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Le CGDD se penche sur le décalage entre la volonté d’agir des Français et la mise en œuvre de pratiques écologiques

Le commissariat général au développement durable a publié, lundi 30 avril 2018, une analyse sur les modes de vie et les pratiques environnementales des Français, dans laquelle il tente de comprendre les freins et leviers à l’action individuelle. La direction du ministère de la Transition écologique fait notamment le constat que la diffusion des pratiques environnementales connaît un ralentissement depuis 2010. Et tente de comprendre pourquoi les jeunes, davantage sensibilisés que les classes d’âge élevées aux questions environnementales, sont paradoxalement moins enclins à adopter des pratiques écoresponsables.

"La diffusion des pratiques environnementales semble connaître un ralentissement, comparativement aux efforts enregistrés durant la décennie précédente. À partir de 2010, la tendance est plutôt à une stabilisation ou une régression des écogestes au sein de la population", établissent Solange Martin (Ademe) et Éric Pautard (CGDD) dans la première partie du rapport Théma rendu public le 30 avril, portant sur les modes de vie et les pratiques environnementales des Français.

Les deux experts reprennent ainsi les chiffres de plusieurs enquêtes. Dans l’une d’entre elles, à la question "Qui devrait agir en priorité pour la protection de l’environnement ?", les Français situent en dernier les ménages (derrière les pouvoirs publics et les entreprises), et ce systématiquement depuis 2012. Lors de la dernière édition de l’enquête, un peu moins d’un Français sur cinq considérait que c’était aux ménages d’agir en priorité pour protéger l’environnement, contre un Français sur quatre en 2012, précisent les deux auteurs.

Les Français regardent moins leur facture d’électricité

Ils remarquent également que les Français semblent moins préoccupés par leur facture d’électricité en 2016 (74 % des Français regardent leur facture à chaque fois qu’ils la reçoivent) qu’en 2011 (83 %). "Un tel résultat peut sembler surprenant dans un contexte économique morose. Du point de vue environnemental, cette observation se révèle par ailleurs inquiétante en ce qu’elle laisse supposer une moindre attention des citoyens à l’égard de leurs consommations électriques", commentent Solange Martin et Éric Pautard.

Ils notent également que les Français éteignent de moins en moins complètement leurs appareils en veille (pour les téléviseurs, le taux a chuté de 66 % en 2005 à 44 % en 2016) et qu’ils achètent de moins en moins de produits écolabellisés (31 % en 2015 contre 37 % en 2005).

En cause : La crise, mais aussi l’absence de dynamiques collectives

"Les effets de la crise expliquent certainement ces évolutions mais pas seulement", analysent les deux sociologues. Ils donnent comme autre explication de ce "désengagement" "l’absence ou l’insuffisance de dynamiques collectives partagées par l’ensemble de la société (entreprises, pouvoirs publics, associations et particuliers) au niveau national mais aussi international". Les individus "ne veulent pas porter seuls le poids des solutions à mettre en œuvre", selon les deux auteurs. "Par ailleurs, la mode, la nouveauté, l’innovation technique restent des aspirations largement partagées, ce qui constitue vraisemblablement un frein à l’évolution des modes de vie."

Dans la postface de la publication du CGDD, le politologue Daniel Boy retient notamment des enquêtes menées sur plusieurs décennies qu' "en règle générale, les femmes se montrent plus écoresponsables que les hommes". "Sans doute", reprenant une étude (1), "parce que 'la division sexuée du travail domestique octroie aux femmes, au vu de l’importance des activités domestiques dans les pratiques à l’origine d’émissions carbone (notamment les 'gestes' environnementaux), une place privilégiée en termes de perception des enjeux écologiques et de possibilités d’action au quotidien'".

les jeunes font moins d’écogestes que les personnes âgées

L’universitaire aborde également le "chiasme" observé dans de nombreuses études : "Les classes d’âge les plus jeunes sont en règle générale plus attentives au problème de la dégradation de l’environnement, mais en même temps moins enclines à adopter des pratiques écoresponsables (à l’exception des nouvelles pratiques de mobilité). Les classes d’âge élevées sont dans une position strictement inverse : elles se montrent plus sceptiques quant au risque environnemental, mais plus portées à suivre des conduites économes en énergie." Et de tenter une explication : "Malgré une sensibilité certaine à la question du risque environnemental, les jeunes se perçoivent moins personnellement en charge de la gestion domestique et des problèmes d’environnement. Les plus âgés ont, à l’inverse, une attitude plus sceptique quant au problème du réchauffement climatique, mais une habitude de gestion domestique gouvernée par le souci de ne pas gaspiller."

En termes de conclusions à tirer pour rendre l’action publique plus efficace, Daniel Boy estime "probablement plus rationnel de chercher à modifier la faible implication des jeunes puisque, par nature, ce phénomène tend à se répéter pour chaque nouvelle classe de jeunes plutôt  que  de combattre le scepticisme des plus âgés, qui s’atténuera avec le temps". "Mais ces études nous apprennent aussi qu’avec la disparition progressive des générations les plus anciennes, la tendance à l’économie d’énergie dont ils étaient porteurs va tendre à s’amenuiser dans la société."

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Claire Avignon, journaliste