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Les nouveaux engagements des banques françaises sur les énergies fossiles et le climat (climate finance day)

Natixis, Société générale et Crédit agricole s’engagent à l’occasion du climate finance day, lundi 11 décembre 2017, à ne plus financer de projets de sables bitumineux, ni d’exploitation ou de production pétrolière en zone Arctique. Ces banques renforcent par ailleurs leurs ambitions dans le financement de la transition énergétique. Chez Natixis, l’approche va plus loin en adoptant une dimension également prudentielle : la banque compte mettre en place un mécanisme interne attractif pour rendre les financements verts moins coûteux, en bonifiant le coût de la liquidité ou le coût du total des actifs pondérés des risques qu’ils représentent. Après ses annonces de l’automne, BNP Paribas propose pour sa part trois initiatives dont deux touchent les particuliers. Voici le détail de ces annonces.

Natixis. Deux ans après avoir cessé le financement de l'industrie du charbon dans le monde entier, Natixis compte mettre en place en 2018 un mécanisme interne nommé "green incentive" pour renforcer l’alignement de ses financements avec les objectifs de l’accord de Paris et sa contribution à la transition vers une économie sobre en carbone. Ce mécanisme s’appliquera aux métiers de financements de Natixis, dans la banque de grande clientèle et les services financiers spécialisés, dans le monde entier.

"Ses modalités pratiques seront précisées après une étude d’impact qui s’appuiera autant que possible sur les taxonomies existantes sur le marché", précise la banque. L’objectif est de mieux prendre en compte les risques physiques et de transition. Le mécanisme "conduira à une modification des indicateurs retenus pour l’allocation de capital et le pilotage des activités de Natixis". Il "mènera à une amélioration du retour sur investissement interne des projets ayant un impact positif sur le climat et l’environnement".



La banque internationale de financement, d’investissement, de gestion d’actifs, d’assurance et de services financiers du groupe BPCE prend également l’engagement de ne plus financer l’exploration, la production, le transport ni le stockage de pétrole issu des sables bitumineux, dans le monde entier et de ne plus financer les sociétés dont l’activité repose principalement sur l’exploitation du pétrole issu des sables bitumineux. Elle compte en outre ne plus financer l’exploration ni la production de pétrole en Arctique.

Enfin, Natixis Assurances s’associe à l’initiative conjointe émetteurs-investisseurs lancée le 7 décembre dernier par la Fédération française des assurances en partenariat avec le Medef sur la transparence des données climat (lire sur AEF info). D’ici fin 2018, Natixis Assurances "inclura dans son offre, pour toute nouvelle souscription d’un contrat d’assurance vie, un support en unité de compte bénéficiant d’un label à caractère ESG et/ou climat". Ce projet sera suivi directement au niveau du comité de direction générale de Natixis. Un point d’avancement sera publié d’ici fin juin 2018.

Société générale
. La banque annonce pour sa part qu’elle se fixe comme objectif de contribuer à lever 100 milliards d’euros de financements destinés à la transition énergétique entre 2016 et 2020. Le groupe "apportera, sous la forme de conseil et de financement, une contribution d’environ 15 milliards d’euros au secteur des énergies renouvelables et vise à diriger (ou co-diriger) des émissions de green bonds pour un montant nominal d’environ 85 milliards d’euros sur la période". La banque, qui souhaite "renforcer son rôle de pionnier dans la définition de la finance à impact positif" s’engage à faire un reporting régulier des montants réalisés.

Le groupe ne financera plus les activités de production de pétrole issu de sables bitumineux partout dans le monde, et de production de pétrole en Arctique. Il conditionnera son soutien aux entreprises du secteur pétrole et gaz à la mise en œuvre, ou à un engagement de mise en œuvre, de mesures de limitation du brûlage en torchère continu et des émissions de méthane. De même, il "conditionnera son soutien aux entreprises utilisant les techniques de fracturation hydraulique à la mise en œuvre, ou à un engagement de mise en œuvre, des meilleures pratiques environnementales et sociales, en ligne avec les règles d’or de l’AIE".

La banque s’engage à faire un reporting régulier sur la performance environnementale et sociale de son portefeuille pétrole et gaz. Enfin, elle s’engage à renforcer, partout dans le monde, ses standards sur le respect des droits des populations autochtones, en ligne avec les standards internationaux. Elle compte renforcer son objectif de réduction de son empreinte carbone à hauteur de 25 % de ses émissions de CO2 par employé à horizon 2020 par rapport à 2014, et jouer un rôle moteur dans le développement durable et bas carbone de l’Afrique.

Ces annonces n’ont pas convaincu les Amis de la Terre : 52 militants des Amis de la Terre et d’ANV-COP21 se sont présentés devant les locaux du ministère de l’Économie, ce lundi après-midi pour dénoncer "l’irresponsabilité de Société générale qui persiste à financer directement et indirectement les énergies fossiles les plus risquées pour le climat et les droits humains", et réclamer "son retrait définitif des projets de terminal de gaz naturel liquéfié Rio Grande LNG et de double pipeline de gaz de schiste Rio Bravo au Texas". Pour cela, ils se sont déguisés en escargots rouge et noir, couleurs de la Société générale.

Crédit agricole. La banque amplifie pour sa part les engagements pris depuis la COP 21 sur l’exclusion de ses financements des mines et centrales à charbon, annonce-t-elle ce lundi. Elle augmente son objectif de financements verts arrangés, qui était de 60 milliards de dollars en 2018, à 100 milliards d’ici à 2020 dans le monde.

En France, le groupe compte "faire plus que sa part de marché naturel sur les renouvelables", en s’appuyant sur les caisses régionales et LCL, avec pour objectif le financement d’un projet sur trois en énergie renouvelable et en efficacité énergétique d’ici à 2020. Il entend ainsi "doubler le niveau de financement des énergies renouvelables dans l’hexagone".

Dès la fin de l’année 2017, il compte prendre en compte la dimension climat pour évaluer les profils de risques de ses grands clients et de leurs projets. Cette disposition sera progressivement étendue à d’autres catégories de clientèles.



Enfin, la banque compte exclure les hydrocarbures les moins performants sur un plan énergétique et les plus impactants pour l’environnement, incompatibles avec les objectifs de lutte contre le changement climatique et représentant un risque économique. Ce critère englobe notamment : tous les projets de sables bitumineux, tous les pétroles issus de la région Arctique (offshore et onshore), les gaz ou pétroles de schiste dont l’exploitation occasionne un torchage ("flaring") ou une évaporation ("venting") excessifs, ainsi que les projets d’infrastructure principalement dédiés à des projets concernés par les critères d’exclusion ci-dessus.

Crédit agricole s’engage par ailleurs à compenser l’ensemble de son empreinte carbone directe jusqu’en 2040 au travers du fonds carbone Livelihoods (lire sur AEF info).

BNP Paribas

. La première banque française annonce pour sa part trois nouvelles initiatives. À destination des investisseurs et de l’épargne des particuliers, BNP Paribas AM lancera un fonds d’épargne pour le financement des PME-ETI européennes de la transition énergétique. Ce fonds sera investi à 90 % minimum dans des thématiques telles que l’eau, le climat, l’immobilier responsable. Les 10 % maximum restants seront placés dans une structure d’investissement dédiée au financement des PME-ETI françaises et européennes qui contribuent à la transition énergétique et écologique dans les domaines suivants : efficacité énergétique, énergie renouvelable, immobiliser responsable, transport et agriculture durable, gestion de l’eau et des déchets et services environnementaux. Cette structure sera ouverte aux investisseurs institutionnels ou professionnels.

Pour ses clients particuliers, BNP Paribas propose un prêt à 1 % pour l’achat d’un véhicule neuf bénéficiant du bonus écologique, pour un montant allant jusqu’à 75 000 euros, et un remboursement allant jusqu’à 9 ans.

À destination des entreprises et investisseurs, BNP Paribas Securities Services lance "climateseed", une plateforme dédiée à la mise en relation des investisseurs avec les associations porteuses de projets.

BNP avait fait ses principales annonces de renforcement de sa politique climatique en octobre dernier. Elles avaient été plutôt bien accueillies par les Amis de la Terre (lire sur AEF info).

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Ana Lutzky, journaliste