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NCU : quelles sont les observations et "recommandations" du jury international ?

Des projets "vraiment intéressants sont apparus, qui démontrent une volonté globale de changement de culture", estime le jury international de l’appel à projets NCU (Nouveaux cursus à l’université) du PIA 3, doté de 250 M€ sur 10 ans (lire sur AEF ici et ici). Pour autant, le jury pointe un manque d’inspiration à l’international, une vision "désincarnée" de l’entreprise, une insuffisante innovation pour le numérique… Ses "recommandations" sont publiées sur le site de l’ANR. Présidé par Hanne Leth Andersen, présidente de l’université danoise de Roskilde, le jury a retenu 17 projets sur 66, en donnant "une nette priorité aux projets aptes à répondre aux enjeux de transformation du premier cycle universitaire".

Le jury international

29 membres. Présidé par Hanne Leth Andersen, présidente de l'université danoise de Roskilde, le jury comptait 29 membres [voir la liste ci-dessous], dont 16 étrangers et 13 Français, 15 femmes et 14 hommes. Ses membres étrangers provenaient de 11 pays (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Estonie, Finlande, Espagne, États-Unis, Singapour, Suède, Suisse). La moyenne d’âge de ses membres est de 54 ans.

Le premier cycle universitaire d’abord. S’il a donné "une nette priorité aux projets aptes à répondre aux enjeux de transformation du premier cycle universitaire", le jury a aussi souhaité soutenir "ce qu’il considère comme des pépites, au-delà des transformations de base, dans les autres thématiques mentionnées dans l’appel à projets". Les 3 "axes prioritaires" de l’appel à projets étaient : "le traitement adapté de l’hétérogénéité" ; "la formation tout au long de la vie" ; "la transversalité du numérique".

Un effort "remarquable". Le jury souligne "l’effort remarquable dont témoigne la France en soutenant un engagement aussi fort en faveur de la formation dans l’enseignement supérieur". Il a été "impressionné par la variété des projets et des solutions apportées". Des projets "vraiment intéressants sont apparus, qui démontrent une volonté globale de changement de culture, très ambitieuse, et avec de véritables sauts de performance à la clé. Un point très remarqué et positif a été la richesse des propositions sur l’ensemble du territoire français : à côté de projets émanant d’idex et d’isite, des universités de taille plus modeste ont proposé des projets à la fois très ambitieux et bien conçus."

Mais un discours "uniforme, voire jargonneux". Concernant la rédaction des projets, "dans la perspective d’une seconde vague d’appel à projets, le jury émet le vœu de lire moins de phrases ou d’expressions reprises de l’appel à projets, qui dans certains cas pouvaient donner lieu à un discours uniforme, voire jargonneux faute d’être assorti d’exemples et nourri par des expertises et des expériences spécifiques menées sur le terrain."

Le détail des observations et recommandations

Importance de la "charnière" secondaire-supérieur. "Le jury souligne l’importance que requiert une bonne charnière entre secondaire et supérieur, comme l’avancent certains projets. Cela peut passer par la participation ou l’approfondissement de manifestations type portes ouvertes, découvertes de l’université, mais doit aussi s’appuyer sur une intrication plus importante du travail des enseignants du secondaire et du supérieur : que tous soient davantage conscients de l’état actuel du terrain, des formations qui sont dispensées dans d’autres domaines. Une association concrète des équipes, avec le soutien des rectorats et des équipes de présidence des établissements, ne peut être que bénéfique."

Flexibilité et individualisation. "Le jury souligne que la flexibilité des parcours est importante et qu’il est très intéressant de donner aux étudiants la possibilité d’individualiser leur parcours, de combiner plus ou moins des modules différents et de faire leur licence en 2 ans ou 4 ans, selon la rapidité de leur progression ou selon leurs contraintes propres (professionnelles, familiales, handicaps aussi bien que carrières artistiques ou de sportifs de hauts niveaux)".

La difficulté de la modularisation. "Il faut une certaine spécialisation, sans pour autant perdre de vue l’éducation générale des jeunes bacheliers", estime le jury qui "remarque la très faible part des disciplines littéraires dans les bacs scientifiques et, de manière parallèle, des disciplines scientifiques dans les bacs littéraires", ainsi que "pour tous, l’absence de véritables compétences informatiques". La mise en place de parcours modulaires "ainsi que l’originalité et la pertinence de licences bi ou pluridisciplinaires se heurtent ainsi à une difficulté".

"L’étudiant au centre" peu concrétisé. La très grande majorité des projets se propose, à juste titre, de "mettre l’étudiant au centre" des initiatives. Le jury, "qui applaudit cette volonté", souligne "qu’au-delà de l’intention, les projets manquent souvent de concrétisation". En outre, il ne faut pas surestimer la capacité des étudiants "à se servir pleinement de la modularité, qui peut au contraire en inquiéter ou en égarer plus d’un".

Sortir de la contrainte de la durée. Le jury se félicite de quelques projets qui osent s’affranchir des contraintes (temps des parcours, contenu et agencement des modules, nombre d’ECTS) et saisissent l’occasion d’une vraie transformation grâce à cet appel. "Pourvu que leur démarche s’accompagne de réalisme dans la mise en œuvre, ils ont été mis en valeur dans sa sélection."

Interrogation sur les blocs de compétences. Le jury s’étonne "du peu d’ampleur du temps demandé par certains projets pour mettre en place notamment des blocs de compétences, parfois en 1 ou 2 ans : il ne semble pas y avoir une très forte conscience de ce que représentent ces approches par compétences, et des transformations des façons d’enseigner qui leur sont liées."

Peu d’innovation numérique. Trop souvent les projets n’arrivent pas à "réellement innover" en matière de numérique, surtout par rapport à "ce qui existe dans le secteur privé, et apparaissent trop coûteux en moyens et en outils […]. Il faut rechercher des collaborations plus profitables, en particulier au sein de la French Tech."

Quelles ressources pour le numérique ? Le caractère "presque 'magique' du numérique", apte à "résoudre tous les problèmes et relativement désincarné en définitive, tend à faire oublier qu’il faut des ressources (humaines et financières) pour créer les contenus puis les renouveler, et pour assurer la pérennité des dispositifs".

La formation au numérique absente des dossiers. Il faut donc les accompagner les enseignants, enseignants-chercheurs et administratifs, qui doivent s’approprier cette technique "comme ils le feraient d’une langue". Les universités ont aussi besoin "de spécialistes et de supports nationaux". Un même accompagnement doit être pensé en direction des étudiants. "Là encore, cette appropriation du numérique est jugée acquise dans bien des propositions, alors qu’elle ne peut se confondre avec l’usage massif des réseaux sociaux. À l’exception de très rares projets […], c’est un des grands absents des dossiers."

Peu d’inspiration à l’international. Le système français doit s’inspirer plus de ce que font les universités à un niveau international, et "se différencier des approches déjà connues et testées ailleurs". En outre, stages et échanges à l’étranger ne sont encore utilisés que par "une minorité" : en attendant leur généralisation, il faut développer davantage "une internationalisation 'chez soi'". Autre point d’attention : la place des langues, alors que "dans quasiment tous les projets sauf un, le seul apprentissage de langues étrangères mentionné est celui de l’anglais".

Prendre appui sur la recherche. Le jury recommande davantage de collaboration avec des groupes de recherche, au niveau national et international. "Il faut s’inspirer davantage de résultats de la recherche, et des analyses conduites notamment en sciences cognitives et en pédagogie."

Accompagner la transformation. Il est important d’intégrer "à la fois le personnel (enseignant et administratif) et les étudiants dans le planning des transformaions et dans la gouvernance tout au long de la chaîne. Sinon, il y a un risque renforcé d’échec lors d’un des deux jalons à 3 ans ou à 6 ans."

Vision désincarnée de l’entreprise. Le jury regrette une vision de l’entreprise "quelquefois un peu désincarnée, réduite aux employeurs, et faisant abstraction des personnes et des vrais besoins des entreprises. Le traitement de la question des compétences comme unité d’échange avec les entreprises n’est pas pleinement adapté à la réalité vécue par les acteurs sur le terrain au cours de la dernière décennie."

Pas d’analyse des risques. La question de l’analyse des risques liés aux éléments spécifiques de chaque projet manque aussi bien souvent. Notamment, sur ce qui se passe si les taux d’inscription dans tel ou tel cursus sont plus faibles que prévu : quelles sont les alternatives, comment poursuit-on le projet de transformation, etc. ? "La description de la phase d’exécution est insuffisante dans bien des cas. Les sommes engagées nécessitent une plus grande rigueur sur ce point."

Nécessaire portage politique du projet. La place des équipes présidentielles dans la gouvernance des projets "doit dans tous les cas être explicitée. Il faut aussi que puisse être identifié un porteur du changement dans les projets". Par ailleurs, "de tels projets, menés en 10 ans, requièrent de l’agilité. De très gros comités d’organisation, comme il est parfois proposé, peuvent difficilement être efficaces." Le jury souligne aussi "la nécessité d’un travail sur les budgets de manière générale plus élaboré et plus clairement lié aux actions spécifiques du projet".

Pérennisation. Le jury appelle à "clarifier les liens des projets avec les différents types de financements simultanés ou précédents (Idex, Isite, Idefi, Idefi-N, Dune, Disrupt’Campus, etc.)". En outre, "la plupart des modèles proposés sont peu pérennes. La baguette magique de la contribution des entreprises dans le cadre de la formation professionnelle se heurte en particulier aux dispositions du décret qualité du 30 juin 2015".

Le jury international

Présidente et vice-présidents :

Hanne Leth Andersen, présidente de l’université de Roskilde (Danemark)

André-Benoit de Jaegere, directeur de l’innovation Capgemini Consulting France

Pierre de Maret, recteur honoraire de l’université libre de Bruxelles (Belgique)

Membres :

Serge Abiteboul, directeur de recherche Inria

Cécile Ayerbe, professeur université Nice Sophia Antipolis

Denis Bédard, professeur université de Sherbrooke (Canada)

Jorn Boisen, professeur université de Copenhague (Danemark)

Anne-Léone Campanella, directrice régionale adjointe Pôle-Emploi

Fred Farina, chef de l’innovation California institute of technology (USA)

Catherine Goutte, présidente du directoire Ponts formation conseil

Laetitia Gralil, PDG MyBlee Math

Jochen Hellmann, secrétaire général Université franco-allemande (Saarbrücken, Allemagne)

Anne Jorro, professeur CnamDorothy Kelly, vice-présidente universitad de Grenade (Espagne)

Aleksandra Ljalikova, maître de conférences université de Talinn (Estonie)

José Antonio Mayoral, recteur universidad de Zaragoza (Espagne)

Louise Mémard, professeur Uqam (Canada)

Outi Merisalo, professeur université de Jyvaskyla (Finlande)

Catherine MOongenet, directrice Fun Mooc

Renaud Monnet, directeur du Digital institute de CentraleSupélec

Nathalie Mons, professeur université de Cergy-Pontoise

Arnaud Muret, directeur général Actalians France

Kerstin Niblaeus, présidente du Stockholm environment institute (Suède)

Jean Claude Rabier, professeur émérite Centre Max Weber, université Lyon-II

Benoit Raucent, professeur École polytechnique de Louvain (Belgique)

Annick Renaud-Coulon, présidente du Global council of corporate universities

Françoise Schenk, professeur université de Lausanne (Suisse)

Pau Verrie, consultant Tala (Espagne)

Kevyn Yong, directeur de l’Essec Asia Pacific Singapour


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