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Innovation publique : "Il est temps de mettre fin à la culture planificatrice" (délégué général de la 27e région)

Après Paris, Mulhouse, Dunkerque et la région Occitanie, c’est au tour de la métropole de Lille d’intégrer le programme de l’association "La 27e région" visant à créer des laboratoires d’innovation publique, annonce à l’AEF Stéphane Vincent, délégué général de La 27e région. Ce programme est subventionné par la fondation Bloomberg Philantropies partner à hauteur de 0,86 million d’euros. Une vingtaine d’agents vont travailler "sur un projet transversal destiné à améliorer le service rendu aux usagers". Les agents concernés sont très satisfaits de pouvoir "travailler de manière transversale" et de voir leur expertise prise en compte. Plus largement, il est temps de mettre fin à la "culture planificatrice" et de passer à une culture "de type essai-erreur" en matière d’élaboration des politiques publiques, estime-t-il.

AEF : En quoi consiste "La 27e région" ?

Stéphane Vincent : Notre association regroupe une trentaine de collectivités locales (régions, métropoles, agglomérations…) et des services de l’État. Nous avons douze salariés pour un budget d’un million d’euros. Nous nous définissons comme un cercle de praticiens – "action tank" – plutôt que comme un cercle d’experts ou de consultants – "think tank". Notre but est de favoriser l’innovation dans l’élaboration dans les politiques publiques. Elles ont été mises en place il y a 50 ans ; il est donc grand temps de changer le système d’exploitation, en les orientant davantage vers les usagers. Il faut passer d’une culture planificatrice et gestionnaire à une démarche de type essai-erreur.

En outre, nous considérons que les sciences de gestion ne doivent pas dominer les politiques publiques, en laissant de côté les sciences humaines (sociologie, design…).

AEF : Vous avez reçu en juillet 2017 une subvention de 860 000 euros de la fondation Bloomberg Philanthropies partner pour aider dix collectivités à se doter de laboratoires d’innovation (lire sur AEF info). Où en est le déploiement de ce programme ?

Stéphane Vincent : L’entrée des collectivités s’est faite progressivement. Actuellement, les villes de Paris et Mulhouse, la communauté urbaine de Dunkerque et la région Occitanie ont débuté le programme. La prochaine va être la métropole de Lille – qui a d’ailleurs été choisie pour être la capitale mondiale du design en 2020. Cinq autres administrations doivent encore être désignées d’ici à 2019.

AEF : En quoi consistent ces laboratoires d’innovation publique et sociale ?

Stéphane Vincent : Concrètement, une équipe de 20 agents volontaires, issus de toutes les catégories (A, B et C), travaille pendant 14 à 18 mois sur un projet transversal destiné à améliorer le service rendu aux usagers ou à créer un nouveau dispositif. Cela représente entre 35 et 40 jours d’absence par agent. Ils sont accompagnés par des sociologues ou urbanistes de notre association. Les agents sont en effet mieux placés pour créer ces zones critiques et réflexives au sein des collectivités que des cabinets de conseil, un maire ou une directrice de service.

AEF : Quelles ont été les actions concrètes mises en place par les collectivités ?

86 000 €

C’est le montant que chacune des administrations retenues pour cette expérimentation va ou a déjà reçu de la part de la fondation Bloomberg. La subvention globale représente 45 % du coût du programme et les 55 % restants sont apportés par les collectivités.

Stéphane Vincent : A Mulhouse, première ville française à se lancer dans l’aventure, en juin 2016, les agents ont réfléchi à l’amélioration de la fréquentation de la bibliothèque et à la création d’une carte de réduction culturelle destinée aux jeunes. À Dunkerque, l’objectif était d’inciter les personnes précaires à mieux utiliser les aides à la rénovation énergétique de leurs logements.

À Paris, le laboratoire devrait être officiellement créé en mai 2018. Le projet sera relié aux actions de la municipalité sur l’ouverture des données et la participation citoyenne. Parmi les projets sur lesquels ont travaillé les agents, figurent un guide des écogestes dans les bâtiments administratifs et la gestion des pieds d’arbre. Jusqu’à présent, ce sujet était traité par cinq services différents et concurrents !

Le projet de la région Occitanie, lancé début 2017, est un peu différent car il est orienté sur les questions RH et de management. Le but du laboratoire d’innovation expérimental est de faciliter la fusion des services à la suite du rapprochement des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il s’agit de marier deux cultures différentes et d’en faire émerger une nouvelle méthode de travail orientée sur les usagers et le design.

Parmi les pistes envisagées, la création de tiers-lieux ou d’espaces partagés pour faciliter le travail des agents de Toulouse qui doivent se rendre à Montpellier. Là encore, la finalité reste la même, améliorer la qualité du service. Nous ne voulons pas opposer le bien-être des agents et la qualité de service. Des agents heureux produisent des services de qualité.

AEF : Quel bilan du programme faites-vous à ce jour ?

Stéphane Vincent : Nous avons demandé aux agents directement concernés ce qu’ils pensaient de cette expérience. Premier motif de satisfaction, la capacité d’agir. Ils mettent en avant la possibilité de travailler de manière transversale et le fait que leur expertise soit prise en compte. Ensuite, la possibilité de faire des tests sur des délais très courts – une semaine – et la prise de risque lors de l’élaboration de prototypes sont très appréciées. C’est une accélération des rythmes de production. Toutefois, cela ne se traduit par forcément par une accélération de la décision.

Enfin, l’expérimentation permet d’améliorer l’efficacité des services publics, la satisfaction des bénéficiaires et, in fine, le plaisir au travail des agents. C’est le cas avec la fréquentation de la médiathèque de Mulhouse qui a augmenté.

AEF : A quelles difficultés avez-vous été confrontées dans la mise en place de l’expérimentation ?

Stéphane Vincent : Certains participants à l’expérimentation ont décidé d’abandonner au bout de quelques semaines, jugeant la tâche trop compliquée. Mais c’est normal. La principale difficulté à laquelle nous avons été confrontés jusqu’à présent concerne le retour des agents dans leurs services respectifs. Ils sont parfois confrontés à un choc entre les modes de gestion traditionnels (vision verticale, définition des moyens avant les objectifs…) et les projets innovants. Ce que l’on pourrait appeler un "effet de dissonance cognitive". Les élus et les encadrants doivent être là pour les soutenir dans leur appétence pour l’innovation.

Du côté des syndicats, nous n’avons pas eu beaucoup de retours, si ce n’est un soutien de la CFDT. En Occitanie, Sud nous a accusés de défendre les méthodes du "new public management" ou "lean management" alors que nous y sommes opposés.

AEF : Quels sont vos projets pour 2018 ?

Stéphane Vincent : Nous voulons développer le programme "Les Éclaireurs". Ce sont des ateliers qui visent à imaginer l’administration de demain. Parmi les sujets déjà abordés, l’évaluation et les relations avec les élus. Par ailleurs, nous allons faire partie du collectif composé de 17 organisations membres des "halles civiques", au même titre que "Démocratie ouverte" et la DITP [ex-SGMAP]. Il s’agit d’un lieu dédié à l’innovation démocratique qui devrait ouvrir en mars dans le quartier de Belleville à Paris.

En France, on parle beaucoup d’innovation mais l’argent disponible est surtout fléché vers le secteur privé et en particulier les start-up. On n’investit pas assez dans la R & D destinée aux institutions publiques et notamment aux collectivités locales. Le PIA (programme d’investissements d’avenir) ne prévoit pas grand-chose pour ces dernières par exemple alors qu’elles sont plus dynamiques que l’État. C’est un moyen d’améliorer la qualité des services publics. Nous réfléchissons d’ailleurs à créer une fondation en France pour collecter des fonds.

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Florianne Finet, journaliste