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La "soi-disant performance de l’apprentissage" repose sur "l’éviction" des jeunes les moins favorisés (Cereq)

À niveau de formation équivalente, les apprentis sont moins souvent issus de l’immigration post-coloniale et ils appartiennent à des milieux plus privilégiés que les élèves des lycées professionnels, souligne une étude sur le thème "apprentissage et discriminations", menée conjointement par le Cereq et des laboratoires de recherche (1) entre 2014 et 2017. Ainsi, 30 % des lycéens interrogés ont dû opter pour la voie professionnelle faute d’être recrutés en alternance par des entreprises, quand 30 % des apprentis ont trouvé une place dès la première société contactée, grâce aux réseaux familiaux."En reléguant aux formations professionnelles scolarisées les populations les plus fragilisées face à l’emploi, l’apprentissage permet une insertion professionnelle qui est mécaniquement et sans grand effort supérieure à celle des jeunes issus des lycées professionnels", selon l’étude.

Tandis que Emmanuel Macron annonçait le 22 mai 2018 les mesures qu’il souhaite prendre pour les banlieues, l’édition d’avril-mai 2018 de Brèves du Cereq publie un rapport d’analyse sur les discriminations liées à l’apprentissage, coédité avec l’Injep. Mené de 2014 à 2017, le projet "mesure et analyse des discriminations d’accès à l’apprentissage" met en exergue le rôle des discriminations dans l’apprentissage, en menant notamment une comparaison avec les filières équivalentes des lycées professionnels.

"Si les apprentis sont mécaniquement plus masculins du fait du petit nombre de filières d’apprentissage accessibles aux jeunes femmes au niveau secondaire (hormis la coiffure esthétique et accessoirement la vente), ils sont aussi d’une origine sociale un peu moins 'populaire' que les lycéens, et aussi moins souvent héritiers de l’immigration postcoloniale", souligne le rapport.

près d’un tiers des lycéens ont fait un choix par défaut

30 % des lycéens interrogés souhaitaient entrer en apprentissage, contre 6 % des apprentis qui avaient privilégié initialement une entrée en lycée professionnel. "Si les élèves qui privilégiaient le lycée professionnel affirment qu’il est difficile d’apprendre en travaillant, les candidat.es à l’apprentissage expriment clairement qu’ils avaient envie de travailler et de quitter l’école", relève le rapport qui précise que la valorisation du travail comme le refus de l’école est partagé, mais sous des formes différentes.

Un "scandale" selon Muriel Pénicaud

"Le fait que les jeunes qui habitent dans les quartiers politiques de la ville aillent moins en apprentissage est un scandale", affirmait Muriel Pénicaud, ministre du Travail, fin avril, lors d'une interview sur France Inter. "Ces jeunes vont  moins longtemps à l’école et sont déjà pénalisés par rapport à l’emploi. C’est un sujet sur lequel on va s’investir à fond avec les régions, les CFA, les partenaires sociaux."

Dans leurs motivations, les apprentis valorisent la vocation, un "métier étayé et matérialisé par l’histoire familiale, les lycéen.nes-candidat.es à l’apprentissage-valorisent le travail". Un écart dans les résultats qui révèle pour ces derniers "la volonté de rompre avec des situations familiales marquées par le chômage et la précarité des emplois." Pour eux, il s’agit de "pénétrer un univers inconnu", a contrario des apprentis qui bénéficient de l’expérience et des réseaux familiaux.

entre 20 à 50 refus

Ainsi, un tiers des apprentis ont trouvé une place dès la première entreprise contactée grâce aux réseaux familiaux, quand 30 % des apprentis et lycéens ont cherché plus de trois mois, et qu’un candidat sur quatre a contacté entre 20 et 50 entreprises. Les refus successifs, souvent non motivés, sont producteurs de remise en cause, selon l’étude.

La perte de confiance, corrélée à l’absence de véhicule, à la méconnaissance "de codes et conventions variant selon les métiers", expliquent que 56 % des lycéens ont renoncé rapidement à l’apprentissage. Parmi eux, 73 % "ne savaient pas comment s’y prendre" et 56 % se déclaraient timides.

"L’analyse quantitative permet de relever que ces candidat.es sont un peu plus jeunes, sont issus de milieux plus populaires et sont moins souvent français d’origine. Des résultats qui tendent à montrer que ces candidat.es s’auto-excluent autant qu’ils sont exclus du dispositif d’apprentissage", indique l’analyse.

Logiquement, l’étude conclut que l’apprentissage est "non seulement sélectif, mais profondément inégalitaire. Parce qu’il ne peut y avoir apprentissage que si une entreprise décide de recruter un apprenti et de lui verser un salaire, le moment clé du dispositif est celui de l’accès à l’entreprise qui conditionne l’accès à la formation", analyse Prisca Kergoat, la chercheuse qui a dirigé l’étude. "La soi-disant performance de l’apprentissage en matière d’insertion professionnelle tient pour beaucoup à l’éviction des jeunes non qualifiés et issus des milieux les plus précarisés, ainsi que des filles et des jeunes issus de l’immigration maghrébine, turque ou subsaharienne".

(1) Rapport réalisé avec le Certop, le Clerse et LPS-DT

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Cédric Morin, journaliste