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Contraint d’augmenter ses ressources propres "pour rebondir", le Cirad veut se doter d’une direction du marketing

Contraint par un budget 2018 "tendu" malgré une subvention en quasi-stabilité, le Cirad "ne parvient pas à maintenir son niveau d’emploi ni à augmenter ses capacités de déploiement au Sud, annonce à AEF le PDG de l’organisme, Michel Eddi, en février 2018. 2017 a été le 6e exercice déficitaire et désormais, "la trésorerie devient tendue" : "Elle était de 50 M€ il y a dix ans, elle n’est plus que de 10 M€." "Pour rebondir, la seule solution est de faire progresser l’activité contractuelle et sa rentabilité", explique-t-il, annonçant son intention de doter l’organisme d’une direction dédié au marketing de la science. "Les scientifiques savent valoriser la science qu’ils veulent pour la faire correspondre à une demande des bailleurs. Notre offre continuera d’être fondée sur la créativité de nos équipes, mais nous devons être en mesure de mieux la valoriser au niveau de l’établissement."

Emploi en baisse

La subvention ne couvre pas la masse salariale et l’emploi est en baisse avec 20 postes en moins en 2017 (pour 50 départs à la retraite). La situation sera identique en 2018. Depuis 2011, près de 150 emplois ont été supprimés au Cirad.

"Nous devons mieux valoriser ce que nous faisons : même si nous le vendons très bien, cela ne couvre pas le coût complet. Les chercheurs français se sous-valorisent au regard de ce qu’apporte leur créativité", expose Michel Eddi à AEF en février 2018. Il explique la raison pour laquelle il envisage de doter l’organisme d’une direction du marketing de la science, au sein de la direction générale de la recherche et de la stratégie. Au Cirad, les partenariats se nouent soit entre collectifs de chercheurs, soit via la direction générale. "Il nous manque, entre les deux, le lieu où s’élaborent et s’accompagnent ce genre de projets."

L’organisme, dont le budget dépend à près de 40 % des ressources qu’il parvient à dégager par lui-même, ne peut équilibrer son modèle économique via le recours aux traditionnels bailleurs publics de la recherche. Avec un objectif de marge contractuelle de 21,4 M€, "il faut des logiques plus avancées", "ce qui ne change rien à la nature de la science qui est produite", estime-t-il. "Il faut se sortir de la tête qu’un bâilleur de la recherche est une simple agence de financement de la recherche, il faut entrer dans la logique que la science que nous menons sert à quelque chose." Il cite à titre d’exemple le fond de 1 Md€ pour l’agriculture annoncé le 12 décembre dans le cadre du One Planet Summit : "Maintenant, il faut que nous soyons capables de répondre aux projets."

Le taux de financement est de 60 % contre 80 % pour les EPST

La dotation du Cirad a augmenté d’environ 400 K€ pour 2018 dans le cadre des ressources supplémentaires allouées par le MESRI aux laboratoires. "Tous les établissements ont dû connaître une augmentation de la dotation même si les modalités d’allocation sont très différentes d’un organisme à l’autre et pas toujours simples à identifier - il y a toujours des mesures de périmètre", commente le PDG. À la question de savoir comment ce soutien revient aux laboratoires, Michel Eddi indique qu'au Cirad, "cela leur revient indirectement dans la mesure où si l’établissement n’avait pas eu ce financement, chaque unité de recherche se serait vu fixer des objectifs de marge contractuelle plus importants".

"La recherche finalisée se justifie par le mandat social des organisations", explique Michel Eddi. "Dans une unité de recherche d’un EPST classique, l’objectif qui est une science de qualité au meilleur niveau d’excellence s’évalue en termes de publications. Au regard du mandat, il est normal que la logique de financement ne soit pas la même. Au-delà de 30 % à 40 % de financements propres, un établissement de recherche est obligé de changer de logique. Cela induit nécessairement plus de contrats mieux financés." Pour lui, la situation implique notamment de "piloter de façon un peu différente la construction de projet". "C’est là que s’exprime la créativité : on peut déposer le même projet à la direction générale en charge du développement à la Commission européenne, à l’AFD ou à l’ANR, mais la marge est différente : cela suppose un travail plus top-down, sous forme d’une initiative qui s’inscrit dans un cadre collectif."

"Certains domaines se prêtent plus que d’autres aux contrats de recherche les plus rémunérateurs et tout le monde n’est pas dans la même position ; par ailleurs, il y a des moments différents dans la carrière des chercheurs - pour répondre à des contrats, publier ou passer une HDR. Il s’agit aussi et surtout de faire coïncider les besoins personnels et l’impératif collectif."

"construire des projets dans une logique de gré à gré avec les bailleurs"

Cet exercice impose de "mieux connaître en amont la demande des bailleurs" et de mener un travail de plaidoyer "pour expliquer ce que fait le Cirad : L’AFD ou la fondation Bill et Melinda Gates doivent mieux savoir ce que fait le Cirad." "Les grands accords internationaux mentionnent les questions de développement", complète le PDG. "C’est un discours porté par les politiques : la science est un des moyens du développement. Nous en avons les compétences. Nous savons faire travailler ensemble sociologues, agronomes et anthropologues - à nous de packager notre science."

"Il faut, en interne, que nous soyons en capacité de construire quelques gros projets dans une logique de gré à gré avec les bailleurs, sans appel d’offres", reprend Michel Eddi. Il cite à titre d’exemple "un projet sur la gestion de la viande sauvage", pour un montant de 57 M$ sur 7 ans, impliquant 20 scientifiques du Cirad, monté en 2017 pour le compte de la FAO, en association avec une grande ONG américaine. "Tout le secteur de la recherche finalisée a vocation à entrer dans ce modèle", conclut Michel Eddi. "C’est cohérent avec notre mandat social. Tendanciellement, l’écosystème avance dans cette direction."


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Anne Roy, journaliste