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Carine de Boissezon et Claude Nahon détaillent pour AEF le rapprochement des fonctions financière et durable chez EDF

Depuis novembre 2013, EDF a émis 4,5 milliards d’euros de green bonds, finançant 18 projets éoliens et solaires. Bientôt, ces green bonds financeront aussi les énergies marines, ou le biogaz, mais aussi la rénovation de la flotte de barrages en France sous plusieurs conditions environnementales et sociales. L'essor des obligations vertes est l'une des manifestations de la prise en compte du climat et du rapprochement fonctions financière et durable chez l'électricien. Jeudi 1er juin 2017, Carine de Boissezon, directrice financière de la direction internationale d'EDF, et Claude Nahon, directrice développement durable, reviennent pour AEF dans une interview croisée sur leur nouvelle manière de travailler ensemble. "Aller chercher de l'argent est un geste professionnel, c'est un métier. Transformer ce geste pour le rendre  plus vert, c'est important", souligne Claude Nahon.

AEF : Carine de Boissezon, quel a été votre parcours avant de prendre vos fonctions au sein d'EDF ?

Carine de Boissezon : Je viens du monde de la banque d’affaires en Angleterre (1). L’une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité m’investir au sein d’EDF est mon envie de faire le lien avec les investisseurs, alors que la durée des actifs des entreprises dans lesquels ils investissent dépasse bien souvent leur horizon d’investissement. Réconcilier la vision à court terme des investisseurs et la durée de vie d’actifs tels que les centrales électriques qui dépassent les 40 ans est un défi.

Lorsque je travaillais dans le secteur de la banque, j’exerçais dans les services aux collectivités : l’eau, l’électricité, le gaz. J’ai toujours eu un appétit pour ce secteur, qui n’est pas simple à expliquer aux investisseurs. Le passage à l’industrie m’a permis de voir les choses de l’intérieur, en passant du rôle de conseiller à celui d’acteur.

AEF : Comment le lien avec la direction développement durable s’est-il fait ?

"Mon métier s’est transformé"

"Ces dernières années, je consacre au moins 20 % de mon temps à la direction financière. Et ce afin de rencontrer les investisseurs, ou travailler sur des tableaux de bord pour la direction financière", souligne la directrice développement durable Claude Nahon. Le reste de son temps est partagé de la manière suivante : "15-20 % pour la communication, 30 % pour comprendre ce qui se passe à l’extérieur, le reste pour manager le développement durable".

Carine de Boissezon : À l’été 2010, un important fonds souverain du nord de l’Europe nous a envoyé un courrier pour nous dire qu’ils nous conservaient dans leur portefeuille, en nous ayant filtré sur les critères ESG. J’ai passé un coup de fil à Claude Nahon que je ne connaissais pas à l’époque, et nous avons affirmé la nécessité de travailler ensemble car si ce fonds souverain avait désinvesti, cela se serait vu sur le cours de Bourse !

Claude Nahon : C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à connaître les investisseurs, les fonds de pension. Je les ai rencontrés lors de "road-shows" [présentations d’investisseurs] en Suisse ou aux Pays-Bas, j’ai appris beaucoup de choses et mon métier s’est de fait transformé. Nous avons vécu l’arrivée progressive des investisseurs socialement responsables à la table des discussions avec les gérants de portefeuille d’entreprise. Avant, il y avait les obligations, les actions, et puis les investisseurs ISR. En sept ans, cette différence s’est gommée. EDF a participé à cette évolution en émettant des green bonds. Cela a amené les investisseurs à se parler entre eux et à financer des énergies renouvelables à travers l’achat de titres EDF.

AEF : Que viennent financer ces green bonds ?

Carine de Boissezon : Nous finançons de nouveaux projets renouvelables. Ainsi, il ne s’agit pas de refinancer des projets existants, sauf pour le cas précis de l’hydraulique dans le dernier green bond, où l’un des objectifs est de rénover le parc sous des conditions environnementales et sociales exigeantes. Parmi les 18 projets d’ores et déjà financés figurent ainsi deux projets solaires en Californie, un projet éolien dans les Pyrénées-Orientales, du biométhane dans le Colorado, et plusieurs projets éoliens aux États-Unis (Illinois, Texas, Oklahoma, Nouveau-Mexique), et au Canada (Québec). Aux États-Unis, un de ces parcs éoliens alimente aujourd’hui en électricité des sites exploités par Microsoft. Concernant le parc éolien près de Perpignan de 96 MW, qui a démarré l’année dernière, il s’agit d’une technologie de pales furtives permettant de ne pas perturber les radars de Météo-France. Le coût de cette technologie est élevé. Nous ne pouvons pas la déployer partout, d’autant que cela ne se justifie pas toujours. Chaque projet a sa part de "sur-mesure".

AEF : Cela a-t-il rapproché vos deux directions ?

Claude Nahon : Cela a créé des effets de leviers fabuleux. L’équipe de Carine de Boissezon menait le projet [d’émissions de green bonds], mon équipe était à l’œuvre pour formuler la démarche, notre slogan étant 'renouvelable n’est pas durable'. Nous avons beaucoup perturbé les investisseurs avec ça, ainsi que les équipes d’EDF Énergies nouvelles ! En effet, le principe était le suivant : les green bonds permettaient de flécher les investissements sur les projets renouvelables, et de leur donner une visibilité accrue. Mais en contrepartie, cela devait s’accompagner d’un renouvellement des critères d’éligibilité de ces projets : emploi, droits humains, territoires devaient être passés au crible. En effet, rendre compte sur la durabilité, c’est un peu plus que faire valoir le développement du photovoltaïque et des éoliennes.

L’hydroélectrique au menu du 4e green bond

La flotte de barrages d’EDF comprend 433 centrales d’hydroélectricité âgées de 71 ans en moyenne. Soit environ 20 GW de capacité installée, dont 13 GW disponibles immédiatement. Les projets hydrauliques éligibles au green bond devront "améliorer l’efficacité et la sûreté des barrages, leur résilience au changement climatique, augmenter la flexibilité et l’habileté à gérer la croissance des énergies renouvelables intermittentes", et "permettre une augmentation nette de la production hydroélectrique ou de la capacité de stockage d’énergie". En particulier, 5 critères environnementaux et sociaux devront être respectés :
  • développement de pratiques et process de ressources humaines durables ;
  • gestion des impacts environnementaux ;
  • protection des employés et de la santé et la sécurité des employés des sous-traitants ;
  • promotion de relations durables entre donneur d’ordre et sous-traitants ;
  • dialogue avec les acteurs locaux.

Nous avons ainsi créé un standard très élevé pour notre green bond. La notion de durabilité est importante, elle permet d’éviter les risques de greenwashing. Si aujourd’hui nous avons pu rendre des projets hydrauliques éligibles dans notre nouvelle obligation verte, c’est parce que nous avons développé une méthode de mesure des impacts environnementaux et sociaux pour la maintenance hydraulique. Une émulation se fait jour en interne : les porteurs de projet ont à cœur de faire partie du green bond. Cela nous a fait faire d’énormes progrès en termes de transparence et de business.

AEF : Auriez-vous un exemple de projet d’énergies renouvelables revu à l’aune de ces critères de durabilité renforcés ?

Claude Nahon : Oui, par exemple, nous avons mené des projets de champs d’éoliennes au Canada, où vivent des tribus amérindiennes Micmac. Ces dernières avaient fait valoir l’intérêt pour elles qu’EDF vienne construire des turbines sur le territoire, afin de dynamiser l’emploi et l’industrie locale. Nous y avons travaillé. C’est vraiment le moment où la finance verte devient la finance. Nous ne sommes plus seulement en situation de répondre à la demande d’actifs verts de la part des investisseurs, mais bien de proposer des solutions financières innovantes, influençant ainsi les investisseurs dans leurs choix. Les exigences montent des deux côtés.

AEF : Quelles sont les innovations que vous mettez en place dans la finance durable ?

Carine de Boissezon : Nous venons de décider d’investir dans un projet d’électrification rurale en Afrique de l’Ouest, qui entre aujourd’hui dans une phase opérationnelle. Il s’agit d’un partenariat entre EDF et une start-up californienne, qui développe et distribue des kits solaires autonomes, notamment dans les zones rurales en Tanzanie et au Rwanda, nommée Off Grid Electric.

La première mise en œuvre de ce partenariat se concrétise par la création d’une société commune, ZECI, en Côte d’Ivoire, annoncée en novembre dernier lors de la COP 22 au Maroc. L’ambition de cette première société est d’alimenter près de deux millions de personnes à l’horizon 2020 en Côte d’Ivoire, avec le projet d’étendre rapidement l’action du partenariat à d’autres pays de la région tels que le Ghana et le Cameroun.

À l’origine de cette initiative, notre fonds d’investissement Electranova a joué un rôle important. Ce fonds repère des start-up dans les technologies propres, et y investit de petites participations à leur capital pour les observer sans les cannibaliser, afin de voir comment celles qui ont du succès peuvent être un partenaire pour le groupe. Cet aspect est important : ce n’est pas du mécénat pour nous. C’est une opération qui a un intérêt commercial.

AEF : Concrètement, qu’est-ce qui est innovant dans la distribution de l’énergie solaire dans ce projet ?

Carine de Boissezon : Dans le cadre de cette co-entreprise, EDF et Off Grid Electric prennent en charge l’installation et la maintenance de kits solaires pour des familles habitant dans des zones rurales sans accès aux réseaux électriques. C’est le cas de 62 % des populations de la région sub-saharienne selon la Banque mondiale. Avec des panneaux solaires sur le toit adossés à des batteries, les familles peuvent s’éclairer par une lampe Led pour les devoirs des enfants le soir, clé de l’accès à l’éducation, recharger un téléphone portable utilisé notamment pour les récoltes agricoles, ou alimenter une télévision, un ventilateur, une radio. Sur le plan environnemental, cela remplace des bougies, de la paraffine et du kérosène, plus nocifs pour la santé et le climat. Et cette substitution ne grève pas leur pouvoir d’achat, elle se fait à des coûts équivalents pour la famille. Ces kits peuvent être payés par simple utilisation d’un téléphone portable, en leasing à trois ans, pour un coût compris entre 9 et 24 euros par mois. Ainsi au bout de trois ans, le foyer devient propriétaire de l’équipement.

Pour les pouvoirs publics, amener des réseaux électriques traditionnels dans des zones reculées en Afrique de l’Ouest n’a pas toujours de sens économique. Des solutions d'électrification décentralisées peuvent alors trouver leur place. Pour nous, électricien, et pour les populations, c’est rentable. Il y a beaucoup d’emplois en jeu : 30 personnes ont été recrutées sur la phase pilote, pour des postes allant de responsables des ventes à employés de centres d’appels, grâce à une formation interne dispensée par Off Grid Electric et EDF. Et le déploiement de cette offre va permettre de créer 1 000 emplois à terme en Côte d’Ivoire. Sans compter l’impact social positif pour des millions de personnes qui utiliseront cette source d’énergie renouvelable.

Claude Nahon : Le financement de cette initiative est aussi innovant, via deux entités. Une entité opérationnelle qui installe les kits et fait la maintenance ; une entité propriétaire des contrats d’achat de ces clients, et qui va lever des financements. Cette entité ira voir des bailleurs de fonds multilatéraux, qui sont actifs sur la question de l’accès à l’énergie en Afrique. Les financiers sont un peu des juges de paix : c’est important de les faire entrer dans le projet, et de montrer que des modèles de financement rentables existent pour le développement durable. Ici, le leasing à trois ans permet des rentrées d’argent chaque mois pour l’investisseur, avec un dispositif pensé à l’échelle des utilisateurs.

AEF : Montrer que des modèles de financement rentables existent pour le développement durable, c’est l’objectif de votre partenariat avec la banque en ligne ING, annoncé le 22 mai (lire sur AEF info) ?

Carine de Boissezon : Nous avons effectivement signé un accord bilatéral de facilité de crédit avec la banque néerlandaise en ligne ING pour un montant de 150 millions d’euros, dont le taux d’intérêt sera lié à notre performance en matière de développement durable. La marge d’ING est basée sur notre note établie par Sustainalytics. Nous ne pouvons pas dévoiler la formule de calcul exacte, mais nous bénéficions dès le départ d’un taux d’intérêt compétitif, et souhaitons encore l’améliorer. L’idée pour nous est de montrer que dans le domaine de la finance responsable, il ne s’agit pas seulement de risques, mais bien d’opportunités. Nous nous sommes inscrits dans la proposition qu’ING nous a faite. Pour la banque, c’est aussi un défi d’innovation, alors qu’une concurrence se fait jour entre les financeurs sur le développement durable.

AEF: Le 8 mai, quatre ONG avaient pourtant porté plainte devant le PCN néerlandais contre la politique de prêt aux entreprises fossiles d’ING (lire sur AEF). En participant à cette initiative, permettez-vous également à la banque d’améliorer son image ?

Carine de Boissezon : La banque est assurément consciente des enjeux d’image. Un exemple est en soi intéressant : le projet Dakota pipeline, arrêté par le gouvernement Obama car contesté pour ses impacts environnementaux et sur les populations locales, puis autorisé par le gouvernement Trump. La banque ING était partie prenante du projet. Mais elle a pris la décision de vendre ses parts dans le financement récemment, malgré la réautorisation du projet. Les frontières de l’acceptabilité sociale des projets évoluent, et c’est aussi une bonne pratique de gestion des risques pour des financeurs d’innover en matière de finance responsable, afin d’attirer des entreprises vertueuses.

AEF : Revenons aux quatre green bonds successivement lancés par EDF. Quelles assurances mettez-vous en place concernant votre impact environnemental, social et de gouvernance ?

Carine de Boissezon : Nous avons développé une méthodologie pour déterminer les projets éligibles à nos green bonds avec des critères précis, sur lesquels l’agence de notation extrafinancière Vigeo a émis une opinion "ex ante" positive. Et le cabinet Deloitte vérifie chaque année de manière "ex post" que l’allocation des fonds correspond bien au cahier des charges. Les informations sont rendues publiques sur une section dédiée de notre site internet. Nous n’avions pas tout de suite choisi de publier les émissions de CO2 évitées par les projets : en effet, il a fallu d’abord nous accorder sur la bonne méthodologie.

AEF : L’un des principaux attraits des green bonds n’est-il pas aussi de faciliter la communication et d’améliorer l’image d’EDF ?

Claude Nahon : Il existe un enjeu de communication avec les green bonds. Cet enjeu passe particulièrement par le fait de créer un langage commun entre les sphères financière et du développement durable. Au départ, je ne comprenais pas les questions des investisseurs ! Autre exemple : alors qu’EDF est le premier producteur d’énergies renouvelables en Europe, une étude de PwC sur les électriciens et leur facteur carbone, voici deux ans, ne nous avait pas classés premiers en termes de production de renouvelables. Nous étions furieux ! Le fait est que les données concernant EDF étaient présentes mais éparpillées, ne permettant pas aux auteurs de l’étude de les consolider facilement. La transparence, le dialogue, sont très importants, et le reporting et la traçabilité propres aux green bonds nous permettent d’expliquer et de donner accès à l’information.

Sur le CO2, faire comprendre notre performance carbone est un sujet sur lequel nous nous sommes beaucoup battus face aux investisseurs. Notre parc nucléaire est peu carboné, or plus on est bas, plus c’est compliqué de baisser.

Carine de Boissezon : Le fait que notre filiale EDF Énergies nouvelles soit sortie de la cote boursière lui avait donné moins d’exposition "naturelle" aux investisseurs. Les green bonds leur ont rendu cet accès : les investisseurs ont découvert que nous investissions autant en renouvelables qu’en nouveau nucléaire. Cette capacité n’était auparavant pas visible.

AEF : En quoi le fait de diversifier ses investisseurs, grâce aux green bonds, est-il stratégique ?

Carine de Boissezon : Nous sommes un gros émetteur de dette. De manière générale, toujours aller voir les mêmes investisseurs peut aboutir à ce que ces derniers fassent payer une prime. La diversification permet donc de maintenir un coût bas de la dette. Nous n’observons pas encore de prime à l’investissement vert, mais nous pensons que cela va arriver. Pour cela, il faut des liquidités sur ce marché.

AEF : Avec ce langage commun développé entre les directions financière et durable, avez-vous choisi de publier un rapport intégré ?

Claude Nahon : Nous avons fait le choix d’un rapport stratégique, c’est-à-dire d’un document concis intégrant les enjeux financiers et non financiers, mais pas d’un rapport intégré. Après avoir pris le temps d’étudier les méthodologies appliquées en Afrique du Sud, pionnière en la matière, faire un rapport intégré nous a semblé beaucoup trop lourd. Plutôt que de présenter beaucoup de texte, nous voulons des faits. Nous préférons partir du document de référence, et rendre notre stratégie plus lisible pour un public moins spécialiste. En interne par ailleurs, nous utilisons l’outil de consolidation financière pour le reporting RSE, cela nous semble tout à fait cohérent. Le reporting RSE doit être greffé sur l’outil financier, pour des raisons de logique et de psychologie. Ce qui permet aussi d’avoir le même degré de réactivité que celui du reporting financier.

AEF : Selon vous, le long terme est-il davantage pris en compte dans les sphères économiques aujourd’hui ?

Claude Nahon : Je suis optimiste. Les financiers changent. Depuis 2010, nous voyons dans les road-shows que les équipes spécialisées en investissement responsable ont de l’influence dans les choix d’investissement et parviennent à contrebalancer des arguments plus court-termistes. Il n’en reste pas moins que nous devons être convaincants vis-à-vis d’eux sur notre capacité à faire ce qui est nécessaire pour améliorer notre impact environnemental, en nous projetant en 2030, même si nous sommes, sans aucun doute, attendus sur notre performance en 2018.

Carine de Boissezon : Le fait est que les investisseurs doivent eux-mêmes convaincre leur comité d’investissement, avec des cycles boursiers qui ne sont pas simples sur ce secteur.

AEF : Adhérez-vous aux recommandations de la task force de Michael Bloomberg sur la transparence financière en matière de climat, la TCFD, récemment critiquée dans une étude financée par quatre pétroliers dont le Français Total (lire sur AEF) ?

Claude Nahon : La discussion se poursuit. Nous ne sommes pas toujours d’accord avec les informations demandées par les investisseurs. Ainsi, je ne suis pas forcément pressée de rapporter sur la forêt, un sujet bien complexe et peu matériel pour EDF. Faire du cochage de cases a peu d’intérêt, il faut que les métiers de nos entreprises accrochent. La transparence financière en matière de climat m’intéresse dans la mesure où cela peut générer un effet de levier en interne.

Carine de Boissezon : La transparence pour la transparence ne sert effectivement pas à grand-chose, si l’on ne peut pas gagner des appels d’offres grâce aux efforts de développement durable que nous faisons, en les rendant publics et visibles. Encore une fois, pour que ça prenne, cela doit faire sens sur le plan du business. Le reporting financier est un canal d’échange entre les investisseurs et l’entreprise : d’un autre côté, s’il y a des éléments que nous ne pouvons fournir aux investisseurs, il nous faut bien sûr le leur expliquer.

AEF : Préparez-vous une feuille de route pour aligner votre stratégie sur un réchauffement climatique limité à 2°C, comme le recommande la TCFD ?

Claude Nahon : C’est notre premier objectif de responsabilité d’entreprise. Nous préparons une feuille de route ambitieuse : elle est en cours de construction et devrait sortir ces prochains mois. Nous nous basons sur le scénario de l’AIE, mais aussi nos propres scénarios, en regardant précisément ce que cela implique pour EDF. Nous venons par ailleurs d’annoncer la fermeture de nos centrales fioul en France et la vente de nos actifs fossiles en Pologne. Ce qui s’inscrit bien dans cette trajectoire.

AEF : L’investisseur a-t-il plus de poids sur l’entreprise qu’une ONG ?

Claude Nahon : Je ne dirais pas qu’il a davantage de poids, je dirais qu’il a un poids différent. L’investisseur permet d’être opérationnel assez vite. Les ONG vont être davantage dans l’anticipation. Si je prends l’exemple de l’économie circulaire, j’en parle avec les ONG, je n’en parle pas encore avec les investisseurs. Dialoguer avec les ONG m’aide à comprendre les besoins et les évolutions de la société. Les investisseurs m’aident à traduire cela en actions, avec les métiers. Dans les deux cas, ces interlocuteurs nous mettent au défi, c’est à nous d’être exigeants en amont sur les projets.

AEF : Le contexte géopolitique dans lequel s’inscrit votre stratégie, avec l’annonce par Donald Trump jeudi dernier du retrait des États-Unis de l’accord de Paris (lire sur AEF), fragilise-t-il vos choix ?

Claude Nahon : A priori, les grandes entreprises américaines vont continuer à faire des efforts en matière de développement durable pour leurs clients. J’ai récemment participé à une réunion avec Google où l’entreprise a montré son volontarisme. Sur les renouvelables, où EDF est leader aux États-Unis, je suis optimiste. C’est un secteur qui crée beaucoup d’emplois, où la dynamique est forte. Et la baisse des prix dans le solaire rend cette énergie très compétitive. Il est à noter que le PDG d’EDF Énergies nouvelles en Amérique du Nord, Tristan Grimbert, est aussi le président de l’America Wind Energy Association : EDF est très impliquée dans les renouvelables outre-Atlantique. Nous soutenons par ailleurs l’initiative de Michael Bloomberg "we are still in" (lire sur AEF info).

(1) Carine de Boissezon a travaillé chez Morgan Stanley en tant directrice exécutive en salle des marchés avec une responsabilité mondiale sur le secteur des services aux collectivités et énergies renouvelables.

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