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Les brigades territoriales de contact de la gendarmerie vues par les maires de communes rurales

"Tous les gendarmes devraient pouvoir faire du contact." Depuis un an, Dominique Schneider, maire de Vienne-le-Château (Marne), voit "enfin le vrai travail" de la gendarmerie. Depuis début 2017, la commune fait partie de la trentaine de territoires sélectionnés pour expérimenter les "brigades territoriales de contact", dont la mission principale est d’aller à la rencontre de la population. Le ministre de l’Intérieur a depuis annoncé vouloir porter le nombre de ces brigades à 250 dans le cadre de la police de sécurité du quotidien. Contactés par AEF à l'occasion d'une série consacrée à cette réforme, huit maires de commune rurale tirent unanimement un bilan très positif de ce dispositif. La question de la pérennité des brigades territoriales de contact inquiète néanmoins les élus.

"On a retrouvé la gendarmerie d’il y a vingt ans", s’enthousiasme Jean Thaon, maire de Lantosque (Alpes-Maritimes). Dans cette commune de 1 300 habitants, depuis le 1er mars 2017, la brigade territoriale de contact a remplacé la brigade de gendarmerie classique (lire sur AEF info). Les quatre militaires affectés à cette unité ont désormais une mission principale : aller au contact des élus et des citoyens. Jean Thaon se dit "pleinement satisfait" de cette nouvelle brigade. "Il s’agit des mêmes gendarmes que lorsque la brigade traditionnelle existait", mais le dispositif est néanmoins "tout à fait innovant". "Avant, les gendarmes devaient aussi faire tous les actes du quotidien. Aujourd’hui, le fait de n’être consacré qu’au contact leur laisse beaucoup plus de temps et de liberté."



Bien que la brigade de contact de Dabo (Moselle), 2 500 habitants, ne soit installée que depuis la fin de l’année 2017, les citoyens voient déjà la différence, assure son maire, Joseph Weber. "Avant, pour la population, les gendarmes ne servaient qu’à mettre des procès-verbaux. Aujourd’hui, on les voit différemment", affirme l’élu, qui parle d’une "véritable réussite". Il rencontre d’ailleurs les membres de la brigade trois fois par semaine, en plus des réunions organisées par ces derniers avec la population.

"Ce n’est plus uniquement de la répression"

À Vienne-le-Château (Marne), Dominique Schneider dresse le même constat. Pour le maire de ce village de 525 âmes, "il est beaucoup plus convivial d’échanger dans la rue ou lors d’une réunion d’élus" que dans les locaux d’une gendarmerie. Les cinq effectifs de la brigade de contact de Vienne-le-Château couvrent l’ensemble de la communauté de communes, soit une soixantaine de villes et villages mais, pour Dominique Schneider, "cela ne les empêche pas de prendre le temps de patrouiller partout et d’échanger avec les citoyens".

L’élu souligne également le rôle préventif de la brigade de contact. "Ce n’est plus uniquement de la répression. La présence des gendarmes permet de désamorcer certaines tensions, comme des problèmes de voisinage, avant que cela ne dégénère." Selon le maire, qui considère la proximité comme "un rôle essentiel de la gendarmerie", cette démarche devrait être largement étendue. "Je comprends qu’on ne puisse pas consacrer tous les gendarmes au contact, mais il faudrait qu’au moins une partie des effectifs s’en charge à tour de rôle."

"Une autre relation avec les gendarmes"

Au Monestier-du-Percy (Isère), 250 habitants, c’est une "une autre relation" qui s’est installée avec les forces de l’ordre, affirme Nathalie Péro. "Ils sont beaucoup plus dans la prévention et dans une démarche bienveillante." Pour la maire, "il est important que la population ait confiance dans les gendarmes". Ceux de Clelles, à une dizaine de kilomètres du Monestier-du-Percy, sensibilisent d’ailleurs les habitants : "Signaler un fait à la gendarmerie n’est pas de la délation !" note Nathalie Péro. Et cette dernière d’ajouter : "C’est bien, en tant qu’élus, d’être épaulés pour faire respecter l’ordre public."

"On revient aux brigades d’il y a 25 ou 30 ans", estime pour sa part Gérard Castor, maire de Cornillon (Gard), une commune d’un millier d’habitants. Selon lui, cette démarche de proximité est "très bien perçue par la population, qui voit les véhicules circuler nuit et jour". Néanmoins, la fonction "contact" ne passe pas seulement par des patrouilles dans les rues et des visites aux commerçants. Les gendarmes de la brigade territoriale de Cornillon sont d’ailleurs en train de créer un réseau de "participation citoyenne" constitué d’habitants référents sur les questions de sécurité.

En Ardèche, des incohérences persistent

La commune de Valgorge (Ardèche), qui compte près de 450 habitants, fait partie des sites qui devaient accueillir une brigade territoriale de contact dès le début de l’expérimentation du dispositif, en 2017 (lire sur AEF info). Un an plus tard, la brigade promise n’est toujours pas basée dans la commune, même si Valgorge fait partie de sa zone de patrouille. La brigade classique du village a même fermé en 2017. "On se retrouve avec des locaux vides alors qu’ils sont en très bon état", déplore Michel Seveyrac.

Le maire de Valgorge se dit malgré tout très satisfait de l’action des militaires de la brigade de contact, alors que ceux affectés précédemment à la brigade classique étaient "très peu souvent présents". "Ça nous rapproche de la gendarmerie, d’autant plus que ce sont toujours les mêmes gendarmes que l’on voit, et qui suivent de très près les sujets du territoire." Les militaires organisent d’ailleurs des réunions d’information ponctuelles pour évoquer les sujets de tension ou faire de la prévention quant aux cambriolages ou au stationnement.

Des renforts nécessaires ?

Malgré ce bilan positif, Bernard Bonin, adjoint au maire de Valgorge, regrette que la brigade territoriale "tourne avec deux gendarmes". "Il y a un décalage entre le discours officiel et la réalité sur le terrain. Ces deux militaires font un bon travail, mais sont à une trentaine de kilomètres, beaucoup trop loin pour parler de proximité." L’adjoint au maire plaide pour un doublement de l’effectif, même si "l’idéal serait d’en avoir six".

En Corse, une nouvelle brigade, mais des effectifs en moins


À Piana (Corse-du-Sud), la brigade territoriale d’origine comptait huit gendarmes. Depuis le passage à la brigade territoriale de contact, l’été dernier, ils ne sont plus que trois, affirme la maire de la commune de 500 habitants. "Cela ne suffit pas", déplore Pascaline Castellani. "Il faut au moins quatre gendarmes pour qu’ils puissent tourner." Le dispositif "est appelé à être consolidé" avec l’arrivée prochaine d’un militaire supplémentaire, se réjouit néanmoins Pascaline Castellani.

Si les quatre gendarmes de Lantosque suffisent pour l’instant à couvrir un secteur "très étendu", le maire demande également des renforts, "au moins pendant la période estivale". "Nous sommes dans une vallée très touristique : l’été, la population est multipliée par deux ou trois. Si on pouvait passer de quatre à six gendarmes, ça serait parfait", explique Jean Thaon.

Pour Joseph Weber, le maire de Dabo, la fonction de "contact" ne doit malgré tout pas être la mission principale de la gendarmerie, mais réservée à certains agents. "Pour notre canton de Phalsbourg, deux gendarmes suffisent. Il faut aussi des gendarmes pour contrôler les routes, la vitesse, mener des enquêtes", estime-t-il.

Un avenir incertain

Si la création de brigades de contact a permis de maintenir la présence de gendarmes dans des communes où la brigade traditionnelle était menacée de fermetures, plusieurs maires s’inquiètent de l’éventuelle remise en cause de ce dispositif. "J’ai donné mon accord à condition que la brigade de Lantosque reste ouverte. J’espère qu’on ne reviendra pas dessus", note Jean Thaon, à Lantosque.

À Vienne-le-Château, Dominique Schneider affirme n’avoir "aucune visibilité" sur l’avenir de la brigade. Convaincu de l’intérêt du dispositif, le maire est bien décidé à le défendre. "Nous ferons tout pour que la brigade reste." "Notre peur était de perdre la brigade de gendarmerie", explique également René Laffont, maire de Belcaire (Aude). Si l’annonce d’une brigade de contact a été pour lui "un soulagement", la question de son maintien reste malgré tout en suspend, selon l’élu.

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Amandine Sanial, journaliste