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Papiers de bureaux : le groupe d'utilité sociale Elise, interlocuteur croissant des responsables RSE

Depuis le 1er janvier 2017 la loi transition énergétique oblige les entreprises de plus de 50 salariés à collecter de manière séparée leurs déchets de bureaux pour permettre de les recycler. En janvier 2018, les entreprises de plus de 20 salariés leur emboîteront le pas. Mardi 21 novembre 2017, AEF a rencontré les dirigeants de l’entreprise de collecte et de tri de déchets de bureaux Elise, qui fête ses 20 ans d’existence et réalise son activité avec une majorité de salariés en situation de handicap ou en insertion. Outre les papiers, Elise se consacre à 11 autres catégories de déchets tels que les cartons, les gobelets plastiques, les cartouches d’encre, les piles, les canettes, les lampes ou encore le mobilier. "Nous avons longtemps travaillé avec les services généraux des sociétés. Désormais, les responsables RSE sont des interlocuteurs", explique son cofondateur, Alexis Pelluault.

"Nous avons quelques corbeilles dans des bureaux d’entreprises à Lille", sourit ce mardi Alexis Pelluault, cofondateur et président du réseau Elise. Créée en 1997 dans le Nord de la France, l’entreprise a essaimé sur 35 sites dans toute la France, et elle a conclu en 2012 un partenariat avec Veolia pour faire face à l’afflux des volumes. À Lille, le chiffre d’affaires est en croissance de 21 % cette année. Sur le plan national, le réseau de 375 salariés a collecté 18 000 tonnes de papiers et cartons dans les bureaux de 10 200 clients en un an, "un volume significatif" selon son président, car il représente plus de 5 % des volumes de papier collectés au total. Le reste étant récupéré par les grands acteurs du secteur que sont Sita (Suez) ou Paprec.

"Personne n’a parlé de l’obligation de tri dite 'cinq flux' introduite par la loi transition énergétique", remarque Sophie Bayoux, directrice générale du groupe. "On sent que les entreprises se réveillent et comprennent qu’elles doivent se mettre en conformité avec leurs nouvelles obligations. Plusieurs viennent nous voir pour nous demander comment faire", explique Alexis Pelluault.

Tri 5 flux

En effet depuis le 1er juillet 2016, les acteurs économiques doivent organiser la collecte séparée des déchets de papier, métal, plastique, verre et bois produits (si leur volume est supérieur à 1 100 litres par semaine) et en assurer la valorisation ou la cession à des intermédiaires et à des installations de valorisation. Dans ce dernier cas, les exploitants d’unités de valorisation ou les intermédiaires doivent délivrer chaque année, avant le 31 mars, une attestation de prise en charge des déchets, en mentionnant les quantités, la nature de ces déchets et leur destination finale de valorisation.

Concernant les déchets de papiers de bureau, ces dispositions s’appliquent pour les établissements de droit privé et les collectivités territoriales :

  • à compter du 1er juillet 2016 lorsque leurs effectifs excèdent 100 employés de bureau ;
  • à compter du 1er janvier 2017 lorsque leurs effectifs sont de 50 employés de bureau ? ;
  • et à compter du 1er janvier 2018 lorsque leurs effectifs excèdent 20 employés de bureau. ?

Pour les établissements et les administrations publics de l’État de plus de 20 employés de bureau, l’obligation est déjà en vigueur depuis le 1er juillet 2017. De plus, la loi prévoit que "les services de l’État ainsi que les collectivités territoriales et leurs groupements s’engagent à diminuer de 30 %, avant 2020, leur consommation de papier bureautique en mettant en place un plan de prévention". À la même échéance, ces établissements devront utiliser au moins 40 % de papier recyclé.

"Certes, si des sanctions sont prévues, le contrôle est difficile. De fait, la moitié des papiers que l’on pourrait recycler ne sont pas collectés. Mais le certificat de recyclage annuel introduit une traçabilité accrue. Ça bouge, la demande est soutenue", constate Sophie Bayoux.

Une corbeille individuelle pour le papier

En pratique, dans les bureaux de Swiss Life ou Bayer, clients d’Elise, chaque salarié a près de lui une "corbeille en carton" pour y glisser ses papiers, toujours accompagnée d’une "poubelle dédiée aux déchets non recyclables. Pour éviter la tentation de tout jeter dans la corbeille", décrit Sophie Bayoux. Quant aux piles, gobelets plastiques ou déchets électroniques, un îlot au milieu du bureau permet à chacun de déposer ses produits usés dans le contenant correspondant. Des coffres sécurisés sont prévus pour les documents confidentiels.

"On se met d’accord avec les entreprises de propreté, équipées de bacs à roulettes, pour qu’elles puissent déverser les produits dans les bacs de tri du local poubelle, que viendront ensuite récupérer les salariés d’Elise en camionnette." Les déchets sont ensuite triés dans les ateliers d’Elise à la main, afin de différencier les papiers blancs, recyclés en France, des papiers de couleur, recyclés à l’export. "Nos salariés sont formés à reconnaître dix qualités de papier, et acquièrent un diplôme reconnu par la branche, ce qui favorise leur employabilité. Les papetiers savent qu’on peut leur fournir des papiers bien triés, nous sommes donc moins dépendants des cours mondiaux."

Pour les autres déchets que le papier, vendus à Veolia, des contrats de rachat sont conclus avec les éco-organismes correspondants. Le groupe mise sur la qualité et le "sur-mesure" de ses services : des entreprises peuvent ainsi faire appel à Elise lors d’un besoin ponctuel de désarchivage ou de déménagement. Surtout, les clients peuvent suivre, à 500 grammes près, l’évolution du poids des déchets collectés chaque semaine et le bilan carbone associé.

Une gouvernance business, mais social

L’une des particularités du réseau est d’avoir choisi un modèle plutôt réservé aux entreprises commerciales : la franchise. Ainsi, si chaque porteur de projet local doit créer une entreprise adaptée, employant donc au moins 80 % de personnes en situation de handicap, ou une entreprise d’insertion, il reverse chaque année quelques pourcents de son chiffre d’affaires au groupe. Un choix "décrié dans le milieu de l’ESS", souligne Alexis Pelluault, qui s’en défend : "Se constituer en coopérative plutôt qu’en SARL ou en SAS ne donne pas toutes les garanties de gouvernance horizontale ou de vocation sociale. Par ailleurs, ce n’est pas toujours adapté à la pérennité de l’activité. On peut avoir un management participatif sous un statut commercial, et nous ne privilégions pas a priori de modèle ou de statut, à chacun de développer son projet. Je préfère voir des salariés épanouis et financièrement intéressés à la réussite de l’activité."

La croissance du réseau devrait se poursuivre. Outre la réglementation environnementale, celle sur le handicap pousse les directions RSE à solliciter des réseaux tels qu’Elise. Ainsi avec la loi du 11 février 2005, les entreprises d’au moins 20 salariés ne respectant pas leur obligation d’employer des personnes handicapées, à raison de 6 % de leur effectif, doivent verser une contribution à l’Agefiph. Si elles ont recours aux services des sites Elise ayant un agrément d’entreprise adaptée, elles réduisent d’autant leur taxe Agefiph.

À l’avenir, Elise vise "40 à 45 sites et 500 salariés en 2020". Le réseau expérimente et noue des contacts "sur la collecte des mégots, du marc de café, des biodéchets". Ses dirigeants réfléchissent à s’implanter "en Belgique ou en Espagne", et rêvent un jour "de fournir du papier recyclé" aux entreprises.

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Ana Lutzky, journaliste