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"Si la même purge continue dans les prochaines années, la Carsat sera en très grande difficulté" (Y. Galès, DG Auvergne)

Le constat d’Yves Galès, directeur de la Carsat Auvergne, est sans appel : "Globalement, en quinze ans, les personnels de la caisse sont passés de 620 à 500 dans la région. Certes, au départ le calibrage était peut-être excessif, mais aujourd’hui, on atteint nos limites", dit-il, au cours d’un entretien accordé à l’AEF, le 11 mai 2017. Dans un contexte d’activité accrue dans les prochaines années, où "le pic que toutes les caisses ont connu en 2014 sera désormais la période creuse", les diminutions de moyens humains pourraient plonger la caisse dans une "très grande difficulté", prévient-il. Le DG explique comment les outils numériques peuvent venir en aide aux caisses, et revient sur les modalités d’accueil. Il est à noter que les COG qui lient la Cnav et la Cnamts à l’État, et qui déterminent les moyens des Carsat, arrivent à échéance cette année.

La Carsat Auvergne en chiffres (2015)

En 2015, la caisse comptabilise 2,4 Md€ de dépenses, dont 98 % au titre de prestations vieillesse et veuvage. La Carsat dénombre un peu moins de 308 000 retraités au 31 décembre 2015, sur son site.

En 2014, un peu plus de 2 000 dossiers ont été traités en moyenne, contre 1 785 en 2015 et 1 725 en 2016.

La caisse compte 17 700 attributions environ, en droit direct ou en droit dérivé : les polypensionnés représentent la moitié, tandis que les attributions de retraites anticipées ou dérogatoires sont environ 4 500.

Environ 16 434 régularisations de carrière, pour les parcours les plus complexes.

Un peu moins de 7 000 retraités aidés au titre de l’action sociale.

Sept agences et une vingtaine de points d’accueil.

AEF : Quels sont les moyens actuels de la Carsat Auvergne ?

Yves Galès : Pour 2018, si nous pouvions étoffer nos moyens, nous le ferions volontiers. Car ils sont aujourd’hui réduits. Je rappelle que des ressources nous sont attribuées, pour quatre ans, par la Cnav, et la Cnamts : elles sont encadrées par les CPG, et basées sur les arbitrages ministériels [la dernière COG avec la Cnav a été signée en 2014, lire sur AEF info, comme celle avec l’assurance maladie, lire sur AEF info]. Ces arbitrages sont fondés sur des éléments financiers, divers, lesquels ne prennent pas en compte le nombre de carrières complexes que la caisse doit reconstituer. Or, c’est bien sur la reconstitution de carrières que se concentrent nos efforts : ce travail demande non seulement beaucoup de temps, mais requiert aussi un effort de pédagogie vis-à-vis des assurés, qui parfois ne comprennent pas la raison de nos demandes multiples de justificatifs. Globalement, en quinze ans, les personnels de la caisse sont passés de 620 à 500 dans la région. Certes, au départ le calibrage était peut-être excessif, mais aujourd’hui, on atteint nos limites. Dans les quatre dernières années, la Carsat Auvergne a perdu 34 emplois : si la même purge continue dans les années qui viennent, la caisse sera en très grande difficulté. En effet, dans les dix prochaines années, les derniers baby-boomers, les plus nombreux, vont demander la liquidation de leurs pensions. Le pic que toutes les caisses ont connu en 2014 sera désormais la période creuse : il va falloir être efficaces !

AEF : Dans ce contexte d’activité intense, quelle sera la valeur ajoutée des outils numériques (lire sur AEF info) ?

Yves Galès : Les outils numériques seront utiles pour régler les situations les plus simples, ce qui permettra de dégager de la productivité, pour la concentrer sur la reconstitution des carrières complexes. C’est le cas, par exemple, de la demande de liquidation en ligne, qui cible les carrières linéaires. En Auvergne en 2016, nous comptions 18 000 nouveaux inscrits sur le site Internet de l’assurance retraite. En outre, un ordinateur est mis à disposition des assurés dans les agences, pour favoriser l’accès aux outils numériques en libre-service. Un accompagnement est par ailleurs proposé en test à l’agence de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

AEF : Le numérique permet aussi de renforcer l’accès aux services publics en zone rurale…

Yves Galès : En effet, les outils numériques permettent également de développer la présence de la caisse sur les territoires. La Carsat est présente dans les 24 MSAP auvergnates, et dans quatre d’entre elles, les assurés peuvent rencontrer un conseiller retraite par le biais du web-entretien. Dans ces structures, il y a un animateur qui a été formé par la caisse pour délivrer nos services, et cela fonctionne bien : il montre à l’usager comment on se connecte au site Internet, et l’accompagne tout au long de ses démarches. Si cet animateur n’était pas là, la MSAP ne marcherait probablement pas. C’est en tout cas l’enseignement que nous tirons des visio-guichets, qui ont précédé les MSAP et qui ont été délaissés : les assurés préféraient parcourir des kilomètres et rencontrer un conseiller dans les points d’accueils, mis en place dans une vingtaine de communes, ou dans les sept agences de la région. Le numérique ne peut pas tout, il faut qu’à côté des outils numériques, il y ait des gens.

AEF : Comment est structuré l’accueil "physique" des assurés en Auvergne ?

Yves Galès : Nous l’avons structuré sur trois niveaux : l’accueil en agence, dans les principales villes ; les points d’accueil ; et puis les MSAP, dans les zones peu habitées. L’accueil se fait uniquement sur rendez-vous, puisque la formule sans rendez-vous était très peu efficace. Le rendez-vous permet au conseiller de préparer son dossier, puisque le motif est précisé, et à la personne de formaliser ses questions. La demande de retraite est un moment parfois délicat, car il marque une rupture. Pour les personnes qui ont exercé des métiers précaires, cela peut être aussi une source d’inquiétude. L’accueil sur rendez-vous permet par ailleurs de calibrer le temps. Ces modalités fonctionnent bien : certains usagers sont arrivés à la Carsat très stressés, et en sont sortis rassurés. Ces retours sont pour nous, une source de satisfaction.

Le système de retraite par points : quelle simplification ?

Dans son programme, Emmanuel Macron, élu président de la République (LREM), propose d’introduire un système de retraite par points (lire sur AEF info). Interrogé par l’AEF sur ce point, Yves Galès répond qu'"en théorie, un tel système est effectivement plus simple dans la gestion. Cependant, la protection sociale intègre aussi de nombreuses exceptions : les majorations pour enfants, ou pour le handicap, les carrières longues… Le chantier est gigantesque." Pour le DG de la Carsat Auvergne, des questions se posent : "Comment sera bâti le système ? Qui finance les retraites en cours ? Quelle sera la valeur du point ?"

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Sophie Esposito, journaliste