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Paris-I : les étudiants mobilisés dénoncent une évacuation violente à Tolbiac. Les cours devraient reprendre en septembre

"L’occupation était loin d’être pacifique", estime Georges Haddad, président de Paris-I, jugeant que l’intervention policière à Tolbiac vendredi 20 avril 2018 a été justifiée par "une succession d’événements parfois graves". Si l’université et la préfecture affirment que l’évacuation n’a pas fait de victimes, les ex-occupants parlent quant à eux d’une évacuation violente et d’un blessé "dans un état grave". La préfecture évoque des "rumeurs", assurant qu’après enquête, "aucun blessé grave en lien avec l’opération n’a été hospitalisé". La réouverture des services administratifs du centre interviendra "courant mai" et l’accueil des étudiants probablement en septembre, selon Florian Michel, directeur du site. Par ailleurs, à Strasbourg, la police a évacué "dans le calme" un amphi, hier soir. Les cours ont repris à Sciences Po Paris et Lille. Sciences Po Rennes reste bloqué.

Georges Haddad explique avoir été "contraint par une succession d’évènements parfois graves" à demander l’intervention des forces de l’ordre (lire sur AEF info). Lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi matin, il insiste sur le fait que tous les appels au dialogue qu’il a lancés aux occupants "sont restés lettre morte". "Ce matin encore, plus d’une dizaine de cocktails molotov" ont été retrouvés à Tolbiac. "Il est clair que l’occupation était loin d’être pacifique", dénonce-t-il. Il précise que l’établissement a décidé "de fermer ses 26 centres" mais n’a pas été en mesure de répondre à propos d’une possible évacuation du centre Saint-Charles, actuellement occupé.

Les examens auront lieu

Il indique également avoir déposé plainte pour les dégradations à Tolbiac : "Des experts sont déjà mandatés pour réaliser un chiffrage précis des travaux nécessaires à la remise en état du centre." Il rappelle l’engagement de la ministre à aider Paris-I à rétablir l’état des locaux : "Je n’ai aucun doute sur la fiabilité de son engagement", assure-t-il.

F. Vidal prête à revoir ce qui ne relève pas de la loi

Interrogée par ailleurs sur Parcoursup, la ministre indique être "prête à revoir la plateforme, son fonctionnement, car cela n’est pas dans la loi", mais rappelle que "la loi est votée et qu’on doit respecter les lois en France".

"Nous allons chiffrer les dégâts et nous ferons en sorte que la tour soit opérationnelle le plus tôt possible parce qu’il est important que cet endroit, qui a été confisqué au débat, aux occupants normaux, puisse retrouver sa vocation première : être un lieu d’enseignement", assure pour sa part Frédérique Vidal, vendredi après-midi, après avoir reçu Georges Haddad et les équipes du site de Tolbiac.

"La réouverture du centre pour les services administratifs aura lieu dans le courant du mois de mai. En revanche, pour les étudiants et notamment pour l’accueil dans les amphithéâtres, il va probablement falloir attendre la rentrée de septembre", explique Florian Michel, le directeur du site de Tolbiac, à l’issue de cette rencontre.

Concernant les examens, ils "auront lieu" mais "pas au centre Pierre Mendès-France", assure-t-il. "Ils s’étaleront sur trois semaines au lieu de deux pour que tout se passe dans de bonnes conditions, et ce, à partir du 2 mai", détaille-t-il. Les examens devraient "se dérouler dans d’autres centres universitaires de Paris ou du grand Paris". Pour Florian Michel, "ce n’est pas un problème, nous sommes habitués à organiser les examens à Arcueil ou à Lognes". Il assure que les étudiants ont commencé à être informés et le seront davantage dans les jours à venir.

"Trois blessés" selon d’anciens occupants de Tolbiac

Alors que l’université, la préfecture de police et Frédérique Vidal affirment que l’évacuation n’a pas fait de blessés, d’anciens occupants de Tolbiac évoquent quant à eux le chiffre de "trois personnes conduites à l’hôpital, dont une dans un état grave et des blessés légers, certaines personnes ayant eu le bras ou des doigts cassés, une épaule ou une cheville abîmées", comme en témoigne Jaspal de Oliveira Gill, présidente de l’Unef Paris-I. "Des personnes ont aussi dû laisser leurs affaires, leurs cours, leurs ordinateurs", ajoute-t-elle.

Juliette, étudiante en L2 à Paris-I et ancienne occupante du site Pierre Mendès-France, raconte que "l’évacuation s’est mal passée" et se dit "outrée que l’université ait parlé de soulagement dans un communiqué envoyé ce matin". "On s’est pris des coups de matraque, des coups de pied et quand on a refusé de partir un par un, ils nous ont jetés par terre. Il n’y a pas eu de sommation ou de dialogue, on a reçu du gaz", indique-t-elle. Elle explique aussi que lors de l’intervention des CRS, "un des occupants a essayé de fuir en escaladant une grille derrière Tolbiac et a été déséquilibré par un CRS, chutant alors sur la tête. Il ne bougeait plus".

"Aucun blessé grave" assure la préfecture

"Selon des sources concordantes, un occupant de Tolbiac poursuivi par la police aurait fait une chute et ses blessures seraient très graves", écrit pour sa part le Snesup-FSU dans un communiqué, demandant "qu’une enquête soit diligentée afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cet événement dramatique et les responsabilités qui pourraient être engagées".

Sur ce sujet, la préfecture de police de Paris précise qu’il s’agit de "rumeurs", dans un communiqué. Ainsi, il ressort des recherches demandées par le préfet de police Michel Delpuech auprès des services de secours (SAMU et BSPP) et des différentes unités de réanimation des hôpitaux du secteur : "qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale" ; "qu’à 6 h 11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude" et que "l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 7 h 30".

"Tolbiac est dégradé depuis bien longtemps" (J. Fretel, professeur à Paris-I)

Lors d’un point presse devant Tolbiac organisé par plusieurs étudiants et personnels de Paris-I mobilisés, Annliese Nef, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Paris-I, juge que l’intervention policière à Tolbiac est "un aveu de faiblesse de l’État qui, plutôt que de discuter des vrais problèmes à l’université, envoie des policiers". Réagissant aux dégradations dénoncées par l’université, elle s’agace : "Quand les universités étaient déjà dégradées, ça n’intéressait personne ! Alors qu’il y a de l’argent. Via le CIR par exemple." "Tolbiac est dégradé depuis bien longtemps, par un effet d’usure et un manque de place", ajoute Julien Fretel, professeur de sciences politiques à Paris-I, se disant "prêt à parler d’argent et à faire les comptes".

Interrogée sur la suite à donner au mouvement, Jaspal de Oliveira Gill explique que les étudiants vont "continuer à se mobiliser et décideront des actions à mener lors notamment de la CNE qui se réunira ce week-end à Paris-VIII". "La confiance avec la présidence était rompue à partir du moment où Georges Haddad a parlé de Tolbiac comme d’une zone de non droit. On a arrêté de croire dans la négociation. Ils ont franchi la ligne rouge en appelant les CRS et le dialogue n’a jamais été serein", souligne également la présidente de l’Unef de Paris-I. AEF constate vers 13 heures ce vendredi que plusieurs centaines d’étudiants étaient regroupés à quelques mètres de Tolbiac.

Une intersyndicale dénonce l’intervention policière à Tolbiac

Une intersyndicale de Paris-I (Ferc-Sup-CGT, Snasub et Snesup-FSU, SUD-Éducation, Unef, Solidaires étudiant.e.s) dénonce "la décision de la présidence d’avoir fait intervenir police et CRS dans l’enceinte de Tolbiac et Saint-Charles pour évacuer les occupants". "Des étudiants ont été hospitalisés, blessés, nassés et interpellés. Il est inadmissible d’avoir recours à la violence policière, d’autant plus dans une université, lieu d’émancipation intellectuelle et sociale, et en réponse à une expression démocratique". L’intersyndicale demande :

  • "la libération immédiate des personnes interpellées",
  • l’absence de sanctions "pénale et disciplinaire" et de "représailles pour l’ensemble des personnes mobilisées",
  • "l’arrêt immédiat de la menace d’intervention policière sur le site de Saint Charles",
  • "que les étudiants récupèrent leurs effets personnels",
  • "la réouverture du site de Tolbiac afin de pouvoir mener à bien les prochaines AG",
  • "un rendez-vous entre l’intersyndicale, et une délégation d’étudiants, et la présidence."

La situation ailleurs en France

Université de Strasbourg : évacuation d’un amphi occupé par les forces de l’ordre. Alors que les vacances universitaires débutent ce soir, deux bâtiments – maths-info et Nouveau Patio (services centraux) – sont restés fermés aujourd’hui, tous les autres étant "ouverts, avec contrôle d’accès", indique l’Unistra, précisant par ailleurs "faire en sorte que tous les examens prévus aient lieu". Hier en fin de journée, une AG a mobilisé environ 500 personnes dans un amphithéâtre de l’UFR maths-info (après une manifestation bien suivie, lire sur AEF) ; une occupation de nuit a été décidée. Peu avant 22 heures, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation des lieux, "dans le calme" selon l’université. Cette semaine, des étudiants antiblocage se sont mobilisés à deux reprises dans la nuit, indiquant avoir notamment débloqué 7 bâtiments entre mercredi et jeudi.

Reçue par la direction de l’Unistra, l’intersyndicale des personnels a formulé des demandes d’aménagement des examens et alerté sur les problématiques induites au niveau des services. Elle considère que "la présence importante et récurrente" des forces de l’ordre sur le campus n’est "ni justifiée, ni acceptable". Dans une lettre ouverte au président Michel Deneken, le Snesup-FSU estime qu’il y a "urgence à sortir de ce conflit, en se tournant vers les instances élues démocratiquement", via la tenue d’un CA extraordinaire et d’un CFVU.

Sciences Po Paris débloqué. Les cours ont repris normalement dans le bâtiment situé au 27 rue Saint-Guillaume, ce vendredi après-midi, indique Sciences Po Paris. Occupé une première fois du mardi 17 au soir au jeudi 19 avril, le bâtiment avait été libéré par les opposants à loi ORE, après négociation avec l’administration, pour obtenir la bonne tenue d’une AG, jeudi soir. La poursuite du blocage y a été votée, à 156 voix contre 124, selon Mathieu Desmoulins, étudiant en journalisme à Sciences Po. Une vingtaine d’étudiants ont ensuite passé la nuit sur place. À l’issue de nouvelles négociations, les occupants et la direction se sont finalement mis d’accord pour mettre fin au blocage en échange de la mise à disposition de deux salles dédiées à la poursuite du débat à partir de lundi, assure Sciences Po.

Des CRS à Sciences Po Lille. L’entrée principale de Sciences Po Lille est restée bloquée vendredi 20 avril. Cependant, les étudiants qui avaient cours ont pu entrer par une entrée secondaire gardée par des CRS, rapportent des témoins sur place.

Sciences Po Rennes bloqué. L’IEP de Rennes est occupé depuis mardi soir, et bloqué depuis jeudi matin, indique l’établissement à AEF. La direction a décidé d’une fermeture administrative jeudi.

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Camille Cordonnier, journaliste