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Comment la CIUP a choisi de "faire confiance" à des étudiants pour développer une application de services aux résidents

"Nous avons bien compris que l’institution a globalement du retard par rapport aux attentes et aux technologies de la génération des étudiants et que nous avions tout intérêt à être en veille de leurs propres innovations, à les reprendre sans les tuer", explique Carine Camby, déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris, lors d’un atelier d’Eduspot, le 15 mars 2018 (1). Deux anciens résidents présentaient leur application "Live love cité", créée en 2016, qui compte aujourd’hui environ 3 000 utilisateurs sur les 12 000 résidents annuels de la Cité. Participative et traduite en plusieurs langues, cette appli permet aux résidents de partager des informations sur les événements de la CIUP, des annonces d’emplois, prévoit une rubrique "bon coin" et des options pour "faciliter le quotidien" (transports, plan de la cité, menus du RU…), explique l’un de ses fondateurs.

La déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris ne cache pas que quand deux résidents, Ralph Noujeim et Ali Srour, ont présenté leur application "Live love cité" à la direction, elle s’est demandé : "Est-ce qu’on peut leur faire confiance ?" Deux ans après la création de cette appli (2), Carine Camby résume son sentiment : "Nous avons bien compris que l’institution a globalement du retard par rapport aux attentes et aux technologies de la génération des étudiants et que nous avions tout intérêt à être en veille de leurs propres innovations, à les reprendre sans les tuer. Nous allons donc racheter leur appli et continuer à laisser les résidents la gérer. Ils s’autorégulent, il n’y a pas de problème de diffamation. Nous sommes plus en accompagnement qu’en maître d’ouvrage. Ils sont beaucoup plus rapides que nous, il faut simplement leur faire confiance", insiste-t-elle. "Les étudiants ont plein d’idées et attendent juste que l’on crée un environnement favorable à leur développement".

De fait, quand ces deux étudiants libanais contactent la direction de la CIUP pour la prévenir du lancement de cette application, Ali Srour, aujourd’hui diplômé d’une école d’ingénieur et consultant en transformation digitale, se rappelle des "inquiétudes" de la Cité qui a demandé si l’appli allait les  "détruire". Mais, confirme-t-il également, "ils nous ont donné des conseils, avec leur juriste ils nous ont aidés à monter un dossier pour la Cnil". Résultat : "Aujourd’hui c’est une relation amicale, ils sont comme nos parents à la Cité."

"On s’est fait complètement doubler"

Une relation amicale mais qui partait de besoins. Quand les étudiants et la Cité ont pris contact, cette dernière se demandait comment communiquer avec ses résidents alors qu’elle en accueille 12 000 par an dans ses 6 000 logements, résume Carine Camby. "On s’est fait complètement doubler", reconnaît-elle, enthousiaste et "modeste", quand Ali Srour, rappelle que les newsletters de la cité U "finissaient la plupart du temps dans les indésirables".


Autre constat qui a présidé à la création de cette application : la dispersion des informations entre "les 43 pages Facebook des maisons" de la CIUP (3), sans compter celles des "comités" des maisons et d’autres sites d’informations étudiantes. La stratégie de communication d’Ali Srour et de l’autre fondateur, Ralph Noujeim, désormais ingénieur en cybersécurité, pour faire connaître leur appli est celle de leur génération : "On a fait beaucoup, beaucoup de sorties" lors des soirées étudiantes, sourit-il et les présidents des maisons de la CIUP se sont aussi investis pour inviter les résidents à alimenter l’appli. Aujourd’hui celle-ci compte près de 3 000 utilisateurs, sur les 12 000 résidents issus de 140 nationalités.

Le "bon coin", la rubrique qui a le plus de succès chez les étudiants

Que propose-t-elle ? Plusieurs rubriques qui permettent d’agréger sur initiative des résidents des informations sur : des "événements" ; des "jobs étudiants", où ils signalent les offres et même celles qui semblent abusives ; un "bon coin", qui permet de revendre des objets au gré des déménagements et emménagements de nouveaux résidents, et qui, selon Ralph Noujeim, est "la partie qui marche le mieux avec 100 % des objets vendus". Plusieurs options destinées à "faciliter le quotidien" sont intégrées sur les transports (horaires, stations Vélib' proches…), une cartographie plus précise que celle de Google qui permet de se repérer à l’intérieur du campus de 34 hectares, les menus du RU - dont la fréquentation est en hausse, sans qu’il soit pour autant possible d’établir un lien - et d’autres "bons plans". L’application, désormais disponible en français en plus de l’anglais, pourrait être développée dans d’autres langues et les événements davantage alimentés avec des sorties extérieures à la Cité.

Une question tout de même peut se poser aux institutions qui font le choix de laisser les étudiants être à l’initiative de projets : celle de la continuité. En l’occurrence, la CIUP a demandé à Ali Srour et Ralph Noujeim de l’aider à recruter un nouveau résident pour assurer la modération. Pour Carine Camby, "il faut que ça reste un outil des résidents, un outil horizontal, ça marche beaucoup mieux comme ça".

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Judith Blanes, journaliste