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Pierre Mathiot à AEF : "Pour que mon projet de réforme soit applicable, il faudra préparer l’année bien en amont"

Suppression des séries, choix de disciplines majeures et mineures, 5 épreuves terminales, des unités générales, d’accompagnement ou d’approfondissement, etc. Telles sont les préconisations que fait Pierre Mathiot dans son rapport sur le baccalauréat et le lycée remis le 24 janvier 2018 au ministre de l’Éducation nationale. Il propose que "les épreuves terminales comptent pour 60 % du bac et les résultats obtenus en 1re et terminale pour 40 %", avec 3 scénarios pour cette dernière part. Même si cette nouvelle organisation du lycée, découpée en semestre, aura "des conséquences sur la définition du service enseignant", Pierre Mathiot assure à AEF que son projet de réforme sera applicable, à condition de préparer l'année "bien en amont". Il propose aussi des améliorations à Parcoursup. Le MEN va maintenant concerter sur la base de ce rapport et présentera son projet le 14 février.

Les principaux points de la réforme proposée


  • suppression des séries,
  • 5 épreuves terminales : une de français en 1re, deux épreuves majeures, une épreuve de philosophie et un grand oral en terminale,
  • deux modalités de validation : les épreuves terminales (60 %) et les résultats de la scolarité (40 %),
  • les 3/4 des résultats obtenus pris en compte dans Parcoursup,
  • création d’un "supplément au diplôme",
  • maintien des mentions,
  • modification du mécanisme de rattrapage,
  • un enseignement au lycée réparti en 3 types d’unités : générale, d’approfondissement (avec des matières majeures, mineures et mineures optionnelles) et d’accompagnement,
  • un découpage en semestres.

AEF : Vous venez de remettre votre rapport au ministre de l’Éducation nationale. Quelle réforme du baccalauréat préconisez-vous ?

Pierre Mathiot : La mission qui m’a été confiée visait à faire évoluer le baccalauréat dans un objectif de simplification et de valorisation de ce diplôme qui n’est actuellement pas pris en compte dans la procédure d’affectation vers le supérieur. Je propose de réduire à 5 le nombre d’épreuves terminales du bac, contre 10 à 16 actuellement, et de faire entrer en ligne de compte les résultats de 1re et de terminale du lycéen. Les épreuves terminales pèseraient 60 % et les résultats obtenus lors du cursus de 1re et terminale 40 %.

AEF : Sur quoi porteraient les 5 épreuves ? Comment et quand seraient-elles choisies ?

Pierre Mathiot : La première serait l’épreuve anticipée de français (qui pèserait 10 %) que je propose de maintenir en 1re. En terminale, les élèves devraient passer deux disciplines majeures au retour des vacances de printemps et deux autres épreuves seraient organisées en fin d’année : une épreuve de philosophie et un grand oral. Ce calendrier permettrait d’intégrer 75 % des résultats du bac dans la plateforme Parcoursup.

AEF : Comment seraient pris en compte les résultats obtenus en 1re et terminale qui pèseront 40 % dans l’obtention du diplôme ?

Pierre Mathiot : Je propose 3 scénarios : ces 40 % seraient le résultat d’épreuves ponctuelles en cours de cursus durant la 1re et la terminale sur un modèle standardisé (copies anonymes, etc.). Deuxième possibilité : ils seraient établis à partir des bulletins de 1re et de terminale. Le dernier scénario serait un mixte entre les 2 premiers : 30 % d’épreuves ponctuelles et 10 % à partir des bulletins.

AEF : Quel serait l’impact de cette organisation du baccalauréat sur le fonctionnement du lycée ?

Pierre Mathiot : Les lycéens suivraient trois types d’unités :

  • une unité générale, qui comprendrait un tronc commun en 1re (français, histoire-géographie, anglais et une autre langue vivante, EPS et mathématiques). En terminale, la philosophie et un enseignement de culture et démarche scientifique remplaceraient les mathématiques et le français. Cette unité serait suivie par tous les élèves.
  • une unité d’accompagnement, qui serait des heures consacrées à l’aide à l’orientation sous toutes ses formes,
  • une unité d’approfondissement et de complément (à partir de la 1re), dans laquelle l’élève choisirait les deux disciplines majeures parmi une dizaine de couples possibles (cf. encadré bas) et deux disciplines électives ou mineures.

En 2nde, l’unité générale resterait largement majoritaire, même si l’élève peut toujours choisir des options. Il suivrait aussi l’unité d’accompagnement.

AEF : Que recouvre "l’unité d’accompagnement" ?

Pierre Mathiot : Cette unité aura pour objet d’accompagner les élèves dans leur projet d’orientation car c’est une lacune forte du lycée actuel. On pourrait s’inspirer des expériences qui ont fait leur preuve comme les programmes type PEI ou Inspire. Dans cette unité, les élèves auraient accès aussi à des matières (psychologie, médecine, droit, etc.) et des méthodes (travail collectif, etc.) propres à l’enseignement supérieur.

Cette unité serait gérée par les professeurs, le cas échéant des professeurs volontaires ayant une certification à l’orientation comme il existe par exemple une certification pour enseigner l’histoire en anglais. Elle aura lieu dans le cadre du service des professeurs. Interviendront également des intervenants extérieurs, les psy EN, etc.

AEF : Vous proposez que l’année soit organisée en semestre. Comment appliquer cette mesure au regard du fonctionnement actuel du lycée et des règles du service des enseignants ?

Pierre Mathiot : Je pense que c’est une option intéressante de réfléchir à un changement du rythme du lycée et de regarder du côté de la semestrialisation. Cela peut en effet avoir des conséquences sur la définition du service des enseignants. Pour que mes propositions soient applicables et acceptables, il faudrait que les enseignants connaissent leur emploi du temps sur l’ensemble de l’année. Les élèves devront ainsi faire le choix de leur menu très tôt l’année n-1, ce qui permettra aux chefs d’établissement de bâtir les emplois du temps bien en amont. Les élèves pourraient par exemple faire des pré-choix en décembre de l’année n-1.

Je souligne que les enseignements modulaires vont concerner seulement 1/7 du volume total des heures de cours (soit 4 à 6 heures dans la semaine), le reste étant occupé par l’unité générale et l’unité d’accompagnement communes à tous les élèves. Je pense que si les enseignants connaissent leur emploi du temps dès la fin de l’année scolaire précédente, cela sera réalisable. Je souligne qu’il ne s’agit que d’une proposition faîte au ministre.

AEF : Un de vos objectifs était de simplifier le baccalauréat. Or l’organisation que vous proposez risque de reporter les contraintes actuellement présentes en mai-juin plus tôt dans l’année sans forcément les alléger.

Pierre Mathiot : Nous allons tout faire pour que l’organisation à venir, notamment du bac, soit plus simple et surtout plus lisible que celle que l’on connaît aujourd’hui. Je propose divers scénarios pour le rendre possible. Ce qui est le plus important du côté des élèves, c’est que le bac soit mieux positionné par rapport au supérieur et qu’il soit évalué de manière plus équilibrée. Si, en plus, son organisation générale en est allégée, je serai très heureux.

AEF : En matière d’orientation vers le supérieur, vous proposez d’institutionnaliser un "supplément au diplôme" pour venir en appui aux élèves dans leur dossier Parcoursup. De quoi s’agit-il ?

Pierre Mathiot : Actuellement, les élèves peuvent remplir des informations pour Parcoursup pour mentionner leurs activités périscolaires ou encore adresser une lettre de motivation pour expliquer leur choix. Cette pratique me semble assez inégale socialement car les élèves les plus favorisés peuvent être aidés par leur famille et valoriser des expériences qui n’ont rien à voir avec le lycée.

Je propose donc d’institutionnaliser cette pratique : le supplément au diplôme viendrait ainsi en complément des documents sur les notes. Il renseignerait sur les niveaux des compétences acquises par l’élève dans son cursus. Par exemple, on pourrait savoir pendant combien de semestres il a suivi telle ou telle discipline élective. Il recenserait aussi toutes les activées réalisées par l’élève dans le cadre du lycée. Ces éléments viendraient en appui pour éclairer l’appréciation des établissements d’enseignement supérieur sur les vœux des élèves. Je crois que cela serait vraiment de nature à répondre, de façon égalitaire, aux attendus du supérieur.

Les "couples" de majeures proposés


- mathématiques-physique chimie
- sciences de l’ingénieur-mathématiques
- SVT-physique chimie
- informatique-mathématiques
- mathématiques-SES
- SES-histoire géographie
- littérature et art
- littérature et langues anciennes
- littérature étrangère et 2 langues étrangères

Il y aurait en plus 7 autres "couples" pour le domaine technologique correspondant aux actuelles séries technologiques.

Pour le système de majeures, l’élève devra choisir dans ce bouquet de disciplines choisies au niveau national mais il pourra également choisir des "majeures d’établissement" spécifiques à son lycée, par exemple art et informatique. Pierre Mathiot recommande aussi de proposer des majeures qui associent une discipline générale et une discipline dite technologique pour améliorer les passerelles.

Les majeures seront également proposées en mineures. Certaines disciplines seront proposées uniquement en mineure, comme par exemple un enseignement d’EPS tourné vers le cursus Staps et un enseignement de culture classique.

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Cécile Olivier, journaliste