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Suicides dans la gendarmerie : "Nous sommes sur une tendance extrêmement inquiétante" (Général Richard Lizurey au Sénat)

"Cette année, nous sommes sur une tendance extrêmement inquiétante", affirme le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Richard Lizurey, évoquant la question des suicides dans la gendarmerie. Lors d'une audition par la commission d’enquête sur l’état des forces de sécurité intérieure du Sénat, mercredi 14 mars 2018, il explique que depuis le début de l'année 2018, sept gendarmes ont mis fin à leur jours, et quinze ont tenté de se suicider. "Je suis un peu inquiet", déclare-t-il. Le DGGN affirme que des formations vont être mises en place, notamment auprès des commandants, afin de mieux déceler le mal-être chez les gendarmes. Richard Lizurey revient par ailleurs sur la directive européenne sur le temps de travail, et notamment la question des 48 heures de travail hebdomadaire, une mesure que le DGGN n'estime "pas souhaitable" d'appliquer à la gendarmerie.

"Le suicide est un acte complexe : c’est toujours un mélange du personnel et du professionnel", affirme le directeur général de la gendarmerie nationale Richard Lizurey, mercredi 14 mars 2018. Il fait état du lien "affectif avec l’environnement professionnel" du gendarme, qui se suicide le plus souvent "au bureau ou chez lui". Le DGGN reconnaît que cet acte "est facilité par l’accès à l’arme". En France, 25 000 gendarmes ont l’autorisation de porter leur arme en civil (lire sur AEF info). Le général Richard Lizurey rappelle qu’en 2017, 17 gendarmes se sont suicidés, et que depuis le 1er janvier 2018, sept gendarmes ont déjà mis fin à leurs jours.

Le DGGN affirme avoir convoqué "avant la fin de la semaine" une réunion de la commission nationale de prévention afin de "faire un point de situation et aller encore plus loin que le dispositif déjà mis en place" (lire sur AEF info).

Des formations à l’écoute des personnels

"Les facteurs de vulnérabilités individuelles sont toujours là, mais la manière d’y répondre est collective", explique le général Richard Lizurey. Il affirme que pour régler le problème des suicides, la gendarmerie va travailler sur la formation des personnels. "Nous allons davantage former nos personnels, dès la formation initiale, à la résilience face aux événements traumatiques", tels que l’annonce d’un décès à une famille.

Pour le DGGN, l’effort doit aussi porter sur la formation continue, notamment à destination de la hiérarchie. "Le chef doit être à l’écoute de toutes ces difficultés. Nous allons développer la formation au sein de l’EOGN, mais aussi au sein des formations continues, auprès des commandants de compagnie ou des commandants de brigade", détaille le général Richard Lizurey, qui estime que "l’écoute des personnels fait partie intégrante de la mission de commandement".

La question des 48 heures de travail hebdomadaire

900 réservistes en moins par jour en 2018

"Le contexte budgétaire de 2018 me conduit à diminuer le nombre de réservistes. L’an dernier, on était à 2 800 par jour, cette année, on descendra à 1 900", explique le général Lizurey. Pour pallier cette perte de 900 réservistes sur le terrain par jour en 2018, le DGGN suggère de "dégager du temps en faisant preuve d’intelligence locale". "Nos troupes doivent être capables d’adapter les circulaires et directives nationales au contexte local. Tout n’est pas prioritaire." Actuellement, la gendarmerie nationale dispose de 30 000 réservistes.

Interrogé sur la transposition de la directive européenne relative au temps de travail, Richard Lizurey rappelle qu’une instruction provisoire octroie à chaque gendarme onze heures de repos journalier depuis le 1er septembre 2016 (lire sur AEF). "Cela a conduit à une baisse capacitaire que nous évaluons autour de 5,5 % pour la gendarmerie départementale. […] C’est effectivement une contrainte, que nous essayons de compenser par une organisation du service différente", explique Richard Lizurey (lire sur AEF).

"Les 2 500 ETP qui sont annoncés ne permettront pas de compenser cette perte capacitaire", estime cependant le DGGN, en référence aux créations de postes prévues dans la gendarmerie pour la période 2018-2022. Celles-ci s’élèvent à 2 500 postes, contre 7 500 dans la police nationale (lire sur AEF info). "Cette répartition a créé un sentiment d’iniquité" entre les forces de l’ordre, estime le général Richard Lizurey.

Il revient par ailleurs sur la question des 48 heures de travail maximal hebdomadaire, autre mesure de la directive européenne sur le temps de travail, mais qui n’est actuellement pas appliquée dans la gendarmerie. Richard Lizurey rappelle que "le président de la République ne souhaite pas que l’on aille au-delà du dispositif actuel". "Il n’est pas souhaitable de la mettre en œuvre. D’ailleurs, aucun gendarme ne l’a demandé", affirme le DGGN.

Procédure pénale : "nous pouvons mieux faire"

Alors que l’avant-projet de loi "de programmation pour la justice" doit être transmis jeudi 15 mars au Conseil d’État (lire sur AEF info), Richard Lizurey estime que "nous pouvons mieux faire" pour simplifier la procédure pénale. Selon lui, la principale difficulté réside dans le fait que "la politique pénale et les dispositifs qui sont mis en place parquet par parquet, tribunal par tribunal, sont différents d’un endroit à l’autre", alors que "parfois, il s’agit juste de l’ajustement local".

"L’oralisation me semble aller dans le bon sens. Cela permettrait de gagner du temps", estime par ailleurs Richard Lizurey. Le DGGN plaide également pour "une compétence nationale pour les OPJ". "Nous avons proposé que les APJ aient une compétence générale pour les mesures non coercitives. On peut encore y travailler, pour que les OPJ ne soient pas les seuls à supporter cette charge au quotidien" (lire sur AEF info).

La "frustration" des unités territoriales

Le DGGN affirme que les relations entre les magistrats et les unités de recherches ou de police judiciaire sont souvent "excellentes". "Pour les unités territoriales, c’est un peu plus compliqué", reconnaît-il. "Elles sont parfois un peu déçues du résultat pénal" à l’issue de l’enquête. Pour le général Richard Lizurey, "ce sentiment de frustration peut être légitime". "On prend beaucoup de temps pour faire des procédures, et au bout du compte, la personne incriminée revient dans la brigade deux jours plus tard. Cela interpelle."

Le général Richard Lizurey fait part d’un deuxième problème lié à la justice, qui concerne les extractions judiciaires. Une circulaire du ministère de la Justice datant de septembre 2017 prévoit que les missions d’extractions judiciaires soient transférées du ministère de l’Intérieur vers le ministère de la Justice (lire sur AEF info). "On a transféré les missions, les moyens, mais dans beaucoup de cas, on continue à nous solliciter", déplore le DGGN, qui parle d’un "échec collectif". "Cette mission de transfèrement coûtera plus cher à l’État que ce que ce qu’elle ne coûtait avant", assure le DGGN.

Des interrogations plus qu’un "malaise"

Interrogé par le sénateur Philippe Dominati (LR, Île-de-France) sur l’existence d’un "malaise" dans la gendarmerie, comme chez les policiers, le général Richard Lizurey estime qu'"il peut y avoir des interrogations, parfois un malaise pour des raisons objectives d’absence de moyens, mais il ne s’exprime pas de la même façon que pour la police".

Pour le DGGN, "il ne s’agit pas d’un malaise généralisé, mais d’une interrogation et parfois d’une inquiétude de nos brigadiers territoriaux, car ce sont eux qui sont en première ligne. C’est pour eux que j’ai besoin de matériels, de véhicules, et de moyens de protection." Richard Lizurey déplore de "ne pas pouvoir leur donner les moyens nécessaires d’effectuer leur mission aujourd’hui". Il prend également l’exemple des réservistes, qui ne peuvent actuellement pas tous être dotés de gilets pare-balles.

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Amandine Sanial, journaliste