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Armement des agents de sécurité privée : "Nous aurons une exigence forte sur le niveau des formateurs" (Philip Alloncle)

"Nous aurons une exigence forte sur le niveau des formateurs des agents de surveillance armés", déclare Philip Alloncle, vendredi 6 avril 2018. Le délégué aux coopérations de sécurité s’exprimait lors d’une journée professionnelle organisée à Paris par l’Unafos (Union nationale des acteurs de formation en sécurité). "Par prudence, nous souhaiterions que les instructeurs soient soumis aux exigences très fortes de nos formateurs de police et de gendarmerie, pour que demain ils puissent former eux-mêmes des personnels du secteur privé", précise Philip Alloncle. Il évoque par ailleurs la formation continue des agents de sécurité privée. Le président du Snes, Pascal Pech, appelle de son côté à une "remise à plat du dispositif de formation" dans le domaine de la surveillance humaine, et propose de raisonner par "socles de compétences".

"Nous traversons un passage délicat avec l’armement des agents de sécurité, qui est une activité éminemment dangereuse." C’est ce qu’estime Philip Alloncle, délégué aux coopérations de sécurité, vendredi 6 avril 2018, lors d’une "journée professionnelle" organisée par l’Unafos. "Il ne faut pas rater cette période-clé, en prenant le risque d’avoir des instructeurs peu qualifiés, peu moraux pour former la première génération d’agents de surveillance armés", précise le préfet. "Cette situation pourrait potentiellement aboutir à des bavures, des situations difficiles à rattraper pour le secteur privé." Les conditions de l’armement des agents de sécurité privée ont été détaillées dans un décret du 31 décembre 2017 (lire sur AEF info), en application de la loi du 28 février 2017 relative à la sécurité publique. Plusieurs arrêtés sont attendus pour définir les conditions de formation.

La mission sur le continuum de sécurité rendra ses travaux en juillet

"Les propositions d’Alice Thourot et de Jean-Michel Fauvergue seront remises au ministre de l’Intérieur le 20 juillet 2018", déclare Philip Alloncle (lire sur AEF info). "Le secteur privé doit faire des propositions consensuelles sur la clarification de certaines missions, et concernant de nouvelles missions. La porte est ouverte", ajoute le préfet délégué. Pascal Gérard, directeur adjoint chargé des opérations du Cnaps, précise pour sa part que le directeur de l’instance "sera auditionné dans quelques jours par ces parlementaires". "Nous en profiterons pour faire des propositions d’évolutions législatives, car la loi de 1983 a bien vieilli."

"Les arrêtés se rapprocheront le plus possible des pratiques de la police et de la gendarmerie nationales", note en outre Philip Alloncle. "Il n’est pas question d’inventer des normes pour les agents de surveillance armés." Selon le préfet, sept projets de texte sont en cours d’élaboration. "Nous souhaitons revoir les organisations professionnelles de surveillance humaine et d’organismes de formation dans les prochaines semaines afin de permettre la sortie de ces textes", ajoute le délégué aux coopérations de sécurité. "Il faudra ensuite certifier et autoriser des organismes de formation qui formeront ces agents armés, avec des formations très singulières, comme le maniement de l’arme. Il faudra donc attendre plusieurs mois avant de voir les premières autorisations de port d’arme délivrées par les préfets."

Le MAC, "une promesse d’amélioration"

Le dispositif de formation continue des agents de sécurité privée, dit MAC (maintien et actualisation des compétences), "est une promesse d’amélioration", déclare par ailleurs Philip Alloncle. "Il y aura des ajustements, mais il est aujourd’hui stabilisé, il y a des sources de financement, suffisamment d’organismes de formation bien répartis sur le territoire, et le travail de certification a été remarquable", ajoute-t-il. L’obligation de formation continue pour les agents de sécurité privée est entrée en vigueur au 1er janvier 2018 (lire sur AEF info), tout comme la certification des organismes de formation (lire sur AEF info). "Leur nombre est d’un peu plus de 400, contre environ 800 il y a quelques mois. Un écrémage a été réalisé sur des critères objectifs."

Selon le délégué aux coopérations de sécurité, "la formation, c’est l’investissement premier des entreprises de la sécurité privée". "Sans investissement, il n’y a pas de développement sur ce secteur. Il faut sortir du cercle vicieux de la faible profitabilité, en proposant des prestations de qualité, et donc en formant mieux ses hommes." Il exclut également un nouveau développement de la formation en sécurité privée, qui "serait prématuré alors même que l’on arrive à peine à la mise en œuvre du MAC".

"Remettre à plat le dispositif de formation" (Pascal Pech)

"L’architecture globale de la formation n’est pas encore mature", estime pour sa part Pascal Pech, président du Snes (Syndicat national des entreprises de sécurité privée). Selon lui, il convient de "remettre à plat" le dispositif actuel de formation initiale dans le domaine de la sécurité privée pour raisonner par "blocs de compétences". "Il y a une seule carte professionnelle, mais dix, vingt, voire davantage de métiers d’agents de prévention et de sécurité", plaide le dirigeant d’entreprise.

"Il faut repartir non pas de métiers-repères actuels, mais de socles de compétences qui permettront, ensuite, de reconstituer des familles de métiers", poursuit Pascal Pech. Cette démarche doit, selon lui, permettre aux entreprises de surveillance humaine de "valoriser la prestation de sécurité" auprès des donneurs d’ordres, mais également de mettre en place une "poly-compétence" chez les agents, qui serait ainsi davantage "compatible avec le monde du travail".

Pour un "saut qualitatif de l’ingénierie de formation"

Pour le président du Snes, l’évolution de la formation devra en outre répondre à plusieurs enjeux tels que la lutte contre le turnover, le recours accru aux nouvelles technologies par les agents, le renforcement de l’encadrement intermédiaire, l’apparition de nouveaux métiers ou encore le "rapprochement avec la sphère publique dans le cadre du continuum de sécurité". "Il faudra trouver des passerelles pour qu’une personne puisse passer de la sécurité privée à une fonction dans le public, cela ne doit pas aller dans un seul sens", suggère notamment Pascal Pech. "Des modules de compétences pourraient être reconnus dans le cadre de certains recrutements dans le secteur public."

Pour la mise en œuvre de ces évolutions, "le Snes appelle à un saut qualitatif dans l’architecture et l’ingénierie de formation". "Nous avons besoin d’organismes de formation qui répondent réellement à nos besoins", insiste Pascal Paech devant les représentants de ce secteur. Les entreprises de surveillance humaine doivent, pour leur part, mieux "exprimer leurs besoins", indique le président de l’organisation patronale.

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Clément Giuliano, journaliste