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"Il n’est pas impossible de doubler le nombre d’apprentis si l’Éducation nationale se mobilise aussi" (J.-C. Sciberras)

Chargé par Pierre Ferracci, président du Conseil national économie-éducation d’une mission sur l’apprentissage et l’alternance (lire sur AEF info), Jean-Christophe Sciberras, DRH France et directeur des relations sociales du groupe Solvay, détaille dans un entretien accordé à l’AEF les grandes lignes du travail qu’il va mener pour le CNEE, dont les conclusions sont attendues pour le 15 mars 2018. Rappelant qu'"en France l’apprentissage s’exerce largement en dehors de l’Éducation nationale" et que "l’apprenti n’est pas intégré dans le système scolaire public", Jean-Christophe Sciberras considère que la question centrale "est de savoir comment faire en sorte que le monde de l’Éducation nationale s’implique largement dans l’apprentissage". Car pour lui, "il n’est pas impossible de doubler le nombre d’apprentis si l’Éducation nationale se mobilise aussi".

AEF : Comment abordez-vous la mission sur l’apprentissage et l’alternance que vous a confiée Pierre Ferracci, président du Conseil national éducation-économie ?

Jean-Christophe Sciberras : Je rappelle tout d’abord que la mission du CNEE est de rapprocher le monde de l’économie, de l’entreprise, et celui de l’éducation. Quand le gouvernement a lancé le chantier sur l’apprentissage, le CNEE, lors de sa séance publique de rentrée du 4 octobre dernier, s’est demandé s’il ne pouvait pas participer à la réflexion publique. La proposition de son président, Pierre Ferracci, a rencontré l’assentiment des membres du CNEE et j’ai accepté la mission qu’il m’a confiée, centrée sur l’alternance et l’apprentissage. Et ce, d’autant que la concertation lancée vendredi sur l’apprentissage à Matignon et rue de Grenelle associe comme vous le savez, les ministres du Travail et de l’Éducation nationale.

AEF : Comment allez-vous travailler ?

Jean-Christophe Sciberras : Nous ne partons pas de rien. La mission va travailler à partir de travaux déjà menés par un groupe de travail au sein du Conseil - animé par Henri Lachmann, ancien PDG de Schneider Electric, et auquel j’avais participé.

AEF : L’apprentissage et l’alternance ont fait l’objet de nombreux rapports depuis des années et pourtant rien ne change. Comment expliquez-vous que la France soit aussi en retard sur ce sujet, comparée à l’Allemagne ou bien la Suisse ?

Jean-Christophe Sciberras : En Allemagne, même si ce n’est pas un modèle absolu, il y a une très bonne articulation entre le système scolaire et les entreprises. Et le maillon entre les deux, c’est leur contrat d’apprentissage. En France, l’apprentissage s’exerce largement en dehors de l’Éducation nationale. L’apprenti n’est pas intégré dans le système scolaire public, il étudie dans les CFA. Toute la question est de savoir comment faire en sorte que le monde de l’Éducation nationale s’implique largement l’apprentissage. Comment l’enseignement professionnel avec le bac professionnel et le bac technique peuvent-ils davantage utiliser le contrat d’apprentissage ou le contrat de professionnalisation qu’aujourd’hui ? Ce sont les questions que nous allons nous poser. Car, en France, il n’est pas impossible de doubler le nombre d’apprentis si l’Éducation nationale se mobilise aussi.

AEF : La ministre du Travail a indiqué vendredi qu’elle souhaitait qu’on puisse entrer en contrat d’apprentissage toute l’année. Qu’en pense le DRH que vous êtes ?

Jean-Christophe Sciberras : Cette proposition nous convient, à nous les entreprises. Car en général, nous lançons les campagnes de recrutement des apprentis au mois de mars et avril pour un recrutement en septembre-octobre, et ce serait bien que ce soit lissé dans le temps. Mais là, pour le coup, cela pose la question de l’adaptation du système éducatif à cette souplesse car ce n’est pas simple. Nous nous poserons cette question au sein du groupe.

AEF : Plus largement allez-vous aborder la question de l’image de l’apprentissage au sein de l’Éducation nationale et du monde du travail ?

Jean-Christophe Sciberras : La question de la valorisation de l’apprentissage nous concerne. Nous allons de notre côté nous concentrer sur notre valeur ajoutée à ce débat en tant que CNEE. Pour autant, je pense que tant que l’on considérera le bac général comme la voie noble et pas les bacs pro et techniques, on aura ce handicap. Pourtant, on est dans un pays où on manque de techniciens et de spécialistes dans de nombreux domaines. Reste à savoir si on sera capable de saisir l’opportunité de cette réforme de l’apprentissage pour changer les choses. Cette question interroge tout le monde, y compris les entreprises et les branches professionnelles qui doivent pouvoir proposer des salaires minima attractifs pour attirer plus largement les apprentis, futurs salariés de ces branches.

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Isabelle Moreau, journaliste