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IHU : Richard Frackowiak démissionne de la présidence du jury international et conteste les arguments du gouvernement

Le président du jury international des IHU, Richard Frackowiak (1), a remis sa démission au gouvernement français, vendredi 6 octobre 2017, annonce-t-il dans un entretien à AEF. Il a pris cette décision après avoir appris le même jour l’arrêt de l’appel à projets IHU 2, dans sa version actuelle, au Journal officiel (lire sur AEF info). Il explique avoir eu connaissance du détail des modifications envisagées pour cet appel à projets à travers le communiqué de presse envoyé par les ministres Agnès Buzyn et Frédérique Vidal le 2 octobre dernier (lire sur AEF info). Il conteste la décision de changer le mode de gouvernance des IHU, le modèle de la fondation constituant pour le jury international "l’un des principes majeurs" du dispositif. Il affirme également que, contrairement à ce qu’écrit le communiqué ministériel, le rapport d’évaluation à mi-parcours du jury l’a "conforté en faveur de ce modèle".

AEF : Que pensez-vous des changements qui ont été annoncés sur l’appel à projets IHU ?

Richard Frackowiak : J’ai appris récemment qu’il y avait des intentions de changer complètement l’appel à projets IHU et cela m’a plongé dans une grande confusion, car personne ne m’en avait parlé. La confirmation est arrivée sous forme de communiqué de presse, ce que je trouve bizarre pour une pareille annonce.

AEF : Quelle a été votre réaction ?

Richard Frackowiak : Je me suis tourné vers les ministres et le Premier ministre, à qui j’ai expliqué mon étonnement sur plusieurs points. Le manque d’information du jury international tout d’abord, qui constitue pourtant un élément de génie du programme d’investissements d’avenir en étant un organe chargé de donner un avis, loin de tous les conflits. J’ai aussi souligné la masse de travail très importante que tous les porteurs de projets ont dû accomplir. Pour ce qui est de la baisse des ressources affectées à l’appel à projets, je peux la comprendre et ce n’est de toute façon pas l’affaire du jury international.

En revanche, je peux beaucoup moins comprendre qu’à la demande de l’Inserm, on veuille arrêter l’un des principes majeurs des projets IHU, qui est celui d’être basés sur des fondations, et que le jury trouvait excellent : c’est selon nous un élément absolument fondamental des IHU pour que, dans le continuum entre recherche fondamentale, recherche clinique et recherche translationnelle, ils fassent le lien entre les universités, les organismes, les hôpitaux et l’industrie.

AEF : Le jury international n’a-t-il pourtant pas émis des réserves sur cette forme de gouvernance ? Le communiqué des ministres parle de "questions à ce jour non résolues concernant la gouvernance" dans l’évaluation à mi-parcours des IHU faite par le jury international.

Richard Frackowiak : C’est faux. L’évaluation des six IHU nous a au contraire confortés en faveur de ce modèle. Nous avons fait, c’est vrai, quelques remarques pour renforcer la gouvernance et pour que certains IHU pensent davantage à la succession de leurs dirigeants, mais ce n’était que des corrections mineures. Notre rapport était extrêmement positif.

AEF : Qu’a répondu le gouvernement quand vous lui avez fait part de vos étonnements ?

Richard Frackowiak : En plus de l’étonnement, j’avais fait plusieurs propositions dans un esprit constructif. J’avais ainsi proposé un compromis consistant à ne pas arrêter la procédure et surtout à ne pas modifier l’agenda des personnalités que j’ai mobilisées, dans mon réseau, pour être dans le jury. J’avais aussi demandé que la ministre organise une table ronde avec toutes les parties prenantes pour éclairer les décisions du jury, qui devait se réunir en janvier prochain. La réponse est arrivée ce matin, au Journal officiel français, avec cet arrêté qui met fin à l’appel à projets IHU initial. Voyant cela, j’ai écrit dans la matinée à tous les membres du jury pour les informer de la situation, leur présenter mes excuses et leur annoncer que je démissionnais de la présidence du jury. Ce que j’ai fait ensuite par un courrier à la ministre.

AEF : Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Richard Frackowiak : J’ai le cœur gros car cela fait 7 ans que je travaille sur les IHU. Auparavant, j’avais travaillé aux côtés d’André Syrota [ex-PDG de l’Inserm] comme conseiller scientifique, j’ai vu tout le travail qui a été accompli en France pour la recherche en santé, avec les investissements d’avenir, le CGI, l’ANR, Aviesan. Autant d’éléments positifs qui se sont notamment traduits par une augmentation des citations.

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René-Luc Bénichou, journaliste