 %) ou encore affirmer le droit à mourir dans la dignité (validation avec 93,79 %), l’éventail des thèmes de débats a été large.

Et en pleine ouverture des concertations sur la prochaine réforme des retraites, la CFDT n’a pas fait l’économie d’un débat sur le sujet pour affiner ses positions, actée sous le vocable de "réforme systémique" lors du congrès de Tours en 2010. Et d’appeler désormais à une harmonisation des multiples régimes par "un système de comptes notionnels ou à points". Un amendement visant à retirer cette précision a été rejeté par 63,73 % des suffrages.

de forts enjeux internes

Outre ces sujets sociaux et sociétaux, les congressistes ont largement débattu des enjeux internes à la CFDT. Syndicaliser les "travailleurs free-lances" (91,98 % pour), mettre en œuvre des stratégies spécifiques en direction des cadres (62,22 %) ou encore assurer un accompagnement des militants par toutes les structures de l’organisation (78,24 %) ont ainsi été à l’ordre du jour.

Ce dernier point a des appréhensions chez certains congressistes, voyant là une forme d' "exclusion de la structure politique de base de la CFDT", à savoir le syndicat théoriquement au plus près des sections d’entreprise. "Le syndicat reste le vaisseau amiral, mais il ne fait pas la course en solitaire", rassure le secrétaire confédéral Yvan Ricordeau, impliquant ainsi le cas échéant, les fédérations, les unions régionales et la confédération dans cette mission d’accompagnement.

+10 % d’adhérents d'ici 2022

Mais l’enjeu interne principal est de loin celui du développement de la CFDT. Alors que l’opération sur la transparence du nombre d’adhérents n’a provoqué aucun remous durant ce congrès, a été posée la question du niveau d’un objectif chiffré de syndicalisation. Dans son projet de résolution, la confédération proposait +20 % sur le mandat courant jusqu’à 2022 ; après débat, les congressistes ont revu à la baisse cet objectif en le fixant à +10 % (62,82 % pour). Cet objectif convient bien à la direction confédérale, qui en organisant ce débat et en amenant les congressistes à se prononcer, responsabilise l’ensemble des structures de la CFDT.

Et sans oublier la question de la représentativité syndicale qui a fait l’objet de réguliers accès de fierté avec la première place obtenue dans le privé en mars 2017. L’objectif affiché est de combler les 20 000 suffrages de retard de la CFDT par rapport à la CGT, lors des élections professionnelles de décembre prochain dans la fonction publique, pour atteindre la première place tous secteurs confondus. Et parallèlement se mobiliser sur un cycle resserré d’élections professionnelles dans les entreprises avec la mise en place des CSE avant fin 2019. Reste à savoir si la remobilisation des troupes durant le congrès tiendra et aura raison des inquiétudes et de la forme d’abattement visibles en début de congrès…

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Jérôme Lepeytre, journaliste