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Report de l’appel à projets IHU : Philippe Froguel dénonce une décision "invraisemblable" et "méprisante"

Philippe Froguel se dit "furieux, scandalisé et écœuré" après la décision du gouvernement de changer les règles de l'appel à projets IHU (lire sur AEF info). Chercheur reconnu au niveau mondial, directeur d’une équipe sur le diabète à Lille, professeur à l'université Lille-II et à l'Imperial College de Londres, il dénonce une "trahison", dans un entretien à AEF mardi 3 octobre 2017. Il estime que la question de la gouvernance est un "prétexte" pour remettre en cause le modèle des IHU et que "le gouvernement a fait preuve de faiblesse, capitulant devant des intérêts particuliers". Il demande une réunion rapide des 19 porteurs de projet d’IHU et que la date de remise des projets soit avancée. "Il n’est pas possible d’attendre le mois de février car la confidentialité qui entoure nos dossiers est relative", dit-il.

AEF : Vous portez un projet d’IHU sur le diabète à Lille. Quelle est votre réaction après l’annonce du report de l’échéance de l’appel à projets (lire sur AEF info) ?

Philippe Froguel : Prendre une telle décision à une semaine du dépôt des dossiers, c’est unique dans les annales françaises. C’est une trahison pour les 19 porteurs de projet qui travaillent depuis des mois sur la manière de changer les parcours de soins dans notre pays. C’est terriblement méprisant. J’avais un espoir avec l’élection d’Emmanuel Macron mais je vois que le vieux monde est toujours là.

Je suis furieux, scandalisé et écœuré. À Lille, cela fait six mois que je travaille à 100 % sur ce projet, avec près de 60 personnes qui font preuve d’un enthousiasme extraordinaire. Nous prétendons que notre IHU sera capable de changer la façon dont on prévient et on soigne le diabète en France : cela concerne 3,5 millions de personnes. Aujourd’hui, 32 industriels sont prêts à nous suivre. Sanofi, par exemple, a mis cinq personnes sur le coup et a prévu d’investir sur l’IHU dans son budget 2018. Notre projet prévoit la création de 25 start-up.

Tout cela serait remis en cause pour une question de gouvernance ? C’est invraisemblable. Le communiqué publié par les ministres exprime leur "confiance" dans la recherche hospitalo-universitaire. Le problème, c’est que le monde de la recherche va avoir du mal à continuer à leur faire confiance. Se rendent-ils compte qu’on ne se fera pas avoir une deuxième fois ?

AEF : Les ministres motivent leur décision par la volonté de voir évoluer la gouvernance des IHU, en abandonnant le modèle de la fondation support. Que pensez-vous de cette demande ?

Philippe Froguel : Nous avons monté un dossier qui explique comment faire baisser le nombre de diabétiques, comment augmenter l’espérance de vie des malades, en coûtant moins cher à la Sécurité sociale et en créant des emplois. Et on nous répond qu’il faut d’abord savoir si c’est une fondation ou un GIS (groupement d'intérêt scientifique) qui doit être à la manœuvre ? C’est une insulte à l’intelligence !

Le gouvernement aurait très bien pu maintenir la date de dépôt des dossiers et nous demander ensuite de faire évoluer la gouvernance. Cette question est un prétexte. Qu’on veuille une fondation ou un GIS, cela ne change que la composition du conseil d’administration. Il suffit de changer dix lignes dans notre dossier, c’est très facile à faire. Ce qui est important, c’est avoir un mandat unique pour négocier avec les industriels.

AEF : Si la gouvernance est un prétexte, comment expliquez-vous cette décision ?

Philippe Froguel : Nous payons encore une fois les faiblesses structurelles du millefeuille français. Le CNRS ne voulait pas s’impliquer dans la gouvernance. L’Inserm, de son côté, traînait manifestement les pieds. Le gouvernement a fait preuve de faiblesse, capitulant devant des intérêts particuliers. Au passage, il s’est assis sur le CGI (Commissariat général à l'investissement). Pourtant, le CGI est une structure transcourant, montée par Alain Juppé et Michel Rocard, qui a survécu à l’alternance. Et Emmanuel Macron se veut transcourant.

Les IHU peuvent être un élément extrêmement fort de la structuration régionale de la recherche en donnant l’occasion unique de développer une très grande expertise. C’est vraiment un moyen de développer le territoire. Mais une fois encore, la province risque de passer derrière Paris. S’il y a 19 candidats et seulement deux projets sélectionnés, cela représente un ratio de 10 %. À 20 %, on est dans le rationnel. À 10 %, on est dans le copinage : on va attribuer au minimum 1 IHU à Paris et la province aura les miettes. Or un RHU (projet de recherche hospitalo-universitaire en santé) développe un produit, une idée, tandis qu’un IHU change la façon de prendre en charge la maladie dans le pays.

AEF : Que demandez-vous aujourd’hui ?

Philippe Froguel : Qu’on réunisse rapidement les 19 porteurs de projet d’IHU et qu’on nous donne une deadline avant la fin de l’année. Il n’est pas possible d’attendre le mois de février pour déposer les projets d’IHU car la confidentialité qui entoure nos dossiers est relative. Si nous attendons, nos concurrents mondiaux auront les mêmes idées et les industriels ne nous feront plus confiance. Il faut agir rapidement contre cette décision inacceptable. Nous n’allons pas bloquer les routes mais nous allons tout faire pour être entendus !

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Sylvain Marcelli, journaliste