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Réformes du bac et du 1er cycle : la modularisation et l’individualisation sont-elles transposables au lycée (débat AEF)

Quel rôle pour le bac dans l’accès 1er cycle  Quel calendrier des épreuves  Vers un lycée modulaire et une individualisation des parcours des élèves  Tels sont les thèmes qui ont été abordés lors de la table ronde organisée par le groupe AEF à l’occasion du salon Postbac le 12 janvier 2018, qui était intitulée "Comment la réforme du bac peut-elle répondre aux nouvelles conditions d’accès à l’enseignement supérieur  " François Germinet (CPU), Thierry Terret, recteur de l’académie de Rennes, et Bénédicte Durand, doyenne du collège universitaire de Sciences Po, plaident pour des systèmes plus individualisés. A l’inverse, Philippe Tournier (SNPDEN-Unsa), estime qu’il s’agirait d’un "lycée des rêves", et Valérie Sipahimalani (Snes), pense qu’un enseignement par modules "éparpillerait" les élèves. Tous deux défendent le modèle pédagogique de la classe.

Comment le bac peut-il jouer un rôle dans l’accès au 1er cycle ?

Priorité sur le calendrier et la nature des épreuves. Pour Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, la crise d’APB, "théâtralisée", et la réforme de l’accès au 1er cycle, faite "dans l’urgence", ne détermine "pas nécessairement quelle sera la place du bac dans l’enseignement supérieur". Il souhaite que le bac retrouve "une place active comme examen d’entrée dans l’enseignement supérieur", ce qui suppose un autre calendrier et une réflexion sur la nature des épreuves. Ces épreuves doivent être tournées vers "les compétences attendues dans l’enseignement supérieur" et "certaines d’entre elles doivent avoir lieu avant la fin mars".

"Il faut sortir de cet étrange paradoxe qui est que 86 % de reçus au bac vont échouer dans les deux années qui suivent", plaide-t-il. Même si les réformes du bac et du 1er cycle n’ont pas le même calendrier, "cela n’empêche pas qu’à l’arrivée - à l’échéance de quatre ou cinq ans - un ensemble plus cohérent sera créé".

Une affectation "idéale" en juillet. "Le bac n’a aujourd’hui aucune influence sur la manière dont les étudiants trouvent leur affectation dans le supérieur", reconnaît aussi François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise et président de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU. "Si l’on prend l’hypothèse que le bac doit jouer un rôle dans l’entrée à l’université, il faudrait alors beaucoup avancer le calendrier. Mais est-ce qu’on serait capable de le tenir ?" Selon François Germinet, "l’idéal serait que tous les lycéens aient leur affectation avant la fin du mois de juillet, mais ce ne sera pas faisable cette année".

Des majeures plus lisibles pour le système ? La nouvelle formule du bac - qui devrait prendre la forme de quatre épreuves resserrées avec l’instauration de majeures (lire sur AEF info) - présente "un intérêt" puisque ces épreuves donneront un éclairage sur la capacité de l’étudiant à suivre des études supérieures, poursuit François Germinet. "Mais il est important de signaler qu’un dossier ne se réduit pas à quatre épreuves, à quatre notes qui peuvent cacher des capacités très différentes." De même, Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du Snes, pense que la réflexion sur le bac doit être "plus large" que ces quatre épreuves mais reconnaît que la mise en place de majeures peut aider à "la lisibilité du système, notamment chez les familles de classes populaires".

Vers une modularisation des enseignements ?

Des parcours "en Z". L’organisation du bac en trois séries doit-elle être revue ? "Ce qui se joue plutôt c’est la manière dont on doit individualiser le lycée, répond Thierry Terret, recteur de l’académie de Rennes. La messe est dite quasiment en seconde. Il faut envisager davantage de lecture en Z avec des parcours plus originaux et individualisés. Et à ce moment-là, nous n’avons plus besoin de passerelles car chaque élève aura construit un menu correspondant à ses besoins." Ensuite, se pose la question de "l’arbitrage institutionnel, qui est en cours de discussion, pour savoir si nous devons faire éclater les filières".

Les modules dans le supérieur

L’appel à projets NCU, pendant de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, encourage à créer une architecture plus modulaire de la licence, également davantage pluridisciplinaire. Dans les 17 premiers projets retenus pour la 1re vague, le jury international souligne à la fois l’intérêt et la difficulté de les mettre en place (lire sur AEF info).

Travailler sur le sens ou éparpiller les élèves ? "L’intérêt de basculer dans un système par modules est de travailler sur le sens d’un ensemble au-delà de la discipline, ajoute le recteur de Rennes. Une organisation modulaire oblige très tôt à une réflexion sur le sens du parcours scolaire du lycéen. Cela oblige aussi à adopter une démarche par compétences." En revanche, Valérie Sipahimalani pense qu’il faut avant tout "un travail effectué en classe plutôt que des modules où les élèves s’éparpillent à droite à gauche", et que les disciplines scolaires doivent être conçues "ensemble pour ne pas mettre en difficulté les jeunes des milieux populaires".

La modularisation existe déjà. Dans les faits, la modularisation existe déjà au lycée avec des centaines de combinaisons d’enseignements possibles, mais "c’est parfaitement illisible", pense de son côté Philippe Tournier. Si l’on envisage un lieu où chaque élève construirait son propre parcours, il s’agirait d’un "lycée des rêves" mais dans la réalité une telle organisation ne pourrait pas fonctionner, notamment face à la problématique des ressources humaines. Qui plus est, "pour être compréhensible des élèves de Terminale, il faut des pôles d’enseignement identifiés", argumente-t-il.

Plus de passerelles au lycée. François Germinet insiste quant à lui sur un point : la création de passerelles à l’intérieur du lycée pour que l’élève puisse modifier son parcours en fonction de son projet professionnel qui s’affine au fur et à mesure. "Ce qu’on a vécu de manière assez dure, c’est l’impression que les jeunes sont dans des tubes à partir de la 3e, et que le bac est une sorte de tableau magique qui efface tout et où tout redevient possible. Nous attendons que cette réforme ouvre plus de passerelles pour ensuite traiter les dossiers avec une plus grande diversité."

Remédier aux lacunes et améliorer la réussite. Du côté des institutions du supérieur, Sciences Po expérimente déjà la logique de modularisation avec la refonte de son 1er cycle (lire sur AEF ici et ici). Des ajustements ont été faits "en observant les lacunes de nos étudiants, produits notamment par le système éducatif français", explique Bénédicte Durand, doyenne du collège universitaire de Sciences Po. L’établissement a alors modifié son curriculum "pour permettre une meilleure réussite, une meilleure qualification et une meilleure fluidité des parcours". Concrètement, l’institution a modifié le contenu de ses enseignements, en introduisant par exemple "des humanités" qui n’étaient pas assez présentes, mais aussi en changeant des éléments organisationnels avec le choix d’une majeure à partir de la 2e année. L’objectif est d’amener les étudiants à construire durant ces trois années "un projet d’orientation autour de choix de motivation plus visibles".

Quelle transposition à l’université ? Néanmoins, "comment adapter la philosophie de Sciences Po au volume de l’université ? Ce n’est pas simple", réagit François Germinet. L’appel à projets "Nouveaux cursus à l’université" du PIA 3 peut être un élément de réponse. En effet, la deuxième vague, lancée en décembre 2017, cible spécifiquement le 1er cycle (lire sur AEF), et permet d’inventer de nouvelles filières, de revoir le rythme de la licence via la notion de majeures-mineures, de parcours à la carte…

La semestrialisation est-elle transposable au lycée ?

Modifier le statut des enseignants ? Par ailleurs, l’organisation en semestre appliquée à l’université peut-elle être reproduite au lycée ? "Il faudrait modifier le statut des enseignants, ce qui ne simplifierait pas le débat, intervient Philippe Tournier. Un jeune au lycée ce n’est pas un adulte en formation continue, ni un étudiant, c’est un adolescent pour lequel l’apprentissage se fait en groupe, dans un cadre social qui est la classe, et ce n’est pas anecdotique. De plus, nous avons trop d’intervenants au lycée, il faudrait un système plus stable pour améliorer les apprentissages."

Les semestres dans le supérieur

L’organisation en semestre dans l’enseignement supérieur est prévue dans l’arrêté licence.

Quelle fréquence des rendez-vous ? "Nous sommes avec des adolescents, ils ont besoin de s’installer dans des rendez-vous hebdomadaires dans la durée et la tranquillité, renchérit Valérie Sipahimalani. L’emploi du temps, c’est l’ancre du fonctionnement du lycée et le modifier trop souvent n’a guère de sens !" Thierry Terret intervient à son tour : "En termes de stabilité et d’emploi du temps, il y a des temps d’apprentissage massés qui sont tout aussi pertinents que des apprentissages plus distribués. Ces temps d’apprentissage massés dérogent à la stabilité et jouent un rôle pertinent pour des apprentissages plus maîtrisés."

Comment individualiser les parcours des bacheliers et étudiants ?

Connaître les dossiers pour individualiser. Autre notion clé des deux réformes : l’individualisation des parcours. À Sciences Po, l’individualisation commence par "une bonne connaissance des élèves dès le mois de janvier" où l’établissement prend connaissance des dossiers scolaires des candidats au concours, pointe Bénédicte Durand. "Notre grande puissance pédagogique c’est de pouvoir faire connaissance avec nos étudiants de manière claire." En outre, "nous savons que si nous n’ouvrons pas des portes prioritaires pour certains élèves, ils ne viendront pas, donc nous nous adaptons aux profils des jeunes pour continuer à être désirable". Toutefois, pour mettre en place une telle organisation - "souple, modulaire" - il faut des équipes dédiées, à l’instar des responsables pédagogiques qui composent l’équipe de Sciences Po.

L’individualisation dans le supérieur

En répondant "oui, si" sur Parcoursup, les établissements s’engagent à intégrer les candidats les plus fragiles au regard des attendus de la formation qu’ils demandent (lire sur AEF info), à condition qu’ils suivent un dispositif d’accompagnement pédagogique ou un parcours de formation personnalisé, comme le précise le projet de loi réformant l’accès au 1er cycle adopté par l’Assemblée nationale, en navette avec le Sénat (lire sur AEF info).

Principe de réalité. Mais comment opérer le principe d’individualisation auprès d’un public tel que les bacheliers professionnels ? "On peut tout imaginer avec un lycée de rêve mais il y a les conditions réelles. Quand un professeur de STS a une trentaine d’élèves d’origine diverses, il n’est pas raisonnable de dire que l’on va individualiser tous les parcours", lance Philippe Tournier, pointant "le principe de réalité". "Même les services d’orientation ont disparu, il n’y a plus que le portail de l’Onisep !" Dans la pratique, "les enseignants individualisent mais il y a des enjeux de vie commune. Il faudrait alors choisir entre deux logiques qui seraient totalement différentes". En résumé, "il est dit des choses intellectuellement très plaisantes mais qui dans le monde réel auraient toutes les peines à se mettre en œuvre".

Les personnels d’orientation "débordés". Pour Valérie Sipahimalani, "l’individualisation se fait plutôt au fil des cours, au fil de la classe". Il n’est pas nécessaire d’identifier "des temps d’individualisation" mais plutôt de baisser les effectifs des classes car "l’individualisation passe par l’attention portée à chaque élève". "En tant que professeur principal, on peut travailler sur les motivations de l’élève mais s’il a une envie précise, nous le dirigeons vers le CIO. Le problème c’est que nos collègues sont débordés", alerte-t-elle.

La massification contre l’individualisation ? Récemment, la CPU a fait sept propositions sur la réforme du bac, parmi lesquelles "revoir les procédures d’orientation et d’accompagnement individualisé des élèves et des étudiants" (lire sur AEF info). "Nous sommes sur des tendances lourdes de société, entre la massification et le désir de chacun d’entre nous d’être considéré comme un individu. Le système doit prendre en compte l’individu par touche successive - qui se fait à des vitesses différentes selon l’établissement", commente François Germinet.

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Julie Lanique, journaliste