Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Les maires de banlieue pressent le gouvernement de mettre en œuvre le rapport Borloo

Lors des États généraux de la ville organisés à Paris jeudi 26 avril 2018, les élus des territoires comportant des QPV se sont montrés satisfaits des propositions faites par Jean-Louis Borloo dans son rapport sur la politique de la ville, remis le matin même à Édouard Philippe. Devant les ministres en charge de la Cohésion des territoires, ils n’ont pas caché leur impatience à voir ces mesures mises en pratique. À l'instar par ailleurs de l'USH, de la FFB et d'Action Logement qui saluent l'ambition portée par le rapport. Mais le gouvernement semble déjà prendre ses distances avec Jean-Louis Borloo, à l’instar de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qui a estimé, sur LCP, que "c’est au gouvernement de faire ses choix et de voir ce qui, dans ce rapport, pourra être mis en œuvre". Jacques Mézard a indiqué qu'Emmanuel Macron se prononcera sur le sujet le 22 mai.

C’est devant un public largement convaincu par ses propositions que Jean-Louis Borloo est intervenu, jeudi 26 avril 2018, au gymnase Jean-Jaurès dans le XIXe arrondissement de Paris, pour les 5e États généraux de la ville organisés par le collectif Territoires gagnants. Ce rapport, "nous l’avons élaboré ensemble et Jean-Louis Borloo le porte au nom des 5 000 personnes" qui ont participé à son élaboration, explique Marc Vuillemot, maire PS de La-Seyne-sur-Mer (Var) et président de l’association Ville et banlieue.

Le constat d’urgence dressé par les élus lors de l’Appel de Grigny en octobre dernier (lire sur AEF info) se retrouve dans le document présenté par l’ancien ministre de la Ville. Un point de satisfaction pour les élus présents au gymnase Jaurès, qui pressent désormais le gouvernement de le mettre en œuvre. "C’est un rapport transpartisan qui livre des solutions clés en main et établit des compromis sans compromission", estime Philippe Rio, maire PC de Grigny (Essonne). À la tribune, il a appelé les maires à "assurer le service après-vente du rapport pour en garantir son application sur le terrain" quand Gilles Leproust, maire PC d’Allonnes (Sarthe), réclamait déjà au ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, et à son secrétaire d'État, Julien Denormandie, tous deux présents, un collectif budgétaire pour que les propositions de Jean-Louis Borloo "entrent très rapidement dans la vie des habitants des quartiers prioritaires".

"Une espèce d’enkystement" au sein de l’Anru

Action Logement salue "la nouvelle ambition" portée par le rapport

Principal financeur de l’Anru, Action Logement partage "le constat sévère" formulé par Jean-Louis Borloo. Relevant aussi "un problème d’organisation et de gouvernance" de l’Agence, le mouvement appelle à en "redéfinir la nature, le rôle et les moyens". Sans jamais évoquer la fondation proposée dans le rapport, il plaide pour "un outil plus réactif et des procédures simplifiées", assortis d’une "gouvernance pilotée par les financeurs en partenariat avec les collectivités locales et les bailleurs sociaux". Le mouvement prévient néanmoins que pour assurer plus largement sa participation aux politiques publiques (plan villes moyennes, bonification des PHBB…) "ses ressources doivent être sécurisées et gérées par les seuls partenaires sociaux".

À noter qu’un accord est en passe d’être conclu avec Bercy pour compenser la perte de revenus qu’occasionnera le relèvement des seuils sociaux dans la future loi Pacte (lire sur AEF).

Prudent, le ministre a affirmé à AEF "ne pas avoir d’a priori" sur les suites à donner à ce rapport. Concernant le chapitre consacré à la rénovation urbaine, il a jugé Jean-Louis Borloo "légitime à poser la question du fonctionnement de l’Anru, puisqu’il l’a créé" mais souhaite se laisser le temps de la réflexion sur les réformes à adopter. "L’Anru est trop compliquée, a-t-il poursuivi. Il faut accélérer sur les dossiers, il faut qu’on arrive à simplifier son fonctionnement." Un constat en partie partagé par le président de l’agence, Olivier Klein, qui reconnaît, dans une interview publiée par Libération le 26 avril, "une espèce d’enkystement, des strates administratives lourdes et un péché originel : on a lancé l’Anru 2 sans avoir fini de payer la 1". D’où selon lui, le retard au démarrage affiché par le NPNRU et reproché par bon nombre d’élus locaux.

"Il faut que l’État remplisse vite les caisses de l’Anru", ajoute Marc Vuillemot pour qui "la rénovation urbaine doit déboucher rapidement sur du concret car il y a urgence" alors que la préfiguration du NPNRU "traîne depuis trois ou quatre ans". Quant à la proposition de Jean-Louis Borloo de transformer l’Anru en une fondation nationale dotée de fonds et d’actifs apportés par Action logement (lire sur AEF info), il laisse la question à d’autres : "peu importe la structure, l’important, c’est que la rénovation démarre", lance-t-il. Même réponse du côté de Stéphane Peu, député PC de Seine-Saint-Denis et vice-président de la Fédération des OPH : "la question importante, c’est comment Emmanuel Macron répondra à la volonté de Jean-Louis Borloo de mieux répartir les richesses", affirme-t-il.

"aucun doute sur le fait que les 19 programmes vont se faire"

Particulièrement sensible à la question des copropriétés dégradées, le maire de Grigny, Philippe Rio, dit avoir beaucoup échangé avec Jean-Louis Borloo sur ce sujet et approuve l’extension des Orcod-IN à douze quartiers (1), comme le prône l’ancien ministre. Mais pour lui, le dispositif doit d’abord être amélioré, au-delà de ce que propose l’ancien maire de Valenciennes dans son rapport : "il manque aujourd’hui un outil de gestion des copropriétés, une sorte de syndic public de redressement" qui remplacerait les syndics aujourd’hui "défaillants", estime Philippe Rio. Ce dernier réclame également, comme le 'rapport Borloo', un élargissement de la TSE pour financer ces opérations et espère "faire adopter ces améliorations lors du vote du projet de loi Elan".

Intervenant en toute fin d’après-midi, Jean-Louis Borloo a dit n’avoir "aucun doute sur le fait que les 19 programmes qu['il] propose vont se faire". "On ne lâchera rien", s’est exclamé, en réponse, Julien Denormandie qui a insisté sur "la volonté politique qui est la [sienne] de remettre les QPV au cœur de la République", dans la lignée du discours d’Emmanuel Macron à Roubaix (lire sur AEF info). Jacques Mézard a, lui, souligné "l’importance de ce rapport dans la prise de conscience des enjeux de diversité des territoires" mais il a prévenu : "je ne dis pas que je donnerai satisfaction à tout le monde". "On va essayer de faire le meilleur usage" de ce rapport, a-t-il promis après avoir été longuement remercié par Jean-Louis Borloo à la tribune. "Sans Jacques Mézard, rien n’aurait pu se faire", a estimé l’ancien ministre.

Manque d’incarnation de la politique de la ville dans la majorité

Mais déjà, le soir même, Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement, semblait prendre ses distances avec les conclusions de la mission de Jean-Louis Borloo. "Cela reste un rapport et c’est au gouvernement de faire ses choix et de voir ce qui, dans ce rapport, pourra être mis en œuvre", a-t-il déclaré dans l’émission Questions d’info sur LCP, qualifiant le document de "base de travail intéressante". Parmi les sujets qui paraissent problème : le pilotage de la mise en œuvre de ce plan par "un chef d’état-major", un "général Patton", comme le présente l’ancien maire de Valenciennes, soit un ministre dédié au sujet au gouvernement. "Ce n’est pas à Jean-Louis Borloo de décider le périmètre d’un gouvernement mais au président de la République", répond Benjamin Griveaux. Selon Jacques Mézard, Emmanuel Macron rendra ses arbitrages sur ce sujet le 22 mai.

Conscients du manque d’incarnation de la politique de la ville au sein de la majorité, et pour ne pas laisser trop de place à Jean-Louis Borloo selon l’un d’eux, 68 députés LREM (2) ont également signé une tribune publiée le 26 avril sur le site de Marianne, où ils "posent les conditions de la réussite de ce prochain plan". "Exigeants et mobilisés, nous serons attentifs à ce que le plan de mobilisation nationale en faveur des quartiers prioritaires de la politique de la ville, soit suffisamment ambitieux et réponde à des objectifs de pragmatisme, de subsidiarité et d’efficacité", écrivent-ils en "demand[ant] instamment que les habitants soient associés localement aux décisions qui les concernent".

USH et FFB appellent également à voir l’Anru redémarrer


"Les grues doivent revenir dans les quartiers dès la fin de l’année, véritable main tendue et symbole de nouvelles métamorphoses", relève la FFB reprenant à son compte le rapport remis jeudi matin par l’ancien ministre de la Ville. "Ce constat établi ne doit pas rester mettre morte, les professionnels du bâtiment, qui avaient répondu présents au PNRU, sont prêts et continueront à être mobilisés", souligne ainsi, Jacques Chanut le président de la fédération.

Financeur majeur du premier programme de renouvellement urbain, "le mouvement HLM [salue] l’approche globale qui est celle du rapport, qui ne se limite pas à la seule question du bâti mais traite également des problèmes sociaux, économiques, administratifs qui se posent aujourd’hui, et dont les habitants de ces quartiers sont les premières victimes." Son président Jean-Louis Dumont appelle maintenant le président de la République "à entendre la préoccupation des acteurs de terrain [que sont notamment les bailleurs et] prendre en compte [leur] volonté d’agir pour contribuer, à [leur] place, à l’enjeu national que constitue le devenir des quartiers dans la France de demain. Il est maintenant urgent d’engager totalement le nouveau programme de renouvellement urbain, conclut-il.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Anaëlle Penche, journaliste