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Réforme du bac et du lycée : Pierre Mathiot débat de ses propositions avec Daniel Filâtre (salon Postbac AEF)

"Je suis très attentif à faire des propositions qui ont des chances élevées d'être mises en place", déclare Pierre Mathiot, chargé d'une mission de réflexion sur l'avenir du baccalauréat et du lycée, le 12 janvier 2018, lors du salon Postbac organisé par AEF. À deux semaines de la remise de son rapport, Pierre Mathiot confirme qu’il proposera d’introduire de la modularité au lycée : les élèves pourront choisir une partie de leurs matières "dès le mois de février, en seconde, pour colorer leur parcours". Il annonce qu’il proposera des épreuves ponctuelles avec des modalités d’examen fréquentes dans l’enseignement supérieur (QCM, oral, etc.). L’initiative est saluée par Daniel Filâtre, recteur de Versailles avec qui il échangeait. Pierre Mathiot s’exprime également sur l’accompagnement hebdomadaire à l’orientation qu’il proposera, ainsi que sur la voie technologique.

"On ne peut pas réformer le bac et le lycée si on ne remet pas sur l’ouvrage la question des programmes, de leur complexité, de leur organisation etc., d’autant plus si on va vers un modèle modulaire avec des élèves qui étudieront telle ou telle discipline avec des niveaux d’intensité différents selon leurs choix", déclare Pierre Mathiot, ancien directeur de l’IEP de Lille et chargé d’une mission de réflexion "sur l’avenir du baccalauréat" (lire sur AEF info).

Il s’exprime lors d’un débat avec Daniel Filâtre, rapporteur de la concertation sur la réforme du 1er cycle, organisé par le groupe AEF, le 12 janvier 2018, sur l’articulation des réformes du baccalauréat et de l’accès à l’enseignement supérieur. "Je suis très attentif à faire des propositions qui ont des chances élevées d’être mises en place", poursuit-il après avoir effectué "plus d’une centaine d’auditions" depuis novembre 2017. Pierre Mathiot remettra son rapport "dans deux semaines".

Pour rappel, selon les informations filtrant des auditions réalisées, Pierre Mathiot proposerait un lycée organisé de façon modulaire, dans lequel les élèves pourraient choisir deux matières majeures et deux ou trois mineures, ainsi qu’un baccalauréat comportant 4 épreuves terminales (dont philosophie et un oral), ainsi que des épreuves ponctuelles (lire sur AEF info).

Le déploiement des réformes demandera "de la stabilité"

Les réformes du lycée et du baccalauréat nécessiteront un "certain temps de déploiement qui implique une stabilité du système", fait valoir Pierre Mathiot.

Il souligne l’importance d’un "plan de formation national et académique à construire" si "on demande aux enseignants de jouer un rôle particulier".

"Les enseignants n’ont pas besoin de formations sur leurs connaissances mais sur leurs compétences professionnelles, par exemple pour savoir comment créer de la différenciation pédagogique", analyse Daniel Filâtre. "Il faut être au plus près des dilemmes professionnels qu’ils connaissent."

Lors du débat avec Daniel Filâtre, l’ancien directeur de l’IEP de Lille a précisé plusieurs axes de son rapport et annoncé deux propositions : un portefeuille de compétences et d’expériences de l’élève - sorte de "supplément au diplôme" - mis en avant dans Parcoursup, et des épreuves du baccalauréat qui s’inspirent des modalités d’évaluation de l’enseignement supérieur.

Quelle articulation entre le bac et Parcoursup ?

La prise en compte "d’au moins deux tiers" du baccalauréat dans la procédure Parcoursup. "Je proposerai que la plupart des résultats du bac soient connus au plus tard durant la procédure Parcoursup, à l’exception de certaines épreuves comme le grand oral", annonce Pierre Mathiot. "Au moins deux tiers de ce qui va constituer le baccalauréat doit être pris en compte" dans la procédure Parcoursup.

Un "portefeuille de compétences" dans Parcoursup. Pierre Mathiot veut proposer un "portefeuille de compétences et d’expériences" qui sera présent sur Parcoursup. Il lui semble "inégal sur le plan social" que ce soit l’élève remplisse lui-même ces informations, comme c'est le cas aujourd'hui pour les expériences extérieures au lycée. "L’idée, c’est que l’institution remplisse les compétences acquises durant le lycée par l’élève et ses expériences", comme une élection au CVL, du mentorat, s’il a participé à un projet, le sujet de son grand oral… "Ce serait une sorte de CV."

Faut-il changer le calendrier Parcoursup ? Daniel Filâtre et Pierre Mathiot

"Décaler un petit peu la période d’inscription des vœux dans Parcoursup serait bénéfique pour une partie des élèves les plus fragilisés", estime Pierre Mathiot, qui trouve que ce moment intervient trop tôt dans l’année. Ce décalage permettrait aussi de prendre en compte les notes des épreuves majeures et le "portefeuille de compétences et d’expériences".

"On peut changer les dates, mais le système est lourd", lui rétorque Daniel Filâtre. Il y a du temps entre le 22 janvier et le 15 mars, c’est vivant, il y a des échanges entre le lycéen et les équipes."

"La semestrialisation du lycée pourrait permettre cette prise en compte", avance-t-il toutefois. Pour Pierre Mathiot, même en instaurant la semestrialisation au lycée, ce calendrier pose problème car alors "les programmes ne seront pas tenus" et les élèves pourraient se démobiliser.


Accompagnement, modularité, etc. : le projet de Pierre Mathiot

Une modularité dès la seconde. Pierre Mathiot évoque un "modèle de modularité avec des niveaux d’intensité différents", tout en se disant conscient du risque de "créer une usine à gaz". "Il faut que les élèves aient la possibilité de faire des choix à partir de la classe de seconde, en février, pour colorer un peu leur parcours". En revanche, "il ne faut pas faire descendre le niveau de stress maximal engendré par Parcoursup en classe de seconde", pense-t-il. Pour Daniel Filâtre, "l'individualisation est nécessaire mais n'exclut pas des parcours communs".

Dans cette vidéo, Pierre Mathiot explique comment se fera le choix des matières majeures et la place des différentes épreuves dans l’obtention du baccalauréat.

Pierre Mathiot précise par ailleurs que les changements induits par la réforme du lycée et du baccalauréat, qui devaient être intégralement mis en place à la rentrée 2018 pour la classe de seconde, le seront seulement pour partie. La classe de seconde sera intégralement transformée "à la rentrée 2019", ceci afin de ne pas créer de "bazar intégral" dans les établissements.

Des épreuves calquées sur les compétences requises dans l’enseignement supérieur

Pour les épreuves "ponctuelles", qui interviendraient en fin de semestre au lycée, "il peut être intéressant pour l’élève d’être évalué" sur des épreuves type "QCM, oral, etc." "Aujourd’hui, le baccalauréat ne permet pas de se former et de se tester sur les épreuves ensuite proposées dans l’enseignement supérieur", constate Pierre Mathiot. "Il faut que l’évaluation du lycée comprenne plusieurs types d’épreuves qui convoquent des compétences utiles dans l’enseignement supérieur", approuve Daniel Filâtre, recteur de Versailles. "Un oral basé sur un sujet disciplinaire choisi, quelle transformation !", poursuit-il, réagissant à la proposition d’un grand oral en juin de l’année de terminale. Cet examen "ressemble à la vraie vie en entreprise", salue-t-il.


Un accompagnement hebdomadaire à l’orientation assuré par les équipes éducatives.
Pierre Mathiot confirme sa volonté de proposer un accompagnement à l’orientation "chaque semaine, de la seconde à la terminale, sur un volume d’heures annuel dédié". En seconde, cet accompagnement visera à informer l’élève de "ce qui va se passer en 1re et en terminale". En 1re et en terminale, il s’agira d'"accompagner les élèves vers la procédure Parcoursup".

"Les enseignants volontaires et éventuellement certifiés, les professeurs principaux, les psy EN, les collègues de l’enseignement supérieur et les étudiants" doivent être les acteurs de cet accompagnement à l’orientation. "Il faut industrialiser les bonnes pratiques de présence de l’enseignement supérieur dans le milieu scolaire", insiste Pierre Mathiot. Il suggère d’organiser des "vrais-faux cours" consistant en l’intervention au lycée de professeurs "de droit, de Staps, de santé et de psycho". "Ce sont les filières les plus demandées par les lycéens et elles ne sont jamais étudiées au lycée", souligne-t-il.

Une "architecture" de la réforme semblable dans la voie technologique. "Au départ, je me disais qu’il fallait réfléchir à une fusion des filières générales et technologiques, comme le meilleur moyen de déstigmatiser ces filières", explique Pierre Mathiot. L’ancien directeur de l’IEP de Lille a changé d’avis : "les filières technologiques ont leur rythme, leur pédagogie, et les élèves choisissent d’y aller". "Il ne faut pas faire exploser cette partie du système éducatif qui semble fonctionner." Pierre Mathiot devrait donc proposer "la même organisation" que pour les voies générales, en permettant que les disciplines majeures de la voie générale soient "davantage proposées à des élèves de voie technologique qui ont une appétence générale, et l’inverse". Pierre Mathiot souhaite "préserver les filières technologiques, voire les renforcer". Il estime par ailleurs que "les lycées polyvalents ont du sens".

"Notre pays est prêt à une transformation de la liaison lycée-enseignement supérieur" (Daniel Filâtre)


"Notre pays est prêt à une transformation de la liaison lycée-enseignement supérieur", affirme Daniel Filâtre. "Nous avons accepté que toutes les filières de l’enseignement supérieur soient concernées par l’avis du conseil de classe, c’est un signe qu’il faut réformer le contenu des trois années de lycée."

Pour sa part, Pierre Mathiot estime que "l’état de l’opinion est positif" mais reste prudent : "ce n’est pas parce que c’est dans l’air du temps qu’on évitera un accident industriel".

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Camille Cordonnier, journaliste