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Budget, innovation, santé mentale : l'Institut Montaigne lance un programme dédié à la santé

Alors que l'examen du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale approche à grand pas et que le gouvernement lance ses premières réformes, Angèle Malâtre-Lansac, directrice déléguée à la Santé de l'Institut Montaigne, détaille à l'AEF pourquoi ce think tank a souhaité récemment créer un programme entièrement dédié à la santé - le premier du genre. Trois axes de travail sont programmées pour 2017 et 2018 : l'innovation, la soutenabilité budgétaire du système de santé, et la réforme de la prise en charge de la santé mentale.

AEF : Comment avez-vous imaginé ce programme ?

Angèle Malâtre-Lansac : En 2012, nous avions organisé une conférence de citoyens afin de réfléchir sur l'avenir de notre système de santé et sur son financement. Nous souhaitions mieux appréhender ce qui était acceptable ou pas en termes de réformes. Beaucoup d’éléments intéressants étaient ressortis de cette expérience : les participants ont exprimé leur attachement à la solidarité des soins et à l’égalité, mais ont déploré l’opacité et la confiscation de l’information en santé. Ils ont également formulé des attentes en matière de prévention et de parcours de soins coordonnés.

Ce travail nous a donné envie d’aller plus loin dans la réflexion. Dans ce domaine de la santé, les choses bougent peu ou les corporatismes sont très forts, ce qui rend le sujet difficile d’accès au citoyen. Il y a un coût d’entrée important, qui fait d’ailleurs que les décideurs politiques s’y intéressent peu. Avec ce programme, nous voulons répondre à un besoin.

AEF : Vous pensez que le sujet n’est pas assez pris en considération ?

Angèle Malâtre-Lansac : Le système de santé français présente des atouts importants : une médecine de pointe, une offre de soins dense en comparaison d’autres pays, malgré les problèmes de déserts médicaux, un accès financier aux soins exceptionnel - nous avons le reste à charge le plus faible du monde - et un attachement fort de la population au système, vecteur de cohésion sociale. La santé est également un secteur économique industriel économique et industriel important pour notre pays : 12 % du PIB y est annuellement consacré, et c’est le troisième secteur exportateur français, sans compter les deux millions d’emplois liés à la santé en France.

Mais le système doit faire face à des défis énormes, avec le vieillissement de la population, l’émergence des maladies chroniques, des inégalités majeures de santé, très liées à la position sociale des individus, ainsi qu’une forme de frilosité face aux innovations - le soutien aux entreprises innovantes est en effet très faible. Et évidemment le problème de soutenabilité financière. Autant d’éléments qui font que la santé mérite donc un programme dédié.

AEF : Comment l’avez-vous conçu ?

Angèle Malâtre-Lansac : L’idée est de créer un lieu unique de dialogue entre les différentes parties prenantes (patients, professionnels de santé, industriels, payeurs, hauts fonctionnaires, chercheurs) qui n’existe actuellement vraiment nulle part ailleurs. Plusieurs experts ont accepté de présider nos travaux comme Claude Le Pen (Paris-Dauphine), Marguerite Bérard-Andrieu (BPCE), Thomas London (Mc Kinsey), Frédéric Van Roekeghem (ex-Cnamts, Siaci Saint Honoré), Marion Leboyer (CHU Henri-Mondor), etc.

Nous voulons, avec beaucoup de pédagogie, formuler des propositions pour alimenter le débat public, faire bouger les lignes, impulser des réformes et donner de la visibilité au sujet santé. Nous avons déjà, dans le cadre de la campagne présidentielle, engagé plusieurs initiatives, avec le chiffrage systématique des propositions des candidats sur la santé et la mise en place d’un serious game sur les dépenses d’assurance maladie, en partenariat avec Jalma.

AEF : quels sont vos axes de travail ?

Angèle Malâtre-Lansac : Nous travaillons actuellement sur le sujet de l’innovation en santé, dans une logique industrielle. Il s’agit de faire en sorte que les patients aient accès à l’innovation, et de rentrer dans une logique de long terme : certes à court terme, l’innovation a un coût, mais c’est également un investissement évident et un facteur de progrès pour les patients. Deux rapports sont en cours de rédaction : le premier, qui sera publié en septembre, porte sur les moyens pour "Faire de la France un leader de l’innovation en santé". Le groupe de travail est mené par André-Michel Ballester (LivaNova) et Claude Le Pen (Paris-Dauphine). Le second, piloté par Jean-Charles Samuelian, fondateur et CEO d’Alan, et Guillaume Sarkozy, président de la fondation Malakoff Médéric Handicap, traitera de "La protection sociale face au digital", et du sujet des nouveaux usages et du traitement des données. Il est prévu pour l’automne. Par ailleurs, notre prochain champ d’investigation sera la santé mentale.

AEF : C’est effectivement un sujet qui monte…

Angèle Malâtre-Lansac : D’après l’OMS, un tiers des personnes sera atteint d’un trouble psychique durant sa vie. Selon ces estimations, les troubles mentaux concernent 12 millions de Français chaque année. Pourtant, ces maladies restent peu connues et mal appréhendées, tant par la société que par les pouvoirs publics. C’est le premier poste de dépenses de l’assurance maladie, à 23 milliards d’euros par an (15 % des dépenses totales). Selon la Cour des comptes, le coût total estimé pour la société est de 109 milliards d’euros par an. Et la dépression est aujourd’hui le deuxième motif d’arrêt maladie en France.

Il y a donc aujourd’hui de vrais sujets d’organisation, d’accès financier aux soins -les restes à charge en la matière sont très élevés- de prévention, et de qualité : la moitié des troubles de santé mentale à l’âge adulte font leur apparition avant 14 ans, mais la plupart des cas ne sont ni dépistés ni traités - entre deux ans et dix ans de retard au diagnostic, et la prescription des psychotropes ne respecte pas toujours les bonnes pratiques. C’est donc un sujet central que nous souhaitons creuser pour le début de l’année 2018, en lien avec les patients concernés. Le but : faire des propositions pour améliorer les soins.

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Bénédicte Foucher, journaliste